DÉPART DU ROI
raconté avec des circonstances particulières dans sa relation intitulée « La République dans les carrosses du Roi n y pages 59 et 60. Voici sa narration :
a A midi et demi y les troupes ayant disparu comme par enchantement , l'ordre arriva du Château de faire avancer les voitures. Le porteur de cet ordre , vêtu de sa livrée, avait été inquiété par les bandes de combattants qui se disposaient d'attaquer le corps de garde du Château d'Eau sur la place du Palais-Royni.
p A l'instant où le sous-piqueur Hairon montait à cheval pour partir à la tête du convoi, je lui dis qu'il serait prudent de mettre son carrick bleu pour couvrir la livrée rouge. — « Ëb I que vonles-vous qu'on nous » fasse à nous autres qui ne voulons de mal à per- » sonne ? D'ailleurs , vous savex qu'on ne peut faire p le service du Roi en bleu. Nous passerons bien , » soyex tranquilles. »
» On ouvrit la grande porte pour faire sortir les équipages. A peine les deux premières voitures furentelles dehors, que force fut de la refermer: une troupe armée accourait en désordre pour s'introduire dans la cour des écuries.
» Le convoi ainsi coupé , nous entendîmes bientôt après d'affreuses détonations retentir de toutes paris, notamment une espèce de feu de peloton qui partait de la place du Carrousel. Nui doute qu'il n'ait été dirigé sur les équipages du Roi.
n Ce n'était que trop vrai : une bande de vingt-cinq à trente brigands s'était embusquée derrière l'hôte) de Nantes, à l'entrée de la rue de Rohan, et c'était elle qui venait de faire feu sur les voitures.
» Deux chevaux d'attelage restèrent sur le pavé; deux autres, grièvement blessés, succombèrent quel-
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qaes jours plus fard. Quant au jeune piqueur sur lequel le feu de ces forcenés avait été plus particulièrement dirigé, son cheval tomba roide mort, criblé de douze à quinze balles; mais, par un miracle providentiel, le cavalier n'avait été nullement atteint. Eperdu, il se dégage de Tanimal qui venait de s'affaisser sous lui, et court vers l'Arc de Triomphe pour y trouver un refuge. Vain espoir! un monstre, altéré de sang, arrive à sa rencontre et lui décharge à bout portant son fusil en pleine poitrine. L'infortuné Hairon chancelle et tombe. La balle lui avait fracassé la clavicule droite et coupé l'artère carotide. »
M. Tirel raconte ensuite comment ces mêmes individus ramenèrent les voitures aux écuries, et opérèrent la destruction et l'incendie des équipages.
Pendant cette opération , qui dura assez longtemps, la cour du Carrousel était restée entièrement libre. — C'est dans ce moment que Madame la duchesse d'Orléans traversa la cour des Tuileries, comme nous le dirons bientôt.
Effet de l'abdication.
Sous une monarchie héréditaire, il n'y a pas d'interrègne, tt Le Roi est mort, vive le Roi I » — Et suivant l'expression de notre vieux droit français : » Le mort saisit le vif, son hoir le plus proche habile à lui succéder. »
Ainsi, de plein droit, et parle seul fait de l'abdication du Roi, le Comte de Paris était devenu, à sa place, roi des Français !
Les ministres de Tex-Roi, M. Odilon Barrot et ses collègues, continuaient à être les ministres de son successeur, tant qu'il n'en aurait pas nommé d'autres.
LA RÉGEX'CR. 461
Le public fut informé de cette nouvelle péripétie par une seconde j)roclamation ainsi conçue :
a Citoyens de Paris, le Roi abdique en faveur du Comte de Paris , avec la duchesse d'Orléans pour régente.— Amnistie générale. — Dissolution de laChambre. — Appel au pays. » (Sans signature '.)
La Régence.
Si Ton consulte le droit , la régence appartenait à M. le duc de Nemours, en vertu de la loi du 30 août 1842. -— Par Tarticle 3 de cette loi, il en était a saisi dès Tinstant même de Tavénement i».
L'acte d'abdication n'en disait rien; d'ailleurs, cet acte n'était pas produit, on n'en connaissait pas le texte; et la seconde proclamation seule annonçait la régence de Madame la duchesse d'Orléans comme liée au fait de l'abdication.
Depuis longtemps, à la vérité, et surtout depuis la mort du duc d'Orléans son frère a!né , les partis travaillaient à dépopulariser le duc de Nemours : on ne parlait que de ses manières , disait-on , orgueilleuses et aristocratiques; on fermait les yeux sur les qualités solides qui en faisaient un prince extrêmement recom* mandable, et par-dessus tout a l'homme du devoir » . — Et, malgré la loi qui lui donnait la régence, les personnes qui entouraient le Roi au moment de l'abdication pensaient que la personne de Madapie la du-
* Imprimerie de Lange-Lévy, rue du Croissant, IG. (Le môme qui avait imprimé la première proclamation.) — Elle se trouve dans le recueil intitulé Les Murailles révolutiontiaires, contenant la collection complète des proclamations, affiches, bulletins, eic, tome !•'» p. 26.
ciliabule tenu enire lui et quelques-uns des chefs du parti républicain. Celle conférence s^établit dans Tua des bureaux de la Chambre des députés au Palais- Bourbon, dans la malinée du 24 février.
Les républicains proposaient (ïaccepter la régence de Madame la duchesse d'Orléans, avec Lamartine pour premier minisire. Il semblait que cette offre devait le contenter, lui qui, en 1842, avait proposé la régence de cette princesse 1
Point du tout ! ce n'est plus là ce qui pouvait le satisfaire : on verra dans les annexes les discours qu'il tint , les raisons qu'il allégua pour refuser, en disant hautement : » Je ne veux pas d'une demi-révolution; 9 mais, s'il doit y en avoir une, je Taccepterai tout n entière; je n'entrerai que dans un mouvement com^ i> plet, c'est-à-dire dans la république / j» — Une république dont il espérait sans doute devenir le président ! — Il se rendit ensuite à la séance. C'est dans ces dispositions que nous allons le trouver, lorsqu'il pren* dra la parole.
La Chambre des déptUés.
Aucune précaution n'avait été prise par personne pour protéger l'Assemblée , soit du côté du pont de la Concorde, où il aurait suffi au général Bedeau de détacher cinquante hommes des nombreuses troupes qu'il commandait sur le quai, pour barrer le passage aux émeutiers; soit du côté de la place de Bourgogne, où trois bataillons de la lO"* lég[ion stationnaient, bien commandés et animés du meilleur esprit.
Serait-il vrai , comme on l'a dit pour excuser le général Bedeau, qu'il n'a reçu d'ordi-e ni du duc de Nemours, ni du Président de la Chambre pour pro-