‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 106 sur 122 · LA DUCHESSE D'ORLEANS A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS · texte numérisé non relu

LA DUCHESSE D'ORLEANS A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS

léger soit les personjaes royales , soit la représentation nationale? Serait-il vrai au contraire, comme on Ta dit pour en excuser d'autres, qu'il a reçu des ordres, des invitations, des prières, et qu'il n'a pas voulu y déférer?.,.

Je ne puis résoudre ces questions;, mais ce sont les premières qui se présenfent. — Toujours est- il que la Chambre était réduite- aux deux demi-con>pagnies, Tune de ligne, avec un poste de vétérans; l'autre de garde nationale, qui formaient sa garde habituelle. > — Les questeurs auraient dû au moins les utiliser pour protéger la salle des séances et les passages qui y conduisaient!... Où étaient-ils? Qu'ont-ils. fait?...

Madame la duchesse d'Orléans chez elle, et à la Chambre des Députés.

Jusqu'à présent , j'ai rappela, sur le témoignage d'autrui et la notoriété publique^ et d'après l'appréciation ijue j'en avais pu faire, les principaui^ événements dont se composait la situation des affaires au 24 février.

Je dois raconter maintenant avec précisinn la part que j'ai eue dans cette triste journée, et les faits qui se sont passés sous mes yeux.

J'en ai écrit dans le temps une relation succincte, que j'ai envoyée à S. M. le Roi des Belges, qui l'a com^ muniquée à Madame la duchesse d'Orléans et aux autres membres de la Famille Royale.

Je reprendrai cette relation comme base de mon récit, en la complétant par les réflexions qu'amènera naturellement la marche des faits.

Dans la matinée du 24 février, j'étais sorti de chez

moi d'assez bonne heure (un peu avant midi), pour sa- IV. 30

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voir des nouvelles, arriver à la Chatobre avant Theùre de la séance ) et conférer avec ceux de mes collègues qdi se trouveraient à la bibliothèque.

Je suivais la rue du Bac, lorsque je rencontrai moH collègue M. le marquis de Grammonl, qui se dirigeait aussi vers la Chaknbre. — Notre itttéutlon était de nous y rendre par les quais '•

Nous approchions du pont Royal, lorsque hous vtthe^ lin àsser grand nombre de gardes nationaux marchait à la débartdade , H qui regaguaienl leur domicile, éh répandant le bruit de rabdicàtion du Roi. — Cette nouvelle nou9 stit*prit étrangement; mais, à chaque pas i|dë nous faisions, elle se confirmait. Cela nous fit prendre la résolution d'aller aux Tuileries, pour «avoir au juste ce qu'il y avait de vrai.

De Tautre côté du pont, nous aperçûmes sur le quai dès troupes dedifi*érentes armes, iiotammetit dé Târtillerie,^ qui défilaient par lëS guichets du château. Notis entendîmes aussi des personnes, qui semblaient pàMIcdlièrement thargéels de ce soin, proclamer l'anubucé de V abdication du Roi , et la régence de Madame là dbcbesse d'Otléans !

A l'entrée dtl guibhet du pavillon de Flot'é, je dis au suisse, qui me connaissait : « Nôuà allons chcE le Roi. » — 0 Mais le Roi n'est pluis aux Tuileries , » répondit-iL — « Et Madame la duchesse d'Orléans , y est-elle? » — o Voyez, nous dît-il, au pavillon Marsan, yy

Les derniers pelotons de soldats s'écoulaient. Devant le paviHon de l'Horloge était encore l'état-major cara-

* J'ai lu toute cette partie de mon récit à M. de Grammont pour m*assurer que mes souvenirs étaient bien d'accord avec les siens.

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colani autour de Mgr le duc de Nemout*â eu grand uniforme et à cheval. Nous saluâmes le Prittce éta passafit près de lui ; il nous rendit eourtoisetnent notre saluf ^ sans nous dire autre chose qtië .' « Bofijout*^ mon§iétlr Dupin. Bonjour, monsieur de Granitiiont. yi

Nous continuâmes à nôns dirigea ters lé pàVillOh Alarsan. Dans le salon d'attente étaient quelqiieâ ôfB- Ciel*s de service \ On nous introduisit chez Madame ta duchesse d'Orléans. La Pribcesse était seule âted ses delix enfants et Tune de ses dames*, debout, ati pied du portrait de son mari, dans son grand salori) AbM les volets étaient poussés derrière les ibnétres donâàtlt silt^ la rue de Rivoli, de crainte des balles, si rémeute, comme ûû pouvait te craindre , arrivait de ce côté.

a Oh ! me dit-elle dès qu'elle m'aperctit , mohsient^ Dupin, vous êtes le premier qui vetiie:^ à moi ! y>

En etfet, elle n'avait près d'elle ni Ministres, ni Mà-« réebattx,ni aucun homme ayant un caractère pplkiqnê. Je le répète , elle était seule.

Madame la duchesse d'Orléans dit an comté de Paris de nous donner la main à Grâmmont et à moi , ce qtl'il fit très-gracieusement. Nous entrâmes ensuite en CM-** versation, et j'allais parler dé Tabdicafion dn Roi et de* ses suites, ainsi que de la régenee, lorsqu'on an-^ nonca le baron de Lacrosse, l'un des Secrétaires de \à Chambre; et lui-même avait à peine fait ses salutâ^ fions, qu'on vint idire à Madame fa Duchesse ' « que le Roi attendait S^. A. R. ati Pont-Tournant, avec

* Parmi eux (j'ai su leurs nonis depuis), étaient M. Hainclin et M. Douët-Villauinez.

' Madame de Wins de I^eysac.

' Le mcssai^er, m*a-t^ii dit depuis, était M. ToileliarJ, oRicier d*ordonnance du prince ^e Joinvillc, alors nbsent.

m FEVRIER 1848.

M. Odilon Barrot » . — Madame la Duchesse fit aussitôi ses dispositions pour partir; et M. de Lacrosse, de son côté , se retira pour aller en toute hàtc à la €hambre, ou l'appelait l'heure de la séance.

Peu d'instants après , Madame la duchesse d'Orléans était prête , ainsi que ses enfants ; nous nous mlnies en marqhe. Arrivés au bas de l'escalier, dans le ves« tibule , quelques'^uns des officiers qui étaient dans l'antichambre, et qui avaient suivi le mouvement, s'empressèrent auprès de la Princesse. Mais die les remercia, en me dijsant : a Monsieur Dupin , vous êtes membre de la Chambre des Députés , doqnez-moi le bras. » — Ce que je fis à l'instant.

Nous marchions ainsi : Madame me donnait le bras gauche , et elle tenait le comte de Paris de la main droite. M. de Grammont donnait la main gauche au jeune Prince : le duc de Chartres, un peu souffrant, était porté à bras, sur la même ligne, par M. le docteur Blache.

Les officiers dont j'ai parlé nous suivaient à quelques pas de distance, avec plusieurs hommes de service. Nous traversâmes ainsi la cour des Tuileries, jusqu'au pavillon de l'Horloge. Tout l'état-major avait disparu. Il ne restait dans cette cour que deux pelotons de gardes nationaux^ qui regardaient cq faible cortège avec curiosité , mais sans se l'expliquer ; ils étaient l'arme au pied, près du guichet qui conduit à la rue de Rivoli; nul en ce moment ne songeait aux honneurs militaires !

On entendait quelques explosions du côté du Palais- Royal : mais la place du Carrousel était entièrement libre. On n'y tirait pas de coups de fusil : Madame la duchesse d'Orléans n'avait nul besoin que personne

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