‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 107 sur 122 · LA DLCHËSSK DORLKAXS A LA CHAMBRE DES DEPUTES · texte numérisé non relu

LA DLCHËSSK DORLKAXS A LA CHAMBRE DES DEPUTES

lui fil vn rempart de son corps. Les écrivains^ qui ont voulu faire jouer ce rôle à Mgr le duc de Nemours, pour dramatiser leur récit ', ont élé Irès-mal informes. Pendant notre visite, Mgr le duc de Nemours avait quitté la cour des Tuileries avec tous ses officiers, pour aller assurer la retraite du Roi et de la Reine, et celle de la duchesse de Nemours et de ses jeunes enfants. Mgr le duc de Nemours n était donc pas avec nous, je l'affirme. Je l'ai déjà dit et imprimé en 1853 ' , je le répète avec assurance : S. A. R. ne démentira pas le fait, pas plus aujourd'hui qu'elle ne l'a fait alors.

Nous entrâmes ainsi dans le jardin, ou stationnait encore, entre les deux bassins, un détachement de troupes de ligne, qui ne fit aucun mouvement, ignorant qui passait.

Au moment où nous entrions dans la grande allée, un adjudant, monté sur un petit cheval blanc, vint audevant de nous au galop , nous engager à presser le pas. Je répondis que nous alUons aussi vite que possible, l'un des enfants étant malade'. Il repartit aussitôt. Mais au moment où nous approchions dû grand bassin, ce même cavalier revint pour nous dire que le Roi n'avait pu s'arrêter, et qu'il était parti se dirigeant sur Saint-Cloud, sans attendre M. Odilon Barrot qui n'était pas arrivé !

Si ce Ministre eût été là, et qu6 Madame la duchesse d'Orléans eut pu se procurer une calèche, je ne doute pas qu'elle n'y fût montée, et qu'elle n'eût eu le courage de se montrer au peuple et de parcourir les boulevards avec le jeune Roi. Mais tous les moyens d'ac-

* Voir aux Annexes.

* Volume intitulé : La Présidence, p. 127, injine, à la note.

* Kn vix traho !

470 FÉVEIEft iS^S.

lion manquaient à la fois; et, dans l'iinpossibililé de retoomer en arrière, il n'y avaîl pas d'autre issue que de se diriger vers la Chambre des Députés , à laquelle nous ne songions nullement au moment du départ.

Dans cet instant critique, U fallait prendre un parti. Les regards du poste, et de la foule qui s'amoncelait à la grille du Ponf-Toumant , éUient (ixés sur nous^. Je dis alors à Madame la duchesse d'Orléans, qui dans tout le trajet n'avait pas quitté mon bras : a Madame, y» quand nous serons à la grille, je voqs proclamerai à rt haule voix aiD«i qpe votre fils j et nous nous congé- V ronsèlagarde nationale.)) — En effet, arrivé à la grille de la place de la Concorde, je m'avançai^ j'ôtai mon chapeau, e^ jp dis d'une voix ferme : a Vive le ÇmUe (fe Paris, Roi des Français! Vive Madame la duchesse d'Orléans, Régente 1 » — La compagnie de la garde nationale qui se trouvait là accueillit la Duchesse avec enthousiasme , et poussa les cris de a Vive le Comte de Paris, Roi des Français! Vive la Régente lu

Ce cri fut répété par la foule.

P^iSy iQstioctivenienty sans desspin prémédité, la garde qationale et le peuple ouvrirent devant nous le cherpin depuis la grille jusqu'au pont de la Concorde. Je conseillai en ce moment à madame la Duchesse de donner le bras à l'ofiQcier qui commandait la garde Oi^tionale ; je la suivais immédiatement avec mon collègue M. de Q^ammont; quelques Députés survinrent, et pous arrivâmes ainsi à la Chambre des Diéputés aii milieu des cris réitérés de Vive le Roi! vive lu Régente! sans une seule voix dissidente.

A l'apparition de Aladame la duchesse d'Orléans et du jeune Roi , la Chambre entière se leva et fit entendre à plusieurs reprises les plus vives acclamations.

l^adaipe |a Duchesse alla s'asseoir, avec ses epfants, sur des fauteuils apportés à la hâte dans rbémicycle, au pied de la tribune, en face de l'Assemblée. Au même instant, Mgr le duc de Nemours survint avec ses aides de camp. J'allai m'asseoir à ma place ordinau^e, au centre gauche.

Mais nous sommes en séance : laissons parler le Moniteur.

Séance du 2A février, r— Extrait du Moniteur du 25.

il/, de Cambacérès : u Je demande que la Chambre reste en permanence jusqu'à la fin de la crise. (Oui! oui!)

M. le Président : » Il ne peut pas être questioo de permanence autre que celle-ci : la Chambre a ouvert sa séance, et elle restera ouverte tant qu'il ne sera pas fait motion de la lever. La Chambre s'est réunie seulement en séance publique, à Theurc où elle devait se réunir dans les bureaux, n (Très-bien! très-bien!)

La séapce demeure suspendue.

Une vive agitation règne dans l'assemblée^ dont tous les membres paraissent gravement préoccupés. Le nom de M. Odilon Barrot, qui, dit-on, a été nommé Président du Conseil, est prononcé par beaucoup de membres qui semblent étonnés de son absence : le bruit se répand de l'abdication du RoF en faveur du comte de Paris, sous la régence de Madame la duchesse d'Orléans-.

A une heure et demie, on annonce que Majdame la ducl^esse d'Orléans, et M. le comte de Paris vont se rendre à la séance.

Au même instant, en effet. Madame la duchesse d'Orléans entre, tenant M. le coiptc de paris d'une main, et M. le duc de (Chartres de l'autre. De vives acclamations l'apcueillent. Un grand nombre de membres de diverses parties de la Chambre font entendre les cris de Vive la dnckene d' Orléans l vive le comte de Paris! vive le Roi! vive la Régente!

Madame la duchesse d'Orléans et ses enfants prennent place sur des sièges que l'on a disposés à la hâte dans rhémicycle, au pied de la tribune. M. le duc de Nemours accompagne Madame la duchesse d'Orléans. Plusieurs officiers et des gardes nationaux en uniforme lui servent d'escorte.

Un cert<iin nombre de personnes élranc^rcs h la Chambre entrent aussi dans la salle, et se tiennent debout dans les deux couloirs.

Une grande anxiété se peint sur toutes les physionomies.

il/. LacrossCt au milieu du bruit : u Je deiuando que la parole soit donnée & M. Dupin, qui vient d'amener M. le comte de Paris dans la Chambre.

M.' Dupin: n Je ne l'ai pas demandée * .

Voix nombreuses : » Parlez ! parlez !

M. Dupin: (Kcoutez! écoutez!) n Messieurs, vous connaissez la situation de la Capitale, les manifestations qui ont eu lieu. Elles ont eu pour résultat Tu hdication de Sa Majesté Louis-Philippe, qui a déclaré en même temps qu'il déposait le pouvoir, et qu'il le laissait, à sa libre transmission, sur la tête du comte de Paris, avec la régence de Madame la diicliesse d'Orléans ^. (Vives acclamations. — Cris nombreux de Vive le Roi! Vive le comte de Paris! Vive la Régenle!)

I) Messieurs, vos acclamations, si précieuses pour le nouveau Roi et pour Madame la Régente, ne sont pas les premières qui l'aient saluée; elle a traversé à pied les Tuileries et la place de la Concorde, escortée par le peuple et par la garde nationale (Bravo ! bravo!), exprimant ce vœu, comme il est au fond de son cœur, de n'administrer qu'avec le sentiment profond de l'intérêt public, du vœu national, de la gloire et de la prospérité de la France. (\ouveaux bravos.)

(M. Dupin descend de la tribune.)

Plusieurs membres : » M. Barrot! M. Barrot à la tribune !

D'autres membres : » 11 est absent!

1 En effet, je n'était pu ministre; je n'exerçait aucune autorité ; je n'avait pat qualité pour prendre l'initiative d'aucune meture. — Que dire d'aiHeUrt? — Jamait je n'ai été prit de ti court. Je n'avait, pour délibérer avec moimême, que le peu de momeatt qu'il me faudrait pour aller de ma plaoe à la tribune. De toutet partt cependant on me criait : > Parlei, parlei! - — Dans cette extrême anxiété, ne prenant conteil que de mon attachement à la Famille Royale, au fili du duc d'Orléani, à cette femme si courageuse, à cette mère ti dévouée, je sentis que le point important était de provoquer les acclamaliona de la Chambre en faveur du jeune roi, et d'en demander acte,

^ Je n'en parlait que par oui-dire, n'ayant pat vu l'acte d'abdication, ainsi que je l'ai déjà dit.

s K ANGE DU 24 KKVRIER. 473

M. Diip'm, de sa place : n II me scnibic que la Chambre par SCS acclainalions unanimes vient (rev|)rimer nn sentunent non équivoque qui doit être constaté.

Voix nombreuses : -> Oui ! oui î

Voix diverses à gauche et à Vextrême gauche : « \on ! non ! Altendons M. Barrol! Un Gouvernement provisoire!

M. Dtipin : » Je demande, en al tendant que Tacle d'abdication^ qni nous sera remis probablement par M. Uarrot, soit parvenu , que la Cbambre fasse inscrire au procès-verbal les acclamations qui ont accompat^nc ici et salué dans cette enceinte le comle de Paris comme Roi des Français, et Madame la duchesse d'Orléans comme Régente, sous la garantie du vœu national, (Oui! oui! Bravo! Xon! — Vive et universelle agitalion.)

M. le Président : * » Messieurs, il nie semble que la Chambre par ses acclamations unanimes....

(Approbation au centre. — Réclamations à gauche et h droite, et de la part des spectateurs qui sont entrés dans les couloirs.)

M, Dupin : » Je constate avant tout les acclamations du peuple et de la garde nationale....

(M. Marie demande la parole et monte à fa tribune. Le bruit et Fagilation Tempôchent de se faire entendre.)

M. de Lamartine, de sa place : » Je demande à M. le Président de suspendre la séance, par le double motif du respect que noug inspirent, d'un côté, la représentation nationale, cl, de l'autre, la présence de l'auguste Princesse qui est ici devant nous. (Non! non! oui!)

M. le Président : n La Chambre va suspendre sa séance jusqu'à ce que Madame la duchesse d'Orléans et le nouveau Roi se soient retirés. » (\on ! non !)

Arrélous-nous ici, puisque la séance est suspendue I ...

1 Le Moniteur n'achève pas la phrase da Président ; mais, dans le prooès- ¥erbal officiel de la séance, on lit : > M. le Président dit que cette constatation sera faite au procès-verbal. >

Et M. le Président, dans ion To!nme intitulé la Chambre dti députés, dit & la page 399 : > A Tinslant , le Président se lèse et déclare^ qu avant toute délibération , il doit eomtaler, au nom de la Chambre, les acclamations universelles qni ont proclamé le nouveau roi, et salué madame laduchesie d'Orléans comme régente du royaume. •

m Sf^SSlOX DE 1848.

Vainement le poëlc enveloppe sa phrase d'une formule respeciueuse , 3a proposiiion élail souverainement irrcvérenlielle. — C'était tout uniment proposer de mettre le jeune Roi et sa Mère h la porte , comme des intrus qui n'avaient pas le droit d'assister à la séance. — Or, cetle séance , puisque le Roi était présent , était en réalité une séance royale, — Aucune autorité n'était là supérieure à la sienne; la présidence de l'Assembrée, en pnreillc circonstance, n'élait qu'une présidence d'ordre, qui ne conférait au Président aucune autorilé sur les personnes royales en face desr quelles il siégeait.

Il devait donc repousser la proposition de M. de Lamartine comme inconvenante et inconstitutionnelle.

Dans tous les cas , il ne devait pas décider seul. — Se (îgure-t-on en effet ce qui serait arrivé si , mettant aux voix la proposition de M- de Lamartine, le Président eût dit sérieusement à l'Assemblée : a Que ceux » qui sont d*avis que le Roi et Madame la duchesse » d'Orléans sortent de la salle, se lèvent? » — Une explo- 3ion de murmures et des cris d'indignation eussent éclaté à l'instaiit.

Au Ijeu de cela, pt comme si c'eût été la c^ose du monde la plus simple et la plusiiaturelle, le Président, sans que personne pût prévoir ce qu'il allait dire, se hâte de prononcer cette sentence : a La Chambre » va suspendre sa séance jusqu'à ce que Madame la » duchesse d'Orléans et le nouveau Roi se soient rew tirés ! »

tt Non ! non I » disent les Député^ ; et ces Députés avaient raison de s'écrier . Non I non I — En effet, se rétirer I... et où aller, grand Dieu! — Aucun des Ministres n'était présent.... Ceux des Députés qui

SEAKCE DU )4 FÉVRIER. 475

avaient le plus poussé à Tabdication du Roi élaienl ceux qui se montraient le moins I... Aucune disposition, je Tai déjà dit, n'avait été prise pour protéger la Chambre, ni du côté du pont de la Concorde^ ni du côlé de la rue de Bourgogne \

L'émeule était dans les rues... Dans ce moment, et depuis notre départ , les Tuileries étalent tombées au pouvoir des factieux !

Quitter TAssemblée ! Se retirer I et où aller? — Ahl monsieur de Lamartine ! — Ah ! monsieur le Président I

Il eut fallu lever en ce moment la séance, et aller à la Chambre des Pairs, comme cette Chambre s'y attendait*.— Un membre monta au fauteuil en cet instant, pour engager le Président à lever la séance , car il n'y avait rien à l'ordre du jour. Mais le Président répondit stoïquement : u Marie a demandé la parole!... »

Il craignait de déplaire à Marie !

Il m'en coûte beaucoup, je l'avoue, d'arrêter ainsi le lecteur sur les incidents de cette séance^ ^ui a été le tombeau de la Royauté et du Gouvememeni constitutionnel de 1830 : mais il feut bien que l'histoire se décide à expliquer ce qui, autrement, ne serait compris de personne.

Un Corps ne vaut qup par la manière dont il est dirigé. li'armée de Paris, commandée par le maréchal Bugeaud, eut vaincu l'émeute; personne n'en doute. — Privée de ce chef redouté, restée sans ordres, sans direction, elle n'a servi de rien. Pas un soldat n'a manqué à son devoir : aucun n'a ni déserté le drapeau, nj

* Voyez ci-devant, page 464.

' Eilç en avait le pressentiment instinctif. (Voyez dans les Annexes, sur la page 475, ce qui est dit 4e la Chambre des Pairs.)

désobéi; mais on ne leur a rien commandé, sinon de cesser le feu. — Ils ont laissé faire...

Il en est de même des Corps délibérants. Ils ne peu* vent être mis en jeu que par les propositions qui leur sont régulièrement soumises : c'est au Gouvernement à leur indiquer le genre de t;oncours qu'il en attend. — Du reste, leur police intérieure, la conduite de leurs délibérations, la répression des désordiTS qui s'y produisent, dépendent exclusivement de la prévoyance, de la présence d'esprit, et de la fermeté de ceux qui les président. Les Assemblées qui veulent faire leur police elles-mêmes ne peuvent s'-expriraer que confusément; elles troublent l'ordre, au lieu de le rétablir. Il est une foule de cas, et ce sont les plus graves, où le Présidenl doit prendre l'affaire en main, jyarler seul pour F Assemblée^ dire ce qu'elle ne peut dire elle-même, exprimer, faire étinceler les sentiments qui fermentent dans son sein , se prendre corps à corps avec certains orateurs, réprimer de son chef, avec autorité, leurs excentricités, et y employer jusqu'à extinction tontes les forces de son corps et de son âme : — à ce prix seulement, l'ordre peut renahre et reprendre le dessus dans une grande assemblée.

Et cependant, n'exigeons pas trop. Les circonstances peuvent être quelquefois plus fortes que les hommes. Il n'est pas donné à tous les présidents d'être des Boîssy-d'Anglas, de braver l'émeute menaçante, et de saluer, quand on la leur présente, la tête sanglante de Féraud I

Personne ne peut, sans présomption, se flatter d'atteindre à cette héroïque fermeté, et dire : si j'avais été là, j'aurais fait mienx! Il ne faut d'ailleurs exiger des hommes que ce que leur nature comporte.

M. le président Sauzet est essentiellement un homme de bien; il est doué d'éminentes qualités : — Une noble prestance, une voix sonore, une élocution brillante; il était aussi capable de bien exposer que de bien résu« mer les questions dans une Cour de justice ou dans un Conseil d'Etat. Il a été excellent avocat, orateur habile en maintes occasions, bon garde dçs sceaux, homme foncièrement moral et religieux — Ajoutons des dons

particuliers : une grande affabilité de manières, des paroles caressantes pour le plus grand nombre, courtoises pour tous, un soin infini de ménager les amours* propres, et le bonheur de n^en blesser aucun. — Voilà certes bien des côtés recommandables , et qu'il n'a guère été donné à d'autres de réunir au même degré.

Avec tout cela, cependant, M. Sauzet n'était pas trempé pour soutenir àe grandes luttes. Aimable el boa président en temps calme ' , au moindre symptôme d'agitation , il éprouvait un ébranlement nerveux qui se communiquait à tout son étro. Pouvait-il changer sa nature? — Dans les graves circonstances où il s'est trouvé, a-t-il dit ce qu'il devait dire? — Pouvait-il empêcher ce qu'il a laissé faire ? ^

Ses intentions étaient droites ; son dévouement n'était pas douteux! »^ S'il n'a pas réussi, plaignons'-le I...

Cependant, il est pour chaque fonction, et spécialement pour la Présidence, un savoir-faire qui tient à la nature même des fonctions. — A défaut du sublime, il est des instincts que tout homme doit trouver au dedans de soi-même, et des devoirs tellement in-

* Quilibet nautarum rectbruinque trnnquillo mari gubernari potest; ubi sseva orta tempcstas est, ac (urbato mari, vento rapitor navis, iùm tiris opus estJ (Discours de Fabius an Sjcnnt.)

47» SEâSIOM DE iS4S.

diqaég, que c'est une faute lourde de n^avoir pas su

les remplir.

Ainsi, je le dis avec peine, mais je ne puis m'en taire (Amictu IHaio, $ed magit arnica veriia$)^ je n^ proche ouveHemeot au Président du 24 février d'avoir donné dans le panneau tendu par M. de Lamartine; et, sous couleur de suspension de la séance, d'avoir prononcé ^ de son chef et sans consulter l'Assemblée , ce qu'assurément elle n'aurait jamais ordonné : fecpulsion du jenne Roi et de la Duche$êe d'Orléam. -^ Ma conviction làndessus est entière : c'a été une faoM capitale.

Ces mots : a Là séance est suspendue jusqu'à ce que la Duchesse d'Orléans et le nouveau Roi se âaimU retirée, i> — Sont devenus là cause première de la perturbation qui s'est immédiatement introduite dans h sein de l'Assemblée; ils ont jeté l'ineertilùde dans les esprits y et paralysé tout l^effet de cet éfithou^ siasme qui , un instant auparavant , avait acclamé les augustes hôtes que l'Assemblée avait accueillis dans son sein \l\

Il fallait au contraire se rallier à ce mouvement 5 H s'y rattacher tout entier.

Cettefautepremière, cette faute irréparable va devenir la source de toutes les autres. En face de tous les in^ cidents qui vont s^ produire^ le Président qui, au début, n^a pas su Juger le caractère de la séance, ne pourra plus ressaisir l'ascendant qu'il devait emprunter à la présence du Roi et à l'autoHté royale, qu'il JaUaii avant tout mettre eh relief et faire respecter. Désormais il ne saura plus ni emprunter au règlement, ni trouver en lui-même, le moyen de diriger les délibérations, de prévenir ou de réprimer les écarts. La

SÉANCE Dt 24 PÊVfelER. 479

séance va reprendre et continuer , puisqu'il Ta voulu; et il le voudra jusqu'au bout, avec obstination I Elle va se contintier y mais au milieu d'^un désordre toujours croissant, et au profit de l'émeute, qUî finira par tHompher surplace! Et tétle séance, qui avait comttiencé par un élan monarchique plein d'enlhousiasmé et de vigueur, se terminera^ après deuil- heures de tiralHetuents et d'atigoisses, par \ti pt*dbIamâtion de ba République !.

Nous allons maintenant reprendre le compte rendu du Moniteur, le seul journal. dont les sténographes aient tenu bon ' , et soient rè^stés constamttieot à leur poste ; ~ à chaque inciderit rious feniiis une patisé, et nous intercalerons nbâ appréciations , afin que le lecteur puisse, réfléchir, apprécier lui-même et jugér.

Suite de la séance du 2i février.

Aussitôt «près ces mots prononcés par le Président : « La Chambre va suipetldre sa séance jusqu'à ce

que Madame la duchesae d'Orléaos et le nouveau Roi

se soient retirée, t» ' Le Moniteur continue :

(M. l6 duc de Nemoitrs et pldéietirs Députés il^ajppt*ochiciit de Madame lu duchMse d'Orléans ël pàitiissettt Ten^gët* à se l^iirer.}

M. Lherhettt, s'adressant & M. le Président : a Madame la 4uche3se d'Orléans désire rester ici.

< C'Mt un témoignage i|ae Unt reiia M. Étoile de Olrardin , diiit. le numéro 4310 da journal la Preuê, partant lee dalea aiioaltanéee dea 8S , 26 , 97 et 28 février , troisième colonne de la deuxième page. — On y lit ee qui tnit : ■ Le Moniteur seul a été intrépide. Seul, Joébranlablfe, impusikle, il est resté i son poète , tandis q«e tétti hos sténogrtptiès enfiiiibtlMit leor tribune et venaient se mêler 4 et tnmnltb sans nem , 4 tÊ conflit àê

la parole et du fail C'est dans le Moniteur qu'il faut lire cette

inouïe •

480 SESSIOX DE 1848.

(Le bruit et Tagitation redoublent.)

M, le Président recoaimânck le silence cl le respect. »

Belle formule assurément I mais peu capable de calmer le désordre causé par la fatale suspension. « — En effet, que se passe-t-il? Le Moniteur vsl nous l'apprendre :

(Bruits divers.) M.Marie occupe toujours la tribune. Pendant ce temps , Madame la duchesse d'Orléans et ses enfants restent debout dans Thémicycle entourés d'un grand nombre de Députés.

Dans cette situation pleine de détresse, le général Oudinot se lève et s'écrie : u La Princesse, on vous Ta dit, a traversé les Tuileries et la place de la Concorde, seule, à pied, avec ses enfants aux acclamations publiques. Si elle désire se retirer, que les issues lui soient ouvertes, que nos respects l'entourent, comme elle était entourée tout à l'heure des respects du peuple de Paris. Accompagnons 'la au elle veiU aller, (Interruption.) — Si elle demande à rcBter dans celte cnceinfe, qu'elle reste; et elle aura raison, car elle sera protégée par notre dévouement, n (Trèsbien !)

Que n'a-t-on saisi cette proposition généreuse et chevaleresque : « Aecompotgnons^Ja où elle veut al- 1er!... » — Bien loin de s'en emparer, le Président persiste dans sa première idée; il en fait la matière d'une nouvelle injonction :

M. le Président: u La première mesure & prendre, c'est d'inviter toutes les personnes étrangères à la Chambre à sortir de l'enceinte; (Non ! non !) la Chambre ne peut pas délibérer, n .

Ainsi, voilà, pour la seconde fois, la Duchesse et les Princes mis eu demeure d'évacuer la salle; la première fois, nominativement; cette fois-cr, avec la formule générale : toutes les personnes étrangères à la Chaa(ibre. — On se dispose à exécuter cette double sentence. En effet, le Moniteur ajoute, entre deux parenthèses :

SEANCE Dl) 24 FEVRIER. 481

( En ce moment, Madame la duchesse d'Orléans semble céder aux invitations qu'on lui adresse. Précédée du duc de Nemours, et suivie de ses deux enfants , elle monte les degrés de la salle parle couloir du centre qui conduit à la porte placée au-dessous de rhorloge. Arrivée aux derniers bancs du centre gauche, elle y prend place , toujours entourée du même cortège, aux acclama^ tions de la Chambre presque entière, — MM. les Députés de Textréme gauche restent impassibles à leurs places. — Le nombre des personnes étrangères à la Chambre augmente & chaque instant dans les couloirs.)

Entendez-vous ces acclamations? elles sont presque unanimes t Au lieu de repousser ces augustes fadtes, les Députés applaudissent en les voyant prendre séance au milieu d'euœ. — C'était leur place en effet '.

En cet état, M. le Président annonce que :

a La Chambre va délibérer! n

Délibérer! — Et sur quoi , je vous prie? — Il n'y

1 Ici je doit inlerciler qaelqaet faits qni D*ont pa être remtrqaéi par les iténographea dn Moniteur^ et qu'ils n*ont point conslaléi.

Madame la dochetsa d'Orléans était allée , en effet , se placer sur on des Kanes élevés de la salle, 4 gaocbe de la travée du milieu. Klle était assise entre ses deni enfants , M. le doc de Nemoors i sa droite, le comte de Paris entre elle et lui.

Pendant ce mouvement, j'étais resté à ma place ordinaire, an bas du centre gauche.

L'invasion de la salle continuait toujours.

Le Président de l'Assemblée était séparé de ses collègues par une foule compacte qui occupait ThémieyeU et Us deux côtés de la tribune.

An milieu de cette pression , désirant me rapprocher de Madame la duchesse d'Orléans , je sortis , bien qu'avec peine , et passant par la salle des conférences, je parvins à me placer derrière elle.

En ce moment, M. Crémieux était assis à c6té dn pelJt duc de Chartres, 4 gauche de madame la Ducbesse, et il lui proposait de lire quelques lignée qu'il avait tracées au crayon sur un carré de papier.

Madame la Duchesse me monlra cet écrit ; et, après l'avoir lu, je le replaçai devant elle , en lui disant que, si elle parvenait 4 se faire entendre, ce qu'elle dirait d'elle-même vaudrait assurément mieux et produirait infiniment plus d'effet. Mais, comme nous le verrons bifnldt (page 485), elle ne put jamais parvenir 4 oblenir la parole; M. Crémieux reprit et serra son écrit. IV. 31

avail rien à l'ordre du jour, — rien en délibération ; — aucune proposition dont ta Chambre fût régulièrement saisie et sur laquelle on pût discuter.

Le Momteur : — (En ce moment» M. Odilen Barrot entre dans la salle : un grand nombre de Députés Tentourent.)

M, DumofU: Laisseï parier M. Odilon Barrot!

(Af. Marie à la tribune se dispose à prendre la parole.)

Plusieurs voix: M. Odilon Barrot! M. Odilon Barrot!

M. Crémieux: Laissez parier M. Marie, M. Odilon Barrol viendra après.

M. Crémieux avait tort. M. Odilon Barrol y comme ministre , avait droit de parler le premier, et de pré<venir ainsi des propositions séditieuses, s'il avait su prendre l'initiative; mais il ne voulut pas s'en saisir; et, au lieu de s'emparer du gouvernaili il laissa la parole à Topposition.

M, Marie : Messieurs , dans la situation où se trouve Paris , vous n'avez pas un moment & perdre pour prendre des mesures qui puissent avoir autorité sur la population. Depuis ce malin, le mal a fait d'immenses progrès, et si vous tardei encore à prendre des mesures par des délibérations inutiles, vous ne tavei pat jusqu'à quel point le désordre peut aller; il est donc urgent de prendre un parti. Quel parli prendre? On vient de proclamer la Régence de Madame la duchesse d'Orléans; vous avez une M qui a nommé le duc de Nemours régent; vous ne pouvez pas aujourd'hui faire une régence, c'est certain, il faut que vous obéissiez à la loi ; cependant il faut aviser; il faut à la tête de la capitale^ comme à la télé de tout le royaume, d'abord un Gouvernement imposant; je demande qu'un Gouvernement provisoire soit constitué. (Bravos! bravos! dans les tribunes.) Quand ce Gouvernement aura été constitué, il avisera, il pourra aviser concurremment avec les Chambres, et il aura antorité dans ee pays. Ce parti pris à l'instant même, le faire connaître dans Paris, c'est le seul moyen d'y rétablir la tranquillité : il ne faitt pas en pareil moment perdre son temps en vains discours.

Voici , Messieurs , ma proposition : je demande que sur-lechamp un Gouvernement provisoire soit organisé.

A l'insfant, M. le Président aurait dû s'interposer: — Une proposition! — En la forme, loin de la laisser développer, et de la mettre en délibération, le Président ne devait pas même la laisser lire I aux termes du règlement, on ne pouvait en faire connaître lu teneur à la tribune qu'autant que la lecture en aurait été préalablefnent autorisée par trois bureaux '.

Au fond, le simple énoncé de cette proposition était inconstitulionnel. Il y a une loi de régence , avait dit l'orateur. — Eh bien, exécutex-la, en attendant qu'on la change, et qu'on ait le temps d'en voler une autre. Le Régent est là; il ne déserte pas son poste ; il assiste le Roi et la Veuve de son Frère. La présence de ces personnes réunies répond à tout; le Gouvernement n'est pas vacant — Que signifie donc la proposition d'un Gouvernement provisoire ?

Le Président ne dit pas un mot à M. Marie! le Ministre de l'intérieur ne demande pas la parole! et M. Crémieux la prend pour prononcer un discours encore plus excentrique. — On va en juger :

M. Crémkux : « Dam un pareil moment, il ait impostibla que tout le monde soit d'accord pour proclamer Madame la duchesse d'Orléans pour régente , et M. le comte de Paris pour roi ; la population ne peut pas accepter immédiatement cette proclamation; en 1830, nous nous sommes fort hâtés, et nous voici obligés an 1848 de recommencer. (Bravo I bravo!) Nous ne voulons pas, Messieurs I nous hâter en 1848; nous voulons procéder régulièrement, légalement, fortement.

» Le Goutrernemeut provisoire (Bi*avo I bravo !) ^ que vous nommerai ne sera pas seulement chargé de maintenir Tordre, mais de nous apporter ici de4 imiUutinmM qui protègent toutes les par-

t Cetl ce que M. le Président tttit pntiqoé dcox Joart toptrmat (l« 22 février), lort du dépôt de la propontion «TtceoMUon eoatre les Mîaitlret. (Voyei ci-deuns, p. 441 et 4ii.)

^ Cef bravos partaient des étrangws antres dans la lalle.

ties de la population, ce qui lui avait été promis, et ce qu'elle n*a pas pu trouver depuis 1830. (Bravo! bravo!) ^

» Nommons un Gouvernement provisoire; qu'il soit juste, ferme, vigoureux, ami du pays, auquel il puisse parler pour lui faire comprendre que sMl a des droits, que tous nous saurons lui donner, il a aussi des devoirs qu'il doit savoir remplir.

n Croyez-nous un peu, nous vous en supplions ; nous sommes arrivés aujourd'hui à ce que devait nous donner la Révolution de Juillet; nous n'avons pas voulu le changement de quelques hommes; sachons profiler des événements, et ne laissons pas à nos (ils le soin de renouveler cette révolution.

» Je demande l'institution d'un Gouvernement provisoire composé de cinq membres . n (Approba tion à gauche et dans les tribunes .)

Cette intervention des tribunes n'est pas réprimée : on ne prescrit pas de les faire évacuer. — Nulle injonc* tion aux huissiers ! nulle intervention des questears !

Et ce discours si extraordinaire, dans lequel ou se reportait à juillet 1830, comme si la Charte de 1830 n'avait rien fondé , est paisiblement prononcé ! Les propositions qu'il renferme ne deviennent la matière d'aucune observation de la part du Président ! Il lui semble, apparemment, que tout cela est dans l'ordre.

Mais M. Odilon Barrot, président du Conseil, est présent; il a tout entendu, il monte enfin à la tribune, il va sans doute répondre; l'Assemblée s'y attend; elle est impatiente de l'entendre : Momtra le esse Ministrum !

M, Odilon Barrot : (Écoutez! écoutez!) a Notre devoir

est tout tracé, dit-il. Il a heureusement celte simplicité qui saisit toute une nation, il s'adresse à ce qu'elle a de plus généreux et de plus intime, à son courage, à son honneur.

» La couronne de Juillet repose sur la tôte d'une femme et d'un enfant. (Vives acclamations au centre.)

(Madame la duchesse d'Orléans se lève et salue l'assemblée; elle invite le comte de Paris à l'imiter, ce qu'il fait.)

1 Ce toDt encore let iotrui qui difent bravo !....

SKAXCE U\j 24 FKVRIKR. 485

M, Odilon Barrot : ^ Je fais un appel solennel. M. de la Rochejaqtielein : n Vous ne savez ce que vous faites. (Madame la duchesse d'Orléans se lève comme pour parler.) Plusieurs voix : y^ Écoulez ! écoulez ! Laissez parler madame . la Duchesse! *

D'autres membres : >» Continuez, monsieur Barrot! »

M. Barrot, calme, et avec ce don imperturbable de se posséder soi-même , sans pour cela posséder ni entraîner les autres, continue :

u C'est au nom de la liberté politique dans notre pays, c*est au nom des nécessités de Tordre surtout, au nom de notre union et de notre accord dans des circonstances si difGciles, que je demande à tout mon pays de se rallier autour de ses représentants de la Révolution de Juillet. Plus il y a de «grandeur et de générosité à maintenir, et à relever ainsi la pureté et Tinnocence, et plus mon pays s'y dévouera avec courage. Quanta moi, je serai heureux de consacrer mon existence, tout ce que j*ai de facultés 'dans ce monde, à faire triompher cette cause, qui est celle de la vraie liberté de mon pays. (Bravos au centre.)

M, de la RochejaqueUin : n Je demande la parole.

M. Odilon Barrot : » Est-ce que , par hasard , on prétendrait remettre en question ce que nous avons décidé par la Révolution de Juillet? (Très-bien! très-bien!) »

1 Ce moovement n*a pai échappe à U. de Lamartine, Hitt, de la Rèvohaion 1^^1848, page 188:

■ Le jeane Roi , dit-il , te lève aa signe de la Princetie et lalue à fon tonr ceux qui ont applaadi la mère. Le duc de Nemonrt parle à l'oreille de la dochetie. Elle le relève de Douveaa avec une timidité plus visible. Elle tient nn papier dans sa main; tlle V agite en le montrant au Président. Une voix féminine, claire, vibrante, mais étouffée par l'émotion, sort du groope qai Tenk>«re , et fait courir avec un frisson un léger tintement sur l'Assemblée. C'est la Duchesse qui demande à parler aux représentants de la nation ! — Qui aurait résisté à cette voix? Qui n'aurait senti tomber sur son cœur les larmes dont elle eût été sans doute entrecoupée? C'en était fait de la discussion. La Pa^si- Dnrr kb voit pas le gkstb. m'rntkkd pas CEira voix, ou ajftcte de ne pas voir ou de ne pas entendre, pour laisser les esprits à M. Barrot. La Duchesse, interdite ■I effrsjée de son audace , se rassoit. La nature, vaincue, reste muette ; que poorra l'éloquence ? •

''^ Eh! certainement, c'est li ce qu'on veut! M. Crémieux vient de vous le dire assez clairement : — répoodes-lui donc !

n Messieurs, la circonstance est diflicile, j'en conviens; mais il y a dans ce pays de tels éléments de grandeur, de générosité et de bon sens, que je suis convaincu qu'U suffit de leur faire i^el pour que la population de Paris ^o lève autour de cet étendard. (Oui! oui!) H y a là tous les moyens d'assurer toute la liberté à laquelle ce pays a le droit de prétendre, de la concilier avec toutes les nécessités de Tordre qui lui sont si nécessaires, de rallier toutes les forces vives de ce pays, et de traverser les grandes épreuves qui lui sont peut-être réservées.

n Ce devoir est simple, tracé par Thonncur, par les véritables intérêts du pays ; si nous ne savons pas le remplir avec fermeté, persévérance , courage , je ne sais quelles peuvent en être les conséquences; mais soyei convaincus, comme je le disais en commençant, que celui qui a le courage de prendre la respop?* sabllité d'une guerre civile au sein de notre noble France, celui-là est coupable au premier chef, celui*là est criminel envers son pays, et envers la liberté de la France, et du monde entier.

n Quant à moi. Messieurs, je ne puis prendre cette responsabilité, La régence de la duchesse d'Orléans, un Ministère pris dans 1m opinions les plus éprouvées , vont donner plus de gages à la liberté ; et puisse un appel au pays, à l'opinion publique dam toute sa liberté, se prononcer alors, et se prononcer, sans s'égarer jus* qu'à des prétentions rivales de la guerre civile I...

M, Ledru-RoUin : » Je demande la parole.

M, Barrot, continuant ; » se prononcer au nom des intérêts du pays et jle la vraie liberté; voilA, quant àmoi, quel est mon avis, quelle est mon o/nnian; je ne pourrais pas prendre la responsabilité d'une autre situation, n

Après celte boonéte, mais stérile protestation ', le Ministre regagne son banc , et se rassied avec la gravité d'un fait accompli : — sans avoir rien proposé ; — sans provoquer aucune mesure ; — sans même avoir dit à ceux qui proposaient yn Gouvernement provisoire : « Mais il y a tm Gouvernement définitif ! J'en

1 U PiéMdMt SMMt eo t jagé aiasi : « Cette déelarMim, dit-il (f. S09 de ton Apologie), rettemblait bien pint à la protestation à'umè Uftie am- •cieaea, qu'à la fermé miiUUhe dm ^mmvmemetd, •

SKAXCK DU 24 FÉVRIER. 487

suis le chef et l'organe I Je suis Ministre et Président du Conseil! — Le Roi est présent! — Vous êtes des factieux ! n

M, de la Bochejaquelein : u Je répondrai à 1* honorable M. Barrot qae je n'ai pas la folle intention de venir ici élever des pré* tentions contraires; non, mais je crois que M. Qililon Barrot n*a pas servi, comme il aurait voulu les servir, les intérôts pour lesquels il est monté à cette tribune. (Bruit.)

n Messieurs, il appartient peut-être à ceux qui, dans le passé, ont toujours servi les Rois, de parler maintenant du pays, ci de parler du peuple. (Quelques voix : Bien! très-bien!)

M. de la Rochejaquelein : » Aujourd'hui, vous n'êtes rien ici; votis n'êlci plus rien!

Au cenire: « Comment donci Conmient donc!

AI. de Mornay : » Mous ne pouvons accepter cela.

M. le Président : » Monsieur, vous vous ccartei de Tordre, je vous rappelle à Tordre. »

£t voilà tout ! — N'était-ca donc point le cas d'a< jouter : ce Mais si nous ne sommes rien « M. de la Rochejaquelein ^ que suis -je donc, moi^ Président? Qu'êtes -vous, vous-même, U. de la Rocbejaque* lein? Non -seulement vohm vom écartez de tordre, mais vous scandulisez rassemblée f vous la mécon-^ nainezl vous l'insultez au premier chef! Il ne doit pas vous être permis de continuer, je vous retire la parole! « — Rien de lout cela n'étant dit, au moins en équivalent :

M.' de la Rochejaquelein continue : u Permettez-moi de parler. Quand je dis que ?ous n'êtes rien, en vérité, je ne crois pas soulever des orages.

u Ce n'est pas moi, député, qui vous dirai que la Chambre des Députés n'existe plus comme Chambre. Je dis qu'elle n'existe

plus comme (Interruption). Je dis, Messieurs, qu'il faut

convoquer la nation , et al.ors

(En ce moment, une foule d'hommes armés, gardes nationaux.

étudiants, ouvriers, pénètre dans la salle des séances, et arrive jusqu'à rhémicycle. Plusieurs sont porteurs de drapeaux *; un tumulte général se produit dans rassemblée. La plupart des membres siégeant aux bancs du centre affluent vers les banquettes supérieures. Les cris : a Notis voulons la déchéance du Roi, la déchéance ! la déchéance ! » sont poussés par ceux qui paraissent marcher à la tète de la foule.)

Est-ce là la nation que l'orateur attendait?... Est-ce là le peuple pour lequel il stipulait?...

il/, le Président, se couvrant : u II n*y a point de séance en ce moment. »

Nous y voilà ! — Hélas ! elle n'avait déjà que trop duré, cette séance I Depuis près de deux heures, elle se prolongeait comme une agonie, dans le vague et les convulsions I...

Pourquoi s'obstiner à rester en séance, quand, d'une part , l'invasion des étrangers dans la salle n'avait pas cessé d'augmenter; et que, d'autre part, les seules propositions portées à la tribune impliquaient la méconnaissance du Gouvernement royal , la révolte contre son autorité , la ruine de la Constitution! — Rester en séance dans de telles circonstances , c'était maintenir un champ de bataille pour les factieux. Ils occupaient seuls et d'une manière compacte l'hémicycle et les couloirs. Le Président était totalement séparé de ses collègues. Impossible à ceux-ci d'aborder la tribune , envahie par trois ou quatre orateurs de l'opposition. La présence du Président au fauteuil ne servait qu'à perpétuer cet état violenL II ne s'était couvert apparemment que pour le faire cesser. Or, d'après le règlement j cette suspension de la séance impliquait le

^ M. de Lamartine a raconté cette tcène {Ricoî, de 1848« p. 596) et donné' la detcription de ceUe admirable foule. Vojei le paitage dans les Annexes,

SKAXr.K 1)1 24 FKVRIER. 489

renvoi immédiat des Députés dans les bureaux, et devait amener forcement l'évacuation de la salle. — Cet article, en effet, avait été introduit dans le règlement pour le cas où, l'Assemblée a étant devenue tumul" tueuse » , le Président n'avait pu y ramener l'ordre. — C'était donc évidemment le cas d'appliquer cet article. — Pourquoi ne l'a-t-on pas exécuté?

Aussi , que va-t-il en résulter? — « Il n'y a plus de séance en ce moment, « a dit M. le Président en se couvrant : — c'est-à-dire qu'il n'y a plus de séance régulière; aucun Députe ne pourrait demander la parole-, et, s'il la demandait, le Président ne la lui donnerait pas. — Le Président est couvert; mais il occupe toujours le fauteuil , et voici ce qui va se passer sous ses yeux :

Le Moniteur :

u Un orateur étranger à ta Chambre, M. Chevalier, ancien rédacteur de la Bibliothèque historique, escalade la tribune. (Cris et confusion générale.)

n Messieurs, dit cet orateur n

Sans doute on va le faire taire? Une voix va s'écrier: tt Huissiers, j'ai presque dit Licteurs, saisissez )) cet homme; arrachez-le de la tribune, il outrage » la représentation nationale, dont il usurpe les droits; y> jetez-le hors de la salle! » — Non ! le Président reste silencieux, impassible; il écoute le quidam comme si c'était un Député qui eût obtenu régulièrement la parole. — Rien désormais ne peut plus nous étonner!

Le Moniteur rapporte en entier la harangue de cet étranger à qui personne n'a dit qu'il n'a pas le droit de parler.... — Cependant, a peine a-t-il fini, que le Moniteur ajoute :

490 SESSION Dt: 1848.

tf Le trouble et la confusion sont à leur comble ; les regards se portent vers le sommet de Tamphithcâtre où s'étaient assis la ducbesse d'Orléans et ses enfants. Au moment de Tinvasion de la salle par le tumulle \ la Princesse, les Princes et ceux qui les accompagnaient sortent par la porte qui/ait face à la tribune '.«

Mais voici quelque chose de plus extraordinaire encore. Pendant que le Président est couvert, et imaiobile comme la statue du Commandeur au festin de Pierre ; après que le Monileur a constaté que :

« Le trouble et la confusion sont à leur comble. :^

Le journal ajoute immédiatement ce qui suit :

Un pitojen en costume d'officier, qu'on noqs dit être M. Dumoulin, commandant de l'hôtel de ville en juillet 1830, monte à la tribune, et pose sur le marbre la hampe d'un drapeau tricolore.

u Messieurs, s'écrie M. Dumoulin, le peuple a reconquis son indépendance et sa liberté comme en 1830; vous savez que le tr4n^ vient d'dtrt brisé aux Tuileries et jeté par la fenêtre. »

yiW, Crémieuxi L^^ur^oUin et de Lamartine paraissent en même temps à la tribune.

Voix dans la foule : ^ Plus de Bourbons ! A bas les traîtres ! Un Gouvernement provisoire immédiatement ! n

Ici, rémeute parle plus énergiquement , mais elle tient le même langage que MM. Marie et Crémieux; elle appuie leurs propositions ^ — les reproduit — et les aggrave.

Mais qui donc préside en cet instant?

C'est apparemment M. Ledru-Rollin ! En effet , que dit le Monileur ?

1 Kt éêm €•!!■ vile aultilodt, II. de fiSmaHiae a remarqai que m (routait « «UB gvçoB boqcher, ton oonieaa à It maîa et lep véleuenlt ensaDglentés ! > Ricoluiiondê 1848, p. 197 et 300. Voyeiaox Annexes.

^ Ici , et pour lei failf accesfoiret , il faot encore compléter le Momiteur par ce qui sera dit ci-aprèa , p. 495 et taiv.

SÉAXGE DU 24 FÉVRIER. 491

M. LedrU'Rollin, s^adressant aux hommes de la foule : Au nom du peuple que vous représentez, je vous demande le silence.

Voix du peuple : Au nom de M. Ledru-Rollin, silence!

A/. Ledru-HoUin : Messieurs, au nom du peuple, je vou« demande un instant de silence.

Un homme du peuple : Un Gouvernement provisoire !

M. Mauguin : Soyez tranquilles ! Vous aurez un Gouverne-? ment provisoire!

M. Ledru-Rollin : Au nom du peuple partout en armes, mailre de Paris quoi qu'on fasse (Oui! oui!), je viens pro* tester contre Tespèce de Gouvernement qu'on est venu proposer à cette tribune. (Très-bien! très-bien! — Bravos dans la foute.) — Je ne fais pas, comme vous, une chose nouvelle; car en 1^2, lors de la discussion de la loi de Régence , seul dans cette enceinte, j*ai déclaré qu'elle ne pouvait point être sans un appel au pays. (C'est vrai! Très-bien!)

M. de la Hochejaquelein : Et moi donc?

Une voix : Oui ! la Rocbejaquelein aussi |

En 1791, dans le texte même de la Constitution, on a déclaré que l'Assemblée constituante, comprenez-le bien, avec des pouvoirs spéciaux, n'avait pas le droit de faire une loi de Régence, et qu'il fallait un appel au pays pour la faire.

Un député légitimiste, qui connaît le prix du temps et qui pousse au renversement dé la dynastie avec non moins de zèle que son collègue M. de la Rocbejaquelein y interrompt l'orateur trop prolixe , et lui dit vivement :

M. Berryer^ s'adressant à M. Ledru-RoUin : Pressez ta question ; concluez ; un Gouvernemept provisoire !

i/. Ledru-Rollin : Messieurs , en parlant ainsi au nom du peuple, j'ai )a prétention, je le répète, de rester dans le droit, et j'invoque deux souvenirs. (Concluez! concluez!)

En 1815 i Napoléon a voulu abdiquer en faveur du Roi de Rome. Le pays était debout; le pays s'y est refusé.

Eu 18^, Charles X a voulu abdiquer pour son petit-fils : le pays était debout; le pays s'y est refusé.

M, Berryer : Concluez ; a4>iis coonaissoiis t'hîstoire.

49Î SKSSÏOX DE 1848.

M. Lcdru-RoUin : Aujourd'hui le pays est debout , et fous ne pouvez rien faire sans le consuller.

Je demande donc, pour me résumer, un Gouvernement provisoire (Ouii oui!); non pas nommé par la Chambre (Non! non!), wxîiis par le peuple! Viw Gouvernement provisoire et un appel immédiat à une Convention qui régularise les droits du peuple. (Bravo! bravo!)

Peodaot ce lemps, chacun se demande oii est M. le Président? — Réponse : il est toujours au fauteuil, il est couvert; il se persuade sans doute que la séance est toujours suspendue, car il ne l'a pas rouverte : — Et les faclieux en profilent pour gagner du terrain, dire tout ce qu'ils peusent, proposer ce qu'ils veulent.

Aussilôl après M. Ledru-Rollin, vient un autre orateur, qui, pour lui succéder plus sûrement, avait déjà pris place à la tribune. Il sait bien qu'il n'a pas besoin de demander la parole, mais il va la prendre.

Le Monileur :

(M. de Lamartine, qui est resté à la tribune *, s'avance pour prendre la parole.)

Plusieurs voix : Lamartine! Lamartine! (Les applaudissements éclatent. — Écoutez ! écoutez !)

il/, de Lamartine, après un assez long préambule , conclut en ces termes î

Je demande que Ton constitue un Gouvernement provisoire (Bravo! bravo!).... un Gouvernement qui ne préjuge rien, ni de nos droits, ni de nos ressentiments, ni de nos sympathies, ni de nos colères, sur le Gouvernement définitif (\u"i\ plaira au pays de se donner, quand il aura été consulté. (C'est cela! c*est cela!) Je demande donc un Gouvernement provisoire. (Oui! oui!)

De toutes parts (dans la foule, bien entendu) : « Les noms des membres du Gouvernement provisoire! n

* • J*élaii demeuré ferme à la tribune (dit-il dans sa Juvoluiion de 1848 , I. I, p. 217) pour ne pas la livrer à X anarchie des motions.... • — Voyous idonc ce qu'il va dire dan» l'tnlcrét de l'ordre ?

SKAXCE DU 24 FEVttlER. 493

(Plusieurs personnes présentent une liste à M. de Lamartine.) M. de Lamartine : Attendez ! ce Gouvernement provisoire

aura pour mission j selon moi,... de convoquer le pays tout

entier....

Un dernier mot : ....

L'oraleur allait continuer; mais, dit le Moniteur :

A ce moment , on entend retentir du dehors des coups violents aux portes de Tune des tribunes publiques. Les portes cèdent bientôt sous les coups de crosses de fusil. Des hommes du peuple f suivis de <][ardes nationaux , y pénètrent en criant : tt A bas la Chambre! Pas de Députés ! n — Un de ces hommes a poussé le canon de son fusil dans la direction du bureau. Les cris.de : x Ne tirez pas! ne tirez pas ! c^est M. Lamartine qui parle! n retentissent avec force. Sur les instances de ses camarades, rhomme relève son fusil.

M. le Président, qui est resté au fauteuil , réclame /e silence en agitant violemment la sonnette.

Le Président réclame le silence I — 11 a donc ôté son chapeau I — La séance est donc reprise, quoiqu'on n'ait pas élé dans les bureaux?

M. le Président réclame le silence! Et pour qui donc? Pour entendre jusqu'au bout de pareils discours ! Tandis qu'il aurait fallu imposer silence à ceux qui les tenaient et qui proposaient un nouveau gouvernement 1 1

Mais ce désordre durait depuis trop longtemps. Il ne pouvait que s'accroître; aussi le Moniteur constate cet horrible crescendo en disant :

Le bruit et la tumulte acquièrent la plus grande intensité. M. le Président : * Puisque je ne puis obtenir le silence , je déclare la séance levée, n

M. Sauzet quitte le fauteuil, après avoir prononcé ces paroles. Ici, rassemblée de la Chambre des Députés cesse.

Il est bien temps en vérité I Le Président quille ra-

40» SKSSIOX DE 1848.

pidement le fauteuil ; il part comme un trait; mais en quel état laisse-t-il l'Assemblée et tous ses collègues? Jusqu'à ce dernier moment, ceux-ci, le voyant toujours au fauteuil sans y rien dire et sans y rien faire ^ sont restés sur leurs bancs , avec le sentiment de leur impuissance, et le désespoir d'être ainsi retenus, cloués dans la salle , pour être témoins de tous les désordres que le Moniteut vient de raconter.

Deux heures auparavant^ si la séance eût été levée^ les factieux n'auraient su oii aller I La tribune leur eut été enlevée? Us n'auraient pas eu pour eux le simu* lacre d'une séance se prolongeant avec une apparence de droit, sous les yeux du Président. Mais à l'heure où nous sommes, les choses ont marché^ l'œuvre des factieux est trop avancée, ils n'ont garde de désemparer.

Interrogeons, pour la dernière fois, le Moniteur :

Seconde séance du 24 février ^

Le Moniteur :

u Ici, TsMemblée de la Chambre dei Dépul^s ceue: mail !• peuple , armé de fusils , de sabret , mêlé aux gardes nalionaux , et un cerlain nombre de Députés de la gauche , restent dans la salle.

» Après quelques instants de tumulte, M. Dupont de l*Earé monte aa favleaii ; il Mt entouré d'an graml nombre de perflonnea étrangère à la Chambre.

» M. de Lamartine est toujours à kl tribune '•

Voix nombreuses : » Les noms ! les noms des membres du Gouvernement provisoire! »

Le Moniteur contient deux colonnes entières de

< Le recoeil imprimé officiel éet Prochrerbaujc de la Chambre, tonée 1848, p. 756, en contient le compte rendo foni ce titre : Séance de la Révolution DU 24 révRiBR, préiidênee d$ M. Dnpomt dt CEure.

' Sani dovte encore pour empêcher ïantarekie dee wuniomil

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