‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 108 sur 122 · RETRAITE DE LA DUGH. D'ORLÉANS ET DE SES ENFANTS · texte numérisé non relu

RETRAITE DE LA DUGH. D'ORLÉANS ET DE SES ENFANTS

cris, de dialogue», d'acclamations diverses qu'il serait fastidieux de rappeler ici. — Qu'il suffise dé dife qu'en fin de cause, il s'établit un mode de nomination à In criée:

a Messieurs, dit I^edru-ftollin, à mesure que je lirai les nonu^ suivant qu*il8 vous conviendt*onl, ou tie vous conviendront pas, vous criérex oui ou non. » (Très-bien! Écoulei!)

On lit ainsi quelques noms accueillis les uns par de&ouHoui! d'autres, par des non/ non! quelques-unS| par oui et non , — «1/ «1/ — non I non !

On crie : A l'hôtel de ville!

Plusieurs voix : Vive la République!

Tout le monde se retire.

La salle est bientôt complètement évacuée.

Il est quatre heures passées!...

Retraite de Madame la Duchesse d'Orléans et de ses enfants.

Pendant que ces saturnales se célébraient, qu'étaient devenus Madame la duchesse d'Orléans et ses enfants?

Le Moniteur di marqué l'instant oii, après le discours de M. Chevalier (suprà, pa^ ^^)j ^Q présence de i'iû* vasion de la salle par les émeutiers, il fallut songer à là retraite. Mais il ne donne aucun détail, et il se borne à dire que cette retraite se fit par la porte qui est en face de la tribune : ce qui n'est point exact.

Ici, il est nécessaire de rappeler que derrière la porte du milieu , placée au haut de l'amphithéâtre en face du Président , il y a un large escalier de service qui se bifurque en deux lignes divergentes à droite et à gauche, abouiissant toutes deux dans le bas à un corridor de ceinture qui conduit d'une part à la grande

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salle des pas perdus, et de l'autre à la salle des conférences.

C'est par ce dernier côté que la retraite eut été facile : j'en avais prévenu d'avance Madame la duchesse d'Orléans. Mais lorsque, après de vains efforts faits par cette femme héroïque pour essayer de se faire entendre, le désordre fut arrivé à son dernier terme, quand tout à coup on entendit les portes des tribunes enfoncées à coups de crosse par des hommes dont les fusils furent dirigés sur l'intérieur de la salle, le Président, comme on l'a dit, quitta enfm le fauteuil, et l'Assemblée entière se leva au milieu d'une confusion inexprimable.

Aussitôt, M. le duc de Nemours, dont je n'avais pu m'approcher, attira sa belle-sœur du côté où il était , et de là ils furent poussés et dirigés par un flot de Députés vers un pelil escalier obscur et très-élroit aboutissant au coin de la porle qui communique parle corridor du rez-de-chaussée à la salle des pas perdus.

La masse de Députés et d'étrangers qui se précipitèrent dans la même direction rendit ce passage difficile j le comte de Paris courut des dangers, et ne fut dégagé que par l'intervention énergique de Thuissier Desportes.

Ne pouvant ni suivre, ni rejoindre Madame la duchesse d'Orléans de ce côté , je revins rapidement à l'escalier du centre, qui était resté libre et devait me ramener par le couloir à la descente du petit escalier.

Au moment où j'arrivais ainsi dans le corridor, je rencontrai César Lipmann (frère de l'huissier de ce nom) qui emportait le duc de Charlres dans ses bras du côté qui aboutissait à la salle des conférences. Voyant son embarras, je courus devant lui pour lui ouvrir suc-

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cessivement les portes qui conduisent, à travers la sailo des conférences et le vestiaire, jusqu'à l'escalier qui d'une pari descend du côté de la rue de Bourgogne, et de l'autre remonte à des appartements de service, dans l'un desquels logeait l'huissier Lipmann, chez qui son frère déposa son précieux fardeau. Je revins ensuite en toute hâte sur mes pas pour retourner du côté de la salle des pas perdus , et dire à Madame la Duchesse d'Orléans que son fils étajt en sûreté.

Mais tout était dans une épouvantable confusion, et je ne pus arriver jusqu'à elle. Cette salle était comme une fournaise, où j'essayai de pénétrer^ et dont j'eus la plus grande peine à me retirer.

Lorsque la foule fut un peu diminuée, je sortis par les cours, du côté de la questure, et je me rendis chez M. Valette, secrétaire de la présidence. — J'y restai quelque temps, et ensuite je retournai chez moi par la place et la rue de Bourgogne, et la rue de Varcnnes , vers les quatre heures et demie.

Dans la soirée, je sus que Madame la Duchesse d'Or^ léans et le Comte de Paris avaient trouvé un asile aux Invalides, où ils devaient garder l'incognito.

Plus tard , j'ai connu les détails dont je vais rendre compte, et sur lesquels j'ai pris avec sollicitude les informations les plus exactes.

Arrivé au pied du petit escalier par lequel il était descendu dans le couloir, du côté qui conduit à la salle des pas perdus, cette salle était déjà si pleine d'individus, la plupart malintentionnés, que M. le Duc de Nemours s'était vu obligé de quitter son uniforme, et de revêtir un paletot et un chapeau rond.

On fit ensuite un puissant effort pour dégager Madame la Duchesse d'Orléans qui, dans ce moment 1er-

rible, fut séparée de ses deux enfants. Le Duc de Chartres fut sauvé, comme j'ai dit, par Lipmann. Le Comte de Paris, dirigé vers une des fenêtres qui donnent en contre-bas de la salle des pas perdus, sur le jardin intérieur de la présidence , fut lancé et reçu dans les bras d'un des huissiers, qui le conduisit au pavillon Feuchères , alors affecté au service de la présidence. Il y fut introduit par une des fenêtres du logement du maître d'hôtel , et il y resta jusqu'au moment où Ton apprit que Madame la Duchesse d'Orléans, conduite à travers la salle des pas perdus et les passages intérieurs qui desservent les bureaux, avait pu se rendre elle-même dans le cabinet du Président. Alors le Comte de Paris fut réuni à sa mère, et tous les deux, profitant d'une voiture de place , demandée pour toute autre destination , mais qui se trouvait heureusement dans la cour des écuries, purent se rendre à Thôtel des Invalides.

Ce n'est que dans la soirée que M. le Duc de Chartres fut extrait du domicile de Lipmann, conduit chez madame de Mornay, déposé par elle en maison tierce, et rendu le surlendemain à sa mère, qui n'avait été que trop longtemps en proie aux plus vives angoisses.

Les hommes qui ont recueilli le Comte de Paris par la fenêtre de la grande salle ont raconté que ce jeune prince, quoique effrayé, avait conservé toute sa présence d'esprit, attestée d'ailleurs par ce qu'il dit à l'un d'eux : «« Mais, au moins, je serai toujours roi, w n'est-ce pas? »

Le marquis de Mornay, gendre du maréchal Soult, dans une lettre du 21 juillet 1849, insérée dam te Journal des Débats, raconte la noble part qu'il prit à la retraite de Madame la Duchesse d'Orléans, depuis

RETRAITE DE LA DlCIf . D'ORLÉA\S ET DE SES ENFANTS. 499 le moment où elle dut quitter la Chambre des Députés, jusqu'à son arrivée à Ems, où il la conduisit avec ses enfants.

Tel fut le sort de cette femme héroïque !

Restée seule après l'abdication du Roi, et comme délaissée par ceux-là mêmes qui l'avaient destinée au rôle de régente, — elle montra par sa conduite combien elle était digne, en effet, de ce titre, et quel caractère elle eût déployé dans ces difficiles fonctions, malgré la triple objection qu'avait précédemment élevée contre elle sa triple qualité de femme, d'étrangère, et de protestante I

En entrant chez elle le 24 février à midi , je l'ai trouvée calme, ferme, résolue;

Prête à suivre le Roi jusqu'à Saint-Cloud, si elle avait pu le rejoindre à temps;

Capable , si elle avait eu près d'elle une voiture pour y monter, un ministre pour l'assister, de se montrer au peuple comme une autre Marie-Thérèse , et d'affronter la turbulence des masses insurgées !

Pleine de confiance quand il fallut se rendre au sein de la Chambre des Députés pour présenter son fils aux représentants de la nation !

Dans tout le trajet, pas un geste, pas un mot qui décelât un trouble, un dépit, une faiblesse, une hésitation. Loin de là , on remarquait en elle une dignité calme, une résolution intrépide, un sang-froid imperturbable.

Dans la Chambre, où de si vives acclamations l'ont accueillie avec son fils, elle a eu le bonheur de l'entendre saluer Roi des Français par des voix amies et fidèles I Elle eût, je n'en doute pas, fait entendre de

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louchantes paroles, de nobles accents, si, quand par deux fois elle se leva pour parler, elle eût trouvé de Tappui pour se faire écouter I

Si la (in de la journée n^a pas eu l'issue que les amis de la monarchie constitutionnelle avaient droit d'en attendre; la Princesse Hélène, épouse du brave Duc d'Orléans , n'en aura pas moins , aux yeux de la postérité, la gloire d'avoir rempli héroïquement son devoir de veuve et de mère! — Et toute ma vie, je tiendrai à grand honneur qu'il m'ait été donné de l'accompagner et de la seconder, autant qu'il a dépendu de moi, dans le seul acte viril que le dernier jour de la Monarchie ait vu s'accomplir !

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