‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 15 sur 122 · LETTRE AU ROI SUR LATITATAT DE DARMES · texte numérisé non relu

LETTRE AU ROI SUR LATITATAT DE DARMES

Porcelaine de Sèvres (8 juillet 1840).

Déjà le Roi Louis-Philippe m'avait donoé son portrait en pied peint par Winterlialter '.

En 1840, il me fit don d'un service de porcelaine, avec une lettre dont les termes, pleins d'une douce bienveillance, rehaussaient beaucoup à mes yeux la valeur de ce cadeau. — « Alon cher Président, il y a longtemps que j'avais commandé à Sèvres un service de porcelaine que je destine au chef de mon Conseil : à présent qu'il est terminé, je vous l'envoie comme on témoignage de mon ancienne amitié pour vous. Mercredi 8 juillet 1840. «

En remerciant Sa Majesté, je me permis de lui dire que la première fois que cette belle porcelaine paraîtrait sur ma table, mes convives se joindraient à moi pour porter la santé du Roi! — Vatout, qui assistait à ce premier dîner, s'en chargea. ^ Le Roi, dit-il, a été » magnifique; mais en même temps, il a été juste : » il a rendu service pour services; >? — et l'on but gaiement à la santé du Roi.

Lettre au Roi, au sujet de l'attentat de Damiès. Réponse ronarquable de Sa Majesté.

(19 et 22 octobre 1840.)

La session était close, j'avais été prendre mes vacances dans la Nièvre, et je me disposais à revenir à Paris quelques jours avant le F' novembre pour la rentrée des tribunaux, lorsque je reçus la nouvelle de l'attentat de Darmès.

' Voy. tome I" des Mémoires j p. 202.

98 INTERSESSIOX- DE 1840.

Aussitôt j'écrivis au Roi la lettre suivante :

• Raffigny, le 19 octobre 1840.

r> Sire, il est bien pénible pour les fidèles serviteurs de Votre Majesté d'avoir à vous féliciter si souvent d'écbapper à des périls comme celui qu*une scélératesse obstinée vient encore de vous faire courir. Je remercie la Providence de vous avoir préservé d'un tel attentat : je l'en remercie pour vous et pour la France dans les circonstances où elle se trouve, et qui menacent de se compliquer encore, si votre' sagesse n'y pourvoit.

» La Providence avertit quand elle frappe; elle avertit anssi quand elle sauve! Les esprits s'exaltent aisément, et au contraire, une fois excités, il est fort diflicile de les rasseoir et de les calmer. L'agitation est Tennemic du pouvoir, et ne saurait sans danger devenir son alliée.

» D'un autre côté, il faut que justice se fasse, et qu'elle ne soit point arrêtée , entravée , paralysée , exposée à do perpétuels démentis; car, suivant l'expression d'une vieille ordonnance des rois vos prédécesseurs, « les royaumes sans bonne justice ne n sauraient avoir durée ni fermeté aucune n . L^impunité appelle les récidives.

r> A force de bonté, on a trop relâcbé tous les moyens de répression; le parricide même aujourd'hui n'est plus condamné qu'avec des circonstances atténuantes! Es^cô bien là le moyen d'inspirer de l'horreur pour les autres crimes du même genre?

« Qai méprise sa vie est maître de la tienne. A plus forte raison, si les assassins n'ont à redouter que l'exil ou l'emprisonnement, fort adouci d'ailleurs pour ne pas encourir le blûme des journaux!...

n Xous allons voir les Chambres à l'oeuvre : la nôtre peut faire beaucoup de bien, si on l'interroge avec calme et si on ne lui donne pas de surexcitation. Le discours de la Couronne sera notre boussole, et j'espère qu'il ralliera une imposante majorité dans le sens qui sera indiqué par Votre Majesté. Et pourtant, il y aura lutte pour le Discours lui-môme, pour V Adresse et pour le vote.

r J'ai l'honneur d'être , etc. r» Dupln. r

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