FUNÉRAILLES DE L'EMPEREUR NAPOLÉON
Le 15 au malin , le corps fut placé sur un char funèbre de la plus grande magnificence ^
Vers dix heures, les autorités civiles et militaires ayant pris place, Tabsoute fut donnée, et au premier coup de eanon tiré par une batterie établie à Neuilly, le cortège se mit en marche.
Tous les corps de l'armée y étaient représentés
Les drapeaux des quatre-vingt-six départements étaient portés par autant de sous-officiers.
Quatre maréchaux de France tenaient chacun un cordon fixé au poêle impérial.
Le prince de Joinville était à la tête de son étatmajor, et avec lui quatre cents marins de la Belle-Poule marchaient sur deux files à droite et à gauche du corps, qu'ils devaient escorter jusqu'aux Invalides.
Arrivé à l'arc de triomphe de l'Étoile, le cortège fit une halte. Dans cette position centrale, d'où il dominait sur les deux immenses avenues de Neuilly et des Champs-Elysées, aii milieu de tant de souvenirs, le char funèbre semblait transformé pour un instant en char de triomphe!...
On se remit en marche, et, à deux heures, le char s'arrêta sous un magnifique dais élevé en avant de la principale grille d'entrée de l'hôtel des Invalides. Le cercueil, ayant été descendu, fut porté par trente-six marins jusqu'au porche de la cour d'honneur, où Mgr l'archevêque de Paris l'attendait avec tout son clergé.
A deux heures et demie, le clergé, vêtu de violet comme pour l'ofllce des Martyrs, est allé recevoir le corps sous le porche drapé. Les orgues, la musique, le canon se faisaient entendre;... les tambours drapés
' On peut en voir la description dans le Moniteur du 16 décembre.
122 INTERSESSION DE 1841.
de noir battaient aux champs;... et le cercueil entrait, poiié sur les épaules des soldats et des marins. Le prince de Joinville conduisait le convoi....
Ce fut un instant solennel! Tous les assistants étaient debout , la tête découverte , les regards Gxés vers ce cercueil dans lequel reposait tant de gloire et de grandeur.
En ce moment, le Roi a quitté la place qu'il occupait sous le dôme, à la droite de Tautel , avec la Reine, les Princes et les Princesses, en grand deuil de cour. — Sa Majesté s'est avancée, suivie de ses fils, jusqu'à l'entrée de la nef où le cercueil venait de s'arrêter : — a Sire , a dit le prince de Joinville en baissant la y> pointe de son épée jusqu'à terre, je vous présente le » corps de l'Empereur Napoléon. » — « Je le reçois » au nom de la France, )) répondit le Roi d'une voix forte. — Sa Majesté, s'étant approchée du prince de Joinville , lui serra la main avec affection.
Le général Athalin, premier aide de camp du Roi, portait sur un coussin de velours l'épée de l'Empe* reur^ 11 l'a présentée au maréchal Soult, qui l'a re* mise au Roi. — u Général Bertrand , a dit le Roi , je » vous charge de placer l'épée de l'Empereur sur son » cercueil. y> — Le général Bertrand a exécuté cet ordre.
Le Roi a repris sa place sous le dôme. A droite et à gauche de la nef étaient rangés : la Chambre des Pairs, celle des Députés, tons les grands Corps de l'Etat, et
* Au mois de juin précédent, le général Berlrand avait remis au Roi les armes de F Empereur, en grande audience, dans la salle du Trône, avec allocution du Général et réponse de Sa Majesté.