DEUIL DE FAMILLE
les Cours et Tribunaux par députations \ Le service funèbre a commencé : l'Archevêque a donné l'absoute, et s'est retiré après avoir salué le Roi, qui lui a rendu le salut.
Le canon a annoncé le départ du Roi, qui n'est rentré aux Tuileries qu'à cinq heures.
Demi de famille. — 20 décembre 1840.
A travers les événements publics qui intéressent tout le monde, viennent se placer les accidents qui n'affectent que l'intérieur de la vie privée. Mais, en écrivant mes Mémoires, il ne me suffit pas de raconter les actes de ma vie politique , et je ne me présenterais pas tout entier, si je faisais abstraction des sentiments de famille que j'ai toujours eus si profondément à cœur pour mon père, ma femme, mes frères, et mes meilleurs amis dans le courant de ma carrière.
Le 20 décembre 1840, madame Brunier, mère de ma femme, décéda. Ce fut un grand deuil pour nous. — Le Journal des Débats * a annoncé ce triste événement en termes simples, mais bien sentis et convenablement exprimés :
u Les habilants de Clamecy et les nombreux amis que compte dans la Nièvre la famille Dupin apprendront avec douleur la mort de madame Brunier, dêcédée le 20 de ce mois , à Tâge de soixante-seize ans, en son hôtel, à Paris, rue Coq-Héron, n"5. Cette bonne et excellente mère était en même temps la femme la plus charitable et la plus bienfaisante : quiconque Tavait connue, Faimait et la regrette. Madame Dupin, sa fille, est inconsolable: ta santé en est vivement altérée. Le convoi de madame Brunier a été suivi de tout ce qu*il y avait de Nivernistcs à Paris. «
* J'en faisais partie comme procureur général avec la Cour de cassation.
^ Numéro du 23 décembre.
124 IXTERSESSIOX DE 1841.
La famille royale daigna prendre part à nos douleurs, et Madame la princesse Adélaïde se constitua l'interprète de tous les siens , en me répondant le jour même du décès :
« Tuileries, dimanche 20 décembre 18^. — Je reçois à Finstant votre lettre , et j'ai le besoin de vous exprimer tout de suite toute la part bien sincère que le Roi , la Reine et moi nous prenons à la cruelle porte que vous venez de faire , et à la vive et juste douleur de votre excellente femme. Soyez notre interprète auprès d'elle ; je la plains de tout mon cœur, et vous aussi ; car je comprends combien vous devez être inquiet d'une si forte et douloureuse secousse pour elle dans son si délicat état de santé. Je vous prie de me faire dire de ses nouvelles par Tbomme qui vous porte celte lettre. Je vous remercie de la justice que vous rendez à tout notre intérêt et à nos sentiments pour vous et madame Dupin , et je vous en renouvelle la sincère expression. — L. Adélaïde, n
J'ai retrouvé, dans les papiers de mon père, la lettre que je lui écrivis le jour même, 20 décembre^ pour lui annoncer ce douloureux événement:
u Mon cher père , nous avons perdu cette bonne et excellente •dame Brunier ce matin à cinq heures. L'accident a été subit; elle a passé dans nos bras , sans apparence de convulsion , et sans qu'on ait pu remarquer un dernier soupir. Elle semblait n'être qu'endormie; ma pauvre femme se faisait illusion, et disait d'un ton lamentable : u Pauvre mère , oh ! non ; n'est-ce pas que tu me parleras, tu me donneras un regard, tu me serreras la main ? » — Et sa pauvre mère ne voyait , n'entendait déjà plus.
n M. Hervez et deux autres médecins, appelés au plus vite, n'ont pu que déclarer et constater la perte que nous venions de faire; le curé de Saint-Eustache *, notre digne pasteur, à genoux auprès de son lit, récitait des prières auxquelles nous nous sommes tous associés.
n A dix heures, il a été dit pour elle une messe à laquelle j'ai seul assisté.
< M. l'ibbë Minglard, depuis évéqae de Saint-Dié.