‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 20 sur 122 · DEUIL DE FAMILLE. 1Î · texte numérisé non relu

DEUIL DE FAMILLE. 1Î

n Ma pauvre femme est dans un état que je ne puis vous peindre : pendant près de deux heures, elle n*a pu verser une seule ^rme; depuis, elle n'en a trouvé qu'à intervalles bien lon<][s.

n Elle a passé dix heures près du corps de sa mère , s'en approchant, l'embrassant, et disant avec un accent qui déchire Tâme : « Pauvre mère! n

n Revenant sur son fauteuil, elle tournait sans cesse ses regards du côté du lit; elle voulait voir encore une fois Timage de cette bonne nu^re.

» Nous la regretterons vivement et longtemps. Elle n'a fait que du bien ; elle en a fait beaucoup toute sa vie. — Xous continuerons ses bienfaits.

n Voilà, mon cher papa, des détails pénibles, mais que je n'ai pas voulu vous cacher. — Demain, les cérémonies du convoi. — Unissez vos prières et celles du bon abbéChauveau aux nôtres.

» Nous vous embrassons tendrement. — Votre fils respectueux et dévoué. — Dlpix. »

Ce bon père répondit à ma femme une lettre pleine d'affectueux sentiments.

Quelques jours après, je lui écrivis encore pour lui adresser mes vœux de jour de Tan. La mort de madame Brunier nous rendait plus cher encore le seul ascendant qui nous restât. Je lui souhaitai la plus longue vieillesse. Sa réponse est empreinte de cette philosophie chrétienne qu'il a gardée jusqu'à la mort. La voici :

u Clamecy, 30 décembre 1840. — A présent comme jadis , mon ami , tu es toujours à la tôte de Tavant-garde pour les devoirs et les correspondances de parenté. Viennent ensuite le corps de famille et les traînards.

r Je réponds par ordre de dates : Prior tempore, potior jure. Depuis que ma main me refuse son service, je deviens de plus en plus laconique.

n J'ai vécu quarante-deux ans dans le siècle passé , je suis au quarante-unième du siècle courant : c'est avoir assez vécu,

» Me souhaiter quelques jours de plus, encore passe, c'est pos-

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sible; mais des années! c^est une illusion, une chimère, une adulation !

n A présent, les visites et les letlres de nouvel an ne sont plus pour moi que des adieux. •

n Madame Brunier a pris le pas sur moi : c*est à moi de la suivre. Aîné de notre famille, tu en seras bientôt le chef, et je te souhaite en cette qualité autant et plus de succès que j'en ai obtenu en traversant tant de révolutions !

n Au revoir, mon ami, si Dieu nous en fait encore la grâce. Dans tous les cas, remercions-le de toutes celles qu'il a daigné nous faire : UUima latet. Je t'embrasse, ainsi que ta femme, de tout mon cœur. — DiPix. «

Réception de M. Mole à l'Académie française, (30 décembre 1840.)

L'archevêque de Paris , Mgr de Quélea , mourut le 31 décembre 1839, la veille du jour où le nouveau Directeur de l'Académie devait commencer son trimestre. (J'avais été nommé le 26 décembre, précisément dans la prévision de ce décès et de l'éloge que j'aurais à faire de ce Prélat.)

M. Mole fut nommé académicien à sa place, le 22 février 184(), à la presque unanimité des suffrages.

Il n'était plus ministre,... et le moment eût été propice pour se faire recevoir en juin ou juillet. Mais le noble comte désira prendre plus de temps devant lui ; sa réception fut ajournée.

Peu m'importait : seulement je déclarai que mon discours devant être une réponse^ je n'écrirais pas un seul mot à froid , avant d'avoir eu communication du discours du récipiendaire, afin de ne pas me rencontrer avec lui et d'éviter d'inutiles répétitions; et aussi parce que je voulais que tous mes discours fussent marqués au coin de Vaclualité.

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