DISCUSSIOX DU BUDGET DE LA GUERRE
du clergé comme à Fégard des simples citoyens. '^ (Marques générales d'approbation.)
Dans la discussion du budget de lu guerre , sur la question parlementaire née de la création de seize régpnients fwuveaux sans vote préalable de la Chambre.
(Séance du II mai 1841.)
La coalition avait arboré le drapeau parlementaire. Elle voulait , disait-elle , faire respecter l'autorité des Chambres et forcer les Ministres à agir sous leur influence.
Pour cela, il fallait, disait-on, que les Ministres fassent choisis dans le sens de la majorité, pour marcher ar^c elle, et arriver ainsi au self-Gouvernement, ou Gouvernement du pays par le pays.
Les ministres choisis depuis cette époque devaient donc se conformer à ce programme parlementaire. Or, on peut affirmer que, depuis 1830, aucun ministère ne s'était plus moqué du Parlement que celui qui, sans vote préalable des Chambres , avait fait commencer les fortiûcations de Paris , créé par ordonnance seize régiments nouveaux , et fait beaucoup d'autres dépenses sans crédits préalablement ouverts.
Je ne me suis point mêlé de la discussion sur les fortifications de Paris. Sur la question militaire , je sentais mon incompétence. Mais si j'avais eu à parler au point de vue politique, je me serais préoccupé surtout de ce que serait Paris , une ville d'un million d'habitants % assiégé par une puissante armée de peuples coalisés contre nous , — si , au lieu d'être unis nous-mêmes dans un seul intérêt , celui de la patrie ,
* Aujourd'hui 1,700,000.
des divisions intestines éclataient , si l'esprit de parti exaltait les uns, attiédissait les autres, et exigeait de la garnison autant d'efforts pour contenir les factieux que pour repousser Tenneini ?
Qu'arriverait-il si, le siège se prolongeant, un million et demi d'hommes agglomérés venaient à manquer de pain ?
Paris , ville ouverte , occupé par l'ennemi , serait rançonné, mais non -détruit; et, à l'approche d'une armée de secours , il serait bien vite évacué. — Mais Paris fortifié, bombardé, pris d'assaut, pourrait être
incendié, démoli, ruiné de fond en comble C'est
le droit de la guerre exercé par le vainqueur.
Les Parisiens ont prouvé dans tous les temps qu'ils étaient capables des efforts les plus héroïques ; mais souvent aussi n'ont-ils pas montré leur facilité à se laisser entraîner et diviser par l'esprit de faction ? — Quand Paris était assiégé par Henri IV, n'y avait-il pas à l'intérieur la faction des Seize ? et les bons citoyens n'avaient-ils pas alors plus à redouter des sicaires de l'intérieur que des assiégeants ?...
Enfin, si l'ennemi s'emparait de Paris fortifié; pour le ravoir , il faudrait que les Français en fissent le siège à leur tour I
Bien d'autres objections encore pouvaient être faites; mais la loi n'en fut pas moins votée le l"" février 1841 par 237 boules blanches contre 162 boules noires. Du reste, l'exécution, bien conçue, dirigée avec intelligence et probité , et sans excéder les évaluations ni les crédits, fit doublement honneur au talent et à l'intégrité du génie militaire.
Cette fois (11 mai 1841), il s'agissait de la création de seize régiments nouveaux par simple ordonnance et
MOXUMEXT A LA MÉMOIRE DE V!\BBÈ DE L*£PÉE. 145 sans vote préalable des Chambres. — Si , par la force des choses, ce fait demeurait irrévocable, Tirrégularité flagrante dont il était atteint ne devait-elle pas au moins être signalée et blâmée , pour l'honneur des principes, au sein du Parlement ?
C'est à ce point de vue que j'entrepris de traiter la question '.
Souscription pour un monument à élever à la mémoire
de l'abbé de VEpée, dans V église Saint'Roch,àParis.
(Mai 1841.)
Parmi les bienfaiteurs de l'humanité , il n'est guère de nom plus connu et plus vénéré que celui de l'abbé de rÉpée. Avant lui, l'art de rendre à la plénitude de la vie morale des êtres intelligents que la nature semble avoir séparés du commerce de leurs semblables , n'avait été que rarement pratiqué et n'avait produit, çà et là, que quelques prodiges accidentels de patience et de tendresse.
L'abbé de l'Epée , en créant une méthode générale et en l'appliquant avec étendue, fut le véritable fondateur de cette belle institution des Sourds-Muets qui honore la philanthropie si éclairée de la France, et qui a été imitée dans toute l'Europe et dans le nouveau monde. Sa découverte fut une œuvre constante de vertu , autant qu'une invention utile et ingénieuse. Aussi la France, à l'époque même la plus agitée de sa régénération politique , ne négligea rien pour assurer la perpétuité d'une semblable création ; mais la mémoire de l'inventeur ne reçut aucun hommage particulier.
La maison royale des Sourds-Muets , à Paris , est
* Voir aux Annexes.