‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 37 sur 122 · ÉLECTIONS · texte numérisé non relu

ÉLECTIONS

a Ifessienrs et chers compatriotes , «^râce h vos honorables soffrages, je viens d*étre élu Député pour la dixième fois *. La prochaine session sera pour moi la vingtième. Nous avons ainsi traversé des temps difficiles , et rencontré plusieurs fois les rérolutions et les troubles sous nos pas. Dans un laps de quinze années, il a fallu tour à tour défendre les droits nationaux contre les coups d'Ktat ; la monarchie constitutionnelle contre les factions; la liberté elle-même contre les excès qui la déshonorent et souvent la compromettent. Tous ces obstacles ont été surmontés; j*ai la confiance que nous ne les verrons pas renaître!...

r Le besoin de stabilité est celui qui se fait le plus sentir. Il ne s*agit plus aujourd'hui d'acquérir, mais de conserver. Sans fixité dans les institutions, dans les lois, dans les principes, nul ne peut être assuré de sa tranquillité personnelle, de la conservation de sa fortune, de la réussite de ses spéculations. Nous avons vu s*opérer assez de changements, de transformations de toute espèce ! Et , sans prescrire à notre âge une immobilité qui n'est pas dans la nature de l'esprit humain, et moins encore dans notre caractère national ; je crois toutefois qu'il importe de s'arrêter un peu sur cette pente , et de se prémunir contre celte disposition incessante à tout changer , h tout défaire , h tout remanier, comme si toute chose devait être mieux, par cela seul qu'elle sera autrement !

n II y a surtout deux choses fondamentales qui ne doivent pas souffrir d'atteinte : la Constitution et In Dynastie. Tenons-nous fermes à ces deux ancres de salut : que d'autres s'y rallient à mesure que l'envie leur en prendra, rien de mieux, pourvu qu^ils viennent à nous et que l'on ne rétrograde point jusqu'à eux. Que chacun soit ouvertement de son opinion , que le Gouvernement aussi ait une allure ferme, une marche décidée, afin que les gens de cœur sachent nettement à quelles conditions il vous tient pour adversaire ou pour ami.

» On devrait être dégoûté partout de ces compromis scandaleux, de ces mises en commun des opinions les plus contradictoires;

' Éia en 1815 à CbÂteia-Chinon ; — en juin 1827, à Mimeri ; — en notembre 1827, i Mamers encore, et pir les quitre irrondiiiements de It Nièvre à 11 foii; — en join 1830, par Coine et Clamecy rëanii ; — en octobre 1830, par les mémei ; — le 6 juillet 1831, à Clamecy; — et encore à Qamecy, en juin 1834, en nofembre 1837, en mars 1839 et en juillet 1842.

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de ces associations de mauvaise foi qui recrutent les dupes au profit des intrigants et des ambitieux; sociétés vraiment léonines^ dont la liquidation n'a amené jusqu'ici que d'amëres déceptions ou de tristes palinodies.

n Je ne reviendrai pas , Messieurs , sur les diverses questions agitées dans le pays et devant les Chambi^s depuis votre dernière réunion : vous avez suivi nos débats, j*ai eu soin de vous transmettre mes opinions sur toutes les questions importantes, vous avez pu les juger.

n Vous savez que si je veux la paix, ce n'est pas aux dépens de rbonneur et des intérêts de notre Patrie. La France ne doit pas verser son or et son sang dans des guerres sans cause légir- Urne et sans but raisonnable ; mais elle doit en toute occasion maintenir son droit avec dignité, et le faire valoir avec énergie. Tels sont les sentiments qui m'ont guidé dans la discussion de l'Adresse de 1841, et dans la question du droit de visite, question dans laquelle je me félicite d'avoir contribué à amener dans la Chambre un vote unanime , et par lu même si puissant, qu'aucun Ministre ne pourrait aujourd'hui ratifier ce traité sans encourir une mise en accusation !

n A l'intérieur, j'accorde volontiers tout ce qui est nécessaire au développement et h la protection des intérêts matériels (idole du jour!), mais à la condition, cependant, que tout l'esprit public, tout le sentiment national, n'ira pas se fondre et s'absorber dans là pensée du gain et de V enrichissement. I^ religion, les lettres, les sciences et les arts , les professions libérales , toujours dignes de ce nom en présence de celles qui sont purement mercantiles; l'éducation publique, l'instruction et la moralisation du peuple, les nobles actions , celles qui tiennent au sentiment élevé de la véritable gloire, tout cela doit garder le premier rang dans les pensées et dans les affections d'une grande Nation !

n Une tendance devenue malheureusement trop commune, et dont il faut savoir se défendre, est l'esprit de localité, poussé trop loin. Il y a des gens pour qui l'arrondissement est la Patrie tout entière; ils ne voient rien au delà. A peine si l'on est de son département, on n'est que de son endroit! et par un instinct de jalousie que la médiocrité sait bien faire tourner à son profit, les envieux s'efforcent de présenter leurs plus proches et leurs meilleurs voisins comme des étrangers et presque comme des ennemis !

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