‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 38 sur 122 · ELECTIONS · texte numérisé non relu

ELECTIONS

9 Messieurs, je ne puis partager cet égoîsme étroit. I^es Dépotés sont les représentants àe la France entière; ils doivent être, awmt tout y les défenseurs des intérêts <][énéranx du Pays; et, pour mon compte, je déclare hautement, quelque vif que soit mon attachement pour la Xiëvre, en toute question où Pintérét public exigerait le sacrifice de qnel({u*un de nos intérêts locaux , je n'hésiterais pas à préférer Fintérêt général, et je connais assez votre patriotisme pour croire que vous approuveriez en cela la ecmdnite de votre Député.

r> 11 est un dernier point sur lequel je veux m' expliquer devant vous : ce sont nos finances.

» Elles ne sont pas compromises; mais elles sont fortement engagées. On dépense trop. Certes, les revenus puhiics ont pris assez d'accroissement pour que les dépenses, accrues dans la même proportion, et surtout en y appliquant les 80 millions d'amortissement ainsi détournés de leur destination, pussent paraître suffisantes! Et, cependant, chaque année, la dépense excède les revenus ! on emprunte en pleine paix , on lire sur la dette flottante comme on ferait sur un débiteur, tandis que c'est un créancier! — On se fie trop, selon moi, sur ce qu'on appelle notre prospérité toujours croissante! Elle croît, en effet, et c'est une des meilleures conséquences de Juillet ; mais elle ne peut pas croître indéfiniment : ne peut-elle pas, d'ailleurs, éprouver des vicissitudes et des revers? — On a aussi inventé le mot séduisant de dépenses productives, (jui a un sens si on l'oppose à dépenses frivoles, mais qui devient une formule trompeuse si l'on s'en sert pour fasciner les esprits et pour accréditer un système indéfini de dépenses nouvelles, toujours colorées des plus beaux prétextes, et qui, tôt ou tard, se traduiraient en une augmentation d'impôts, déjà très-lourds à supporter!.. Je n'adopte point ces sophismes, je ne m'abandonne point h ces illusions. Pourquoi veut-on ainsi tout faire à la fois? Certes, au point où nous sommes arrivés, je me garderai bien d'employer le mol économies; nous n'en sommes plus là! mais j'ai toujours désiré et j'ai plusieurs fois réclamé l'ÉQUiLiBRE entre les recettes et les dépenses. Cet équilibre, je souhaite plus que jamais de le voir rétabli, en présence d'un déficit que je déplore et qui menace de s'accroître ; car, aujourd'hui, il n'y a plus de résistance sur ce point d'aucun côté : les oppositions mêmes, naguère si parcimonieuses, poussentdepuîs quelque temps à

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la dépense, au delà même de ce que proposent les Ministres ; elles semblent avoir compris que ruiner les finances est le plus sur moyen d'embarrasser et de compromettre un Gouvernement. J'ai voulu protester devant vous contre cette tendance que je regarde comme funeste.

y- Si le Gouvernement lui-même apprécie sainement cette situalion, s'il s^efforce d'y porter remède, s'il parvient à ramener les fmanccs à leur état normal , je ne vois plus rien de sérieux qui puisse entraver sa marche et l'inquiéter. 11 y aura bien encore des luttes de personnes ; des chefs de clan soutenus par des

groupes d'amis et d'aspirants; chacun voulant arriver avec

ses compagnons!.. -Mais la force des choses l'emportera sur les calculs des ambitions individuelles; la nouvelle Chambre saura comprendre sa mission : moins tiraillée que celle qui vient de fmir, plus calme dans ses délibérations, la majorité voudra s'élever au-dessus de toutes les intrigues, montrer sans équivoque la politique qu'elle entend soutenir et faire prévaloir; l'esprit de coterie sera vaincu par la raison d'État, et la cause de la Monarchie constitutionnelle triomphera.

n Vive le Roi! Vive la France! «

M. Benjamin Dekssert. — 13 juillet 1842.

Chose déplorable , le vertueux B. Delessert ne fut pas réélu ! — J'en fus navré. Lié avec lui depuis 1818, dans la vie privée '; son collègue dans les Cent-Jours; et, depuis, toujours en communauté de vote et d'opinions. Il avait été plusieurs fois un des Vice-Présidents de la Chambre quand j'en étais le Président. J'avais pour lui la plus profonde estime et une sincère amitié; et je crois que ces sentiments étaient réciproques de sa part. Je lui exprimai mes regrets de ne l'avoir plus pour collègue ; voici quelle

* Son hôtel, rue Coq-Héron, n'était séparé du nôtre que par un mur mitoyen, dans lequel même on avait ouvert une porte pour communiquer avec l'appartement que sa sœur, madame Gauthier, occupait au-dessus du mien.

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