LIBERTES GALLICANES
Conservateurs pourraient conipter qu*il s'honorerait de continuer à marcher à leur tête. »
Voilà V oligarchie parlementaire avec laquelle le ministère doctrinaire cbemiuera jusqu'au 24 février 1848 1 c'est-à-dire, jusqu'à la fin du gouveroenaent constitutionnel et de la monarchie de 1830... Non mismra cutem...
Libertés gallicanes. — Manuel du Droit public ecclésiastique français. — Le Cardinal de Donald et son Mandement.
(Février et mars 1845.)
Dans les discussions auxquelles les questions politico-religieuses avaient donné lieu dans la Chambre des Pairs, en 1844 et 1845, on a vu que M. le comte de Montalembert , qui s'y était jeté à corps perdu, avait été solidement réfuté par MM. Portaiis et Rossi, et sévèrement semonce par M. S. Lamoignon et M. le duc de Brogliej — l'irascible comte en avait conservé une profonde rancune.
Témoin de ces violentes attaques dirigées contre nos Maximes gallicanes, que j'avais constamment défendues, j'avais, de mon côté, entrepris de les défendre encore dans un petit écrit intitulé : Réponse à quelques Assertions de M, le comte de Montalembert. Cette réfutation parut d'abord isolément. Je l'incorporai ensuite dans la seconde édition du Manuel du droit public ecclésiastique français , publiée en juin 1844.
Cette édition reproduisait littéralement les documents et les textes que j'avais déjà fait imprimer en 1824 et 1826. Ainsi, ce n'était pas chose nouvelle; et si la foi avait pu s'en alarmer, si quelques membres du
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elcrgc avaient pu s^en irriter, roccasion leur était donnée depuis longtemps d'éclater en reproches et de faire entendre leurs censures. Loin de là, ces publications n'avaient valu que des approbations données au livre et à Tauteur.
Mais je n'avais pas encore eu alors occasion d'entrer en lutte directe avec M. le comte de Monlalembert! Ce n'est qu'en 1844, et en publiant la Réponse aux Assertions, que j'avais conquis l'inimitié desjils des croisés! D'ailleurs, ne m'étais-je pas prononcé contre l'intrusion inautoriséc des jésuites? — On voulut me faire expier ce double méfait.
C'est à Lyon, centre et primatie de l'ultramontanisme, qu'on dressa les batteries avec lesquelles on voulait foudroyer le Manuel. — Un mandement de M. de Donald, cardinal-archevêque de Lyon, dressé dans un petit consistoire ad hoc, condamna : P le livre intitulé Manuel, etc.; S"" V Écrit intitulé : Réfutation des assertions de M. le comte de Alontalembert.
On procéda clandestinement; je n'en fus point informé. Le mandement portait la date du 21 novembre 1844, et trois mois s'étaient écoulés sans que le public en eût connaissance, sans que les journaux en eussent encore parlé. Mais M. de Montalembert et ses amis avaient mis le temps à profit; on avait adressé le mandement à tous les évéques; on avait quêté, sollicité des adhésions; on voulait qu'un certain nombre de ces adhésions, quels qu'en fussent la forme et le degré d'intensité, parussent avec le mandement primatial pour lui faire cortège et lui donner plus de retentissement et d'autorité.
Enfin, dans les premiers jours de février 1845, le fameux Mandement, imprime à Lyon, commença à se
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répandre. L'Univers religieux j qui servait de greffe aux publications cléricales, en donna le texte in extenso dans son numéro du 12 février; — provoquant luimême les adhésions, et les enregistrant, soit en texte, soit par extrait, par une simple mention , quand la teneur n'en était pas assez explicite. Quelques-unes furent données par simples lettres assez faiblement conçues. Plusieurs prélats , pressés , poussés , menacés même, refusèrent cependant d'adhérer. — Le vénérable cardinal de La Tour d'Auvergne , évéque d'Arras, résista, et se contenta de recommander à ses prêtres de ne pas lire le Manuel, attendu qu'il n'était paâ fait pour les clercs, mais pour les laïques. — Le bon évéque de Saint-Dié , mon ancien curé de Saint-Eustache , qui , à l'apparition du Manuel , m'en avait félicité , s'excusa près de moi en disant que » lorsqu'il m'avait approuvé , il n'avait pas lu le mandement de S. E. Mgr le cardinal de Lyon, mais qu'il n'avait pu lui refuser son adhésion-. » — Mgr Naudo, ancien évéque de Nevers, devenu archevêque d'Avignon, céda aussi à la pression, mais en termes très-anodins , et m'en écrivit amicalement. — MgrOlivier, ancien curé de Saint-Roch,évêqued'Évreux, tint bon malgré son entourage. — Enfin, l'archevêque de Paris, l'évêque de ma résidence, refusa net, malgré les efforts inouïs que l'on tenta près de lui , et dont il me fit part. — Certes, s'il y avait eu hérésie, Vunanimité ne se fut pas fait attendre, et moi-même j'eusse pu m'éclairer si j'étais dans l'erreur; mais c'était une affaire de passion et de parti. M. de Montalembert avait osé dire à la Chambre des Pairs : « Arrière les libertés de l'Église gallicane 1 » et le mandement de Lyon n'était qu'un manifeste lancé à l'appui de ce cri de guerre.