LIBERTÉ DES CULTES
» Mais abordons de plus près la question. La France ne peut que gagner aujourd'hui à ce que toutes les questions soient po* sées nettement.
n Dans chaque culte, à côté de ce qui constitue ses vrah caractères, sa régularité, ce qui est sincère, ce qui est respectable, ce qui doit être protégé, viennent se placer des excentricités, soit qu^elles tiennent à Texaltation de Tesprit religieux , soit qu'elle» tiennent à ces calculs artificieux qui ne sont la religion dans aU" cun culte, mais qui, dans tous les cultes, servent trop souvent de manteau aux ambitieux et aux imprudents, à ceux qui vetilent dominer au nom de la religion et de la liberté des cultes, (Mouvement.)'
n Comment le culte protestant n'aurait-il pas aussi ses excentricités? Il y en a dans le catholicisme. Nous( serons bientôt appelés à les combattre; et, en protégeant tout ce qui constitue réeHeroenl le culte cntholiq^ie, nous avons à le garantir d'invasions qui n'auraient pas de cohésion avec lui. ki, que voyez-vous? Ija masse des protestants déclare qu'elle est satisfaite ^, que le culte protestant est satisfait; des mesures prises par. le Gouvernement ; il se soumet à toutes les conditions àfi polipe exigées par le Gouvernement, sans y voir une atteinte à sa liberté. D'autre^ protestants au contraire viennent vous dire qu'ils ne veulent pas, de ces précautions, qu'ils ne veulent pas de ces inforpiationsi préalables; ils voudraient une liberté absolue afin d'être <iii/0crates dans leur culte ^ afin ngn-seulement de croire ce que. bon leur semble, mais de pratiquer à leur manière et sans contrôle préalable.
» Mais si par exemple on mettait au rang des libertés le droit d^appeler des prédicateurs étrangers ^ qi^i ne seraient pas contenus par le sentiment national, par ce sentiment patriotique qu'on tient ordinairement de sa naissance et de son origiae; qui ne seraient pas guidés par l'esprit français entretenu et nourri par une éducation nationale ; qui enfin viendraient d'autres pays et apporteraient un esprit étranger parmi nous : croyez-vous donc que le Gouvernement français serait obligé de les tolérer, de to-
1 L'honorable député de Nîmei , M. de Ijâfarelle, en avait fait la déclaration an Dom de «et coreiigionnairei.
' C'est précisément ce qui avait eu lien. Voyei arrêt de caaialion da 12 avril 1838, Réquisitoires, t. IV, p. 531.
làrer ces missionnaires Anglicans, genevois on autres, qui tiendraient prêcher en France aa nom du protestantisme? — Non^ rÉtat ne serait pas tenu de les admettre; il a le droit de- s'y opposer, même au sein dn catholicisme.
» Ce rapprochement même me fournit le sujet d'une réflexion. L^appai qàe je vois ai^odrd'hni Topimon libérale eatholîqite prêter à Topinion libérale protestante^ n'est selon moi qàe l8 prélude de eelai que prêtera prdmblement en retour Topinion libérale protestante k ceux qui viendront dans quelques jours an nom de l'opinion ultriiocatholique
Un methbrè : » C'fest tout simple!
M. Dttpin : n C'est tout simple, dites- vous? Je constate ce ctmceH entre eeox qui vètflent nne liberté indéfinie an nom d'un petit nombre qui fait nihncè dans le protestantisme, et ceui qui, eil téclamant la miême licence pour eux-mêmes, veulent être et se disent être un parti dam le catholicisme : mots qui s'étotinent d^être atc^opléà; car totholicisme téut dire universalité; église veut dire aààemblée de t&us Us fidèles^ ei parti est une cho^e qucf rÊglisè elle-riiêhiè Réprouve et condamne comitie contraire à STon esdetjcè. Maî^ ^i ces derniers viertnent an nom du cathoH* cisniè et dé la^ liberté faire invasion dans nos institutions , porter atteinte à notre existence mêttie et à notre législation, noua résisterons à ceux-^là, comme nôtis résistons aujourd'hui à ceux qui vendent faire le ilemblable i,\i nom du protestantisme. Je signailè d'avance leur concert. Non , il n'est pas vrai que le Gouvernèmeni ait nais la tnain sur les religioni^ pour les faire servir à son usage; mais ce que l'État attend d'elles, c'est qu'elles prêchent la morale et fâ Soumission aùi lois , et que leurs ministres en donnèùt les premiers l'exemple aux peuf^Iès; mais ce que l'Étai ne peut pàà èouffrir, c'est que les religions metteht la main sur loi ; c'est ^'àà nôiti de' la liberté , ces religions viennent vider lès lois;
n Je n'tfntidpfè j^às, àû reste, àur la discussion à venir, je borne à cela ce que je voulais dire, n (Mouvement d'approbation.)
DEKIiVITION LKGALE DES JESUITES. 279
Même séance du 28 avril 1845.
Seconde réplique à M, A. de Gdsparin. — Définition légale des Jésuiteà,
M, Ùfnpin: « Je n'accepte ni la dléfinitioh que m'a prêtée M. de Gasfiarîii, ni la théorie religieuse qu'il vient de vous présenter. Je ne me suis pas, sur cette deuxième partie, jeté dans les abstractions et les théories du mysticisme ; je n'ai envisagé la question que comme elle doit être vue dans cette Chambre, au point de vue administratif, légal et politique,
» Tout ce qui regarde les croyances, je le laisse à la liberté de chacun; mais j*ai dit que TÉtat ne pouvait pas tolérer qu'au nom de la liberté à laquelle on a droit, on pût, sous prétexte dé culte, entreprendre quelque chose de contraire aux droits de rÉtat; à côté de ce mot liberté^ se place le mot surveillance,
M, de Gasparin : n Nous Tavons dit aus^i.
M. Dupin : » Nous sommes en différend sur un point : c'est que j'adhère à la circulaire , et que vous voulez autre chose.
it. de Gasparin : n Sans douté.
M. Dupin : ^ Voilà oh est ïa difrérence : vous poursuivez l'idée d^tiiie libefté absolue et indéfinie, vous demandez une autre loi, ei moi je me contente de la circulaire, avec tous les protestants qui sont de mon avis.
n Quant ^ votre définition des Jésuites, je ne l'admets pas. Elle est trop brillante; elle serait vraie pour le dehors , qu'elle nq le serait pds pour la France dans la sitiiatioa actuelle des choses.
» J'appelle Jésuites, au point de vue légal, ceux qui, constitués à Vétranger, ayant leur général & Vétrànger, leurs obligations envers Vétranger, n'existant qu'en ^rertu de Ibis étrangères, sont entrés et veulent rester en France, non-seulement sans loi qui les y autorise, mais malgré les lois qui le leur défendent. J'appelle ainsi ceux qui, au mépris de nos lois et sous couleur de religion, veulent exciter chez nous des querelles, des troubles, et, s'il était possible, des révoltes; comme ailleurs, en Suisse, ils ont excité la guerre. Nous verrons cela plus tard. » (Hilarité et vive approbatiun.)
t80 SESSIOX DlC 1845.
Les Jésuites. — Interpellations de M. Thiers. — Discussion. — Ordre du jour motivé,
(2 et 3 mai 1845.)
L'intrusion des Jésuites en France n'était plus un mystère. Malgré les ordonnances royales de 1828, ils s'étaient maintenus, fortifiés, étendus. On ne les aurait pas vus à l'œuvre dans leurs prédications, leurs écrits, leurs écoles, qu'on les aurait reconnus «à leurs fruits. La congrégation politique qui leur était affiliée avait conduit Charles X jusqu'à la ruine et à la chute de la Monarchie que, par leur conseil, il avait voulu rendre absolue.
Malgré la Révolution de 1830, ils avaient continué leur manège '. L'Univers religieux^ rédigé avec talent, avec verve, trop souvent aussi avec àcrelé, avec violence, s'était fait l'organe de leurs doctrines ullramontaines. Ils avaient déclaré une guerre acharnée à V Université sous prétexte de la liberté d'enseignement^ c'est-à-dire la liberté pour eux de faire tout ce qu'il leur plairait. Ils voulaient s'emparer de l'esprit de la jeunesse par leurs écoles; des masses populaires, s'ils le pouvaient, par leurs prédications; enlacer la société par leurs confréries de toutes sortes. Leur action pesait sur les évéques, elle formait un réseau autour d'eux: malheur àceux qui résistaient I (E.xcmple, M.Olivier, évéque d'Évreux.) Clément XIV avait en raison
* Dans une lettre qoe m'écrivait de Dôlcy le 5 avril 1845, un savant bibliolhécairo, il me disait, en parlant des successeurs de Loyola qui s'infiltraient dans les lieux où ils avaient jadis possédé des établissements , et où ils essayaient de les relever : « On ne les voit paSf mais on les sent partout. >*
LKS /ESLITKS. 281
de dire en les supprimant, u qu'avec eux il ne pouvait » y avoir de paix ni dans l'Eglise ni dans l'Etat. »
Les débats récents qui avaient eu lieu, sort dans h Chambre des Pairs, soit dans la Chambre des Députés, depuis le commencement de la session, en étaient une preuve manifeste. La lutte avait commencé entre l'Eglise et ^Université, elle se continuait désormais entre l'Eglise et l'Etat.
Cependant des lois existaient qui avaient aboli les vœux, dissous les ordres religieux et les anciennes congrégations ; des arrêts et des édits spéciaux avaient supprimé la Société de Jésus; les lois organiques du Concordat avaient maintenu ces abolitions; un décret impérial du !26 messidor an XII ordonnait là fermeture des maisons qui avaient essayé de ramener les Jésuites en masque, en les désignant sous ua autre non3.
Pourquoi ces lois n'étaient-^dles pas exécutées ?. . .. J'aidais déjà adressé cette question aux ministres dans la séance du 19 mars 1844 K On sentit le besoin de les presser un peu plus vivement sur ce point ; je crois même qu'ils ne furent pas fâchés, dans cette circonstance, d'emprunter aux Chambre^ iine force qu'ils ne se sentaient point en eut-mémes.
C'est dans ces circonstances que l'honorable M. Thiers demanda à la Chambre et obtint la permission d'adresser des interpellations aux Ministres. Elles furent fixées au 2 mai. Ce jour-là, M. Thiers, en commençant, expliqua qu'il ne venait point faire acte d'opposition contre le ministère, mais bien plutôt lui venir en aide dans des circonstances où- il lui semblait qu'il en avait besoin pour lui donner la force de faire exécuter les
* Voyez ci-devant, page 229.
lois relatives aux coogrégalions religieuses a non autorisées. r> — Il protesta de son respect sincère pour la religion de son pays ; mais à côté de ce sehtiment , il en troufàit un autre dans son cœur, un autre tout aussi puissant, uun amour jaloux des droits de l'Etat. »
Ensuite, dans un de ces exposés rapides par lesquels il excellait à répandre la clarté et à saisir les esprits, M. Tbiers montra ce qu'avait été dans tous les tenipâ la congrégation des Jésuites , les inconvénients, les troubles, les dangers qui en avaient entraîné partout la suppression.
Aux arrêts du Parlement, aux édits de l'ancien régime, il joignit 1& récit des faits qui avaient suivi, les efforts faits pour restaurer cette compagnie, et tous les actes de la législation française qui depuis 1790 jusqu'à nos jours s'opposaient à cette réisut'rection.
L'orateur montra comment les Jésuites ont continué de cheminer sous la Restauration et depuis 1830.
Abordant l'objection que les Jésuites ne se présetitaient point comme teh, mais comme individus vi^ vaut en communauté ; — M. Tbiers répondit qu'il ne s'agit pas seulement du Jésuiie avoué, mais du Jésuite dissimulé y du Jésuite cberchant à se maintenir sous forme de communauté religieuse non autorisée.
u L*ÉglJse, disait Àf . Thiers, a droit d'établir dans son sein le principe des cdngréf^àtidns rengi^uses, je ne le conteste ()as; maïs il y a, auprès du droit de TEglise, un droit aussi sacré, et qui n'a jaoaats été contesté, c'est celui d'examiner si k congré<]ation qu'-il s'agit d'établir est admissible d^ns le pays, si çile est conforme ausL institutions, aux lois, aux intérêts de la société. — L'État ne peut pas souffrir qu'il y ait un Etat dam l'Etat, qu'il y ait des congrégations dont il n'ait pas'la surveillance, sur lesquelles il n'exercerait pas la faculté ou d'autorisation ou de dissolution.—
n Ces principes n'ont pas seulement été recontHis et proclamés
LES JESIITES. %9S
par les arrêts du parlement et lés édits royauk; Ift Gour royale de Paris, en 1826, a reconnu et déclaré qu'ils étaient encore en pleine vigueur. Et quand un peu plus tard le comte de Montlosier a porté cette question devant la Chambre des Pairs, cette Chambre, aprèà un sat^a ht rapport de M. lePremiet Président Portails et un discours énergique de SI. le baron Paèquier, a renvoyé la pétition de M. de Montlosier aux Ministres potir/inre tâcécuter Ui Im de rÉtat, «
M. Tbiers se demande ensuite si, telles étant les lois et les règles de la matière , il y a nécessité et opportunité de leur application? Il estime qae oui ; car une collision existait et il y atait un danger i^éritable à fermer les Jettx. Cette collision, ce danger, venaient d'une fausse interprétation de la liberté^ que quelques-uns voulaient confondre avec le pouvoir de tout faire.
Il rappelle alors comment, sous prétexte de cette liberté ainsi interprétée, les attaque3 contre l'IJùiteN 8fté s'étaient multipliées de la part de ceux qui voulaient se substituera sa place, et avaient dégénère en outrages contre l'enseignement publiô et les professeurs; comment ces attaques, émanées d'abord d'écrivains obscurs et sans mission, ont grandi, el ont trouvé pour organes des pasteurs, des évéques isolés, puis même quelques ètêques réunis et agissant en nom collectif, traversé le Conseil d'État qui avait déclaré cette conduite illégale et abusive, et étaiient enfin arrivées devant les Chambres.
Dans ces actes <léplorables , l'oubli des lois était devenu manifeste ; la collisioti était flagrante. Il fallait mettre ordre à un pareil état de choses, et il n'y avait de remède que dans VappUcation immédiate et sévère des lois.
Pais, se demandant quelle était la cause secrète de ces désordres , M. Thiërs, s'élevant à tôiite la hauteur du
2»^ SESSJO.V DE 18^5.
pablicîste el de Fhomaie d'Etat, expriinail des senti* monts et des vérités que les ministres, les magistrats, les hommes publics ne devraient jamais perdre de vue, même encore aujourd'hui. Car la question est toujours la même, ai^ec toutes ses di£BcuUés, accrues par uo laisser aller qui a doublé Taudace du parti qu'il s'agissait de réprimer.
« Quant à moi, disait-il, je suis couralncu que le clergé français, en très-grande majorité, est animé d'un bon esprit; qa*it respecte les lois et qu*il est attaché au Gouvernement ; mais qa*il y a une faction qui veut le compromettre, qui a cherché, à des époques antérieures, à le compromettre lûs-à-vis du Gouverne* ment.
» Il y avait, & Tépoque du Concordat, une faction qui ne reconnaissait.pas le Concordat, fl y avait sous la Restauration une faction qui poussait le Gouvernement, et qui Ta perdu; aujourd'hui, évidemment, il y en a une qui cherche à dominer le clergé.
it Cette faction, où la trouverops-nons? A cet égard, je le dis franchement, je crois que lu première impulsion part de la congrégation contre laquelle je réclame Tapplication des lois. Je ne veux pas rappeler ici tout ce qu*on a dit sur la congrégation Acs Jésuites. Je suis équitable. Je ne crois pas à tout ce que la passion populaire a pu dire contre cette congrégation célèbre.
n Tout le monde a changé depuis deux siècles ; il faudrait que la Société de Jésus fût bien maliteiireuse pour n'avoir pas changé comme tout le monde. Je ne l'accuserai plus de tous les vices dont on Ta longtemps accusée. Non, Messieurs; mais ce que je soutiens, c'est qu'elle est T asile dans leqikel toutes les âmes inquiètes, ardentes, vont chercher la force d'association, l' influence, peut-être la domination. Dans tous les temps et dans toutes les causes il y a des esprits exagérés.
n II y a eu sous la Restauration des esprits exagérés, des royalistes plus royalistes que le roi. Il y a toujours dans l'ordre religieux des esprits exagérés, impatients de toute règle raisonnable. Je suis convaincu qu'ils viennent chercher dans la congrégation de Jésus la force d'association, de domination. C'est de là qu'ils cherc/ient à dominer le clergé, Ëh bien, Messieurs, je crois que
LES JÉSIITES. fS5
vous allez droit à la cause du mal, lorsque rous cherchez à appliquer les lois avec mesure, mais en même temps avec fermeté, à, ceux qui probableq3ent aujourd'hui sont les provocateurs du trouble auquel nous assistons. Si en cherchant à appliquer des lois incontestables, vous trouvez des difficultés, vous aurez dans les Chambres « je n'en doute pas, une adhésion forte et unanime. Nous ne sommes pas des ennemis perfides, venant vous dire : u Jetez-vous dans les difficultés , pour que nous ayons le plaisir de vous y voir, n Non, qui que vous soyez sur ce banc, le jour où , pour faire triompher les lois du pays , vous rencon^ trerez des difficultés graves, nous vous apporterons les moyens de les vaincre.
» L'acte que je fais au}oord'hui vous prouve que, si c'est une difficulté grave dont on vous charge, je consens avec mes amis à en prendre notre part; car, si l'on vous qualifie d'une certaine manière, si l'on cherche à vous rendre odieux, nous serons de moitié avec vous. 11 n'a pas manqué de conseillers qui nous ont dit que les opinions que nous représentions devaient, en songeant à un avenir peut-être prochain, ménager de grandes influences. J'ai répondu, et mes amis ont répondu ^vcc moi, que le désir de faire triompher les lois du pays est le premier de nos désirs; que, notre cause dût-elle souffrir à quelque degré, dans quelque occasion, de l'énergie que nous apporterons dans notre conduite, nous nous y résignerons» car avant tout, nous voulons que les lois du pays s'exécutent, et que l'esprit sage et modéré de la Révolution française triomphe de ses ennemis.
» Je le déclare, en mon nom et au nom de nos amis, ce n'est pas une difficulté que nous voulons mettre sur vos bras, c'est une difficulté que nous voulons vous aider & résoudre. ».
Après ce grave et important discours, le Garde des sceaux, Ministre des cultes, ne pouvait pas se dispenser de monter à la tribune. Il convint qu'il existait des lois et que ces lois armaient le Gouvernement de pouvoirs stijjisants contre les associations religieuses non autorisées et par con^é^xxeni illégales. Il ajouta que ces lois n'avaient pas cessé d'être en vigueur, et que l'article 5 de la Charte n'y avait pas dérogé; il reconnut
que daos plusieurs occasions ces lois avaient reçu leur application : mais était-ce te cas de les appliquer de nouyeau? Après avoir ainsi posé la question^ le Ministre çpntiquait jl'pn ton doucereux :
tt On a parlé de collision ! Mais s'agit-îl d*iiile collision sérieuse, et cette collision avait-elle toute la gravité qu'on avait cherché à lui donner? Non, il y a eu des imprudences commises, mais le danger ne paraissait pas tellement pressant qu il fallût précipiter remploi des mesures doni on réclamait Inapplication. Le Gouvernement est armé, disait le Ministre, il usera au besoin de son .droit ; mais dans une question qui intéresse la religion du pays, il faut laisser au Gouvernement une certaine liberté, quant au choix du temps et & celui des moyens, soit d'action, soit de négociation. r>
M. le Garde des sceaux terminait em di^apt qu'il fallait distinguer avec soin la cause des Jésuites de la cause du clergé.
Cette réponse dii Gouvernernent parut bien pâle ^t I^ien jj^gueh M. de jCarqjé : i) p'éprpuvait pgs le be^pip d'y répondrey mais il n'en étaîl p^as de qiéiije de^ j^r gumeats si pressants de )l. Thiers, et il essaya de les réfuter. Suivant M. de Carné, Pémotion manifestée dans ces derniers temps ne devajt pas être attribuée aux Jésuites, adversaires imaginaires et peu réels j^ tout était vepii 4e Gjç qqe le clergé .qj^ait pu f^roire qii'il e.xisle, non dans le Gouveirnement, mais h i:ôté du G.QMVi^rnefifjenf ^ 4ps influ/eppe^ qi^i vpp)ent an^oindrir et discrédlter le dogmiB di§po$ié qptre ^es ipains. D^ |à ceç défi^aipc^^ mulMclleçy ces allégations de monopole; de là pes accusations à'ullrffmputariisme , et cet amoiir tofit fiquveau des liherU§ gallicanes.
Je répondis k tf. de ^arpé ;
tt La question n*est pas religieuse; c^est une question politique. 11 s*agit dç rexistenee légale ou illégale des congrégations
LKS JKSLITES. 287
dans rÉtat , avec des dangers plus ou moins grands , selon la nature de ces congrégations.
n Le clergé n'est pas davantage impliqué dans cette question : loin de là , c'est pour lui que nous copabaitons , ei? cherchant à Pisoler, à le séparer de ceux qui le compromettent (très-bien!) ; de ceux-là seuls dont le contact affaiblit sa haute influence ; de ceux qui, délégués dans les campagnes , diminuent, parce qu'ils iroulent les remplacer, l-influence et Taulorité des curés ; de ceux qui forment un concert, un cercle d'opp^^cssioa autour des évéques pour leur conseiller, leur suggérer, leur imposer des n^esunés imprudentes, qpe, laissas à cux-i^êpics, la sagesse |eur conseillerait 4'éviler avec soin.
y^ U faut distinguer entre les assoctalions' laïques qui sont soumises à l'article 291 du Gode pénal et à certaines lois spéciales, et les congrégations religieuses. Parmi celles-ci, ii faut même dis^ibguer encore : il y |^n ^ qui sont qutarisées^ ei q^j ont une existence légale; d'^utr.es a^i sont simplement toléféff parce qu'efles qc présentent aucun danger^ et qyi' elles ne tendeQt pas à former un État dans l'État. Mais la Société des Jésuites a un caractère bien différent.
» Le Jésuite n'est pas un sin9]ile ii^dividu, c'est un être complexe; il existe à l'élat de membre de sa congrégation, telle aujourd'hui qu'elle ét^i^ autrefois. Les dangers 4^ Q^tte congrégation sont écrits dans l'histoire : elje a son chef à l'étraiiger, elle reçoit sa direction de l'étranger, elle prétend rayonne^* sur l'univers entier ^ Pour elle le royaume de France n'est qu'une province, et l'une des plus travaillées par eux, parce qu'elle est la plus indocile à leur joug. Les autres Français prêtent serment 4e fidélité au roi et d'obéissaqce ^ux {pis di| royaume; 1^ Jésifjte français fait abstraction de son origine ; il prête sermept d'pbéissance absolue à un supérieur étranger, il lui sacrifie son individualité, il est entre ses mains comme le bâlon dans la main de l'aveugle, comme un instrument mécanique sans volonté qui lui soit propre, pcrindè ac cadaver, disent leurs propres constitutions. Enfin la Société de Jésus a un caractère essentiellement politique, et porte dans ses prétentions temporelles cet esprit don^inateur,
^ J'avaii déjÀ dit , en 1826 , dans le procèi da ConttiMkmneî : • C*Mt une épée dont la poignée eit à Rome et la pointe partout. ■
avide et turbulent qui Ta rendue jadis si redoutable aux souverains et aux papes eux-mêmes, et qui dans le dernier siècle avait entraîné partout leur suppression. »«
Arrivant à la question légale et administrative , je me joignis à M. Thiers pour faire remarquer que la réapparition et l'existence des Jésuites en France était devenue flagrante, qu'elle se perpétuait au mépris des lois , et qu'il était temps de pourvoir à leur exécution *.
La discussioh continua entre AL Berryer, qui défendit les Jésuites par l'argument pris de la liberté individuelle ^ — et M. Hébert, procureur général, qui lui répondit avec vigueur par des arguments empruntés à la légalité, et se déclara prêt à exécuter les lois dès que le Gouvernement k lui permettrait .... '
Finalement, dans la séance du 3 mai, M. Thiers proposa, et la Chambre, pour couronner les interpellations , adopta , à la presque unanimité , on ordre du jour motivé ainsi conçu :
tt La Chambre, se reposant sur le Gouvernement » du soin de faire exécuter les lois de l'Etat, passe à » l'ordre du jour. »
Le vote a été précédé de cette explication précise, préalablement et catégoriquement donnée par M. Thiers , adoptée par le banc des Ministres et par U majorité :
a II est bien entendu que nous reconnaissons que i> les lois sont applicables, — que leur application » est devenue nécessaire , et que, quel que soit le rén sultat des négociations, elles seront exécutées. » (Extrait du Moniteur.)
' Ce discours entier a été inséré dans les V et 5* éditions du Mamiei.