‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 61 sur 122 · SUITE DE L'ANNEE · texte numérisé non relu

SUITE DE L'ANNEE

Mort de Philippe Dupin.

(Février ISMl)

Cette anuée, ma famille fut éprouvée par un grand malheur^ nous perdîmes Philippe Dupin. Il mourut le 14 février, à Pise, en Italie, oii il était allé par le conseil de ses médecins, dans l'espoir d'y rétablir sa santé, prématurément altérée par trop de travaux. Il n'avait que cinquante ans et quelques mois, étant né à Varzy le 7 octobre 1795. Ce fut pour moi une profonde douleur.

Philippe n'était pas seulement mon frère, il était le plus jeune, ce qui pourl'ainé est toujours l'objet d'une sollicitude spéciale. Après l'achèvement de ses études classiques, confié à mes soins par notre digne père, il était devenu mon pupille, mon élève; il avait fait son droit sous ma direction , il travaillait à mes côtés , dans mon cabinet; je l'avais initié aux affaires. Connaissant mieux que tout autre et avant même qu'il Feût révélé au public, tout ce qu'il y avait de solidité dans son jugement, de brillant dans son esprit, d'amabilité dans son caractère, j'avais pressenti l'immense succès qui l'aftendait au barreau et dans le monde. En 1830, lorsque j'entrai dans la magistrature, il put hériter immédiatement de ma clientèle \ prendre ma place au Palais, continuer, étendre la réputation que, pendant trente ans d'exercice, je m'étais efforcé de concilier h notre nom. Il était incontestablement et, au

* Ccsl môme ccUc considération qui influa le plus sur ma résolution. Voyez t. 11 des Mémoires, p. 187.

jugement de tous ses confrères, le premier avocat du barreau de Paris. Bâtonnier de l'ordre, officier de la Légion d'honneur, membre de la Chambre des Députés, successivement membre et secrétaire des Conseils généraux de la Nièvre et de l'Yonne, au moment où il quitta Paris pour aller en Italie, les offres les plus brillantes étaient venues le trouver, l'engager à quitter tout à fait l'exercice trop fatigant de la plaidoirie pour se vouer entièrement à la carrière politique *.

La nouvelle de sa mort inattendue produisit une immense sensation de douleur et de regrets au Barreau, dans la Magistrature, dans les deux Chambres législatives, dans tout le public, car il était généralement aimé.

A Pise , le Barreau et l'Université ne laissèrent partir le corps qu'après avoir fait célébrer en l'honneur du défunt un service solennel dans la célèbre cathédrale.

Son fils, accompagné de son cousin Tenaille, avocat, premier secrétaire de Philippe et aujourd'hui conseiller à la Cour impériale de Bourges, ramena en France les précieux restes du défunt.

L'Echo de lu Nièvre du 7 mars et k Moniteur du 19 ont rendu de ce douloureux voyage et des obsèques célébrées à la suite un compte, dont on trouvera un extrait dans les Annexes.

Louis-Napoléon au fort de Ham. — Janvier 1846.

Dans le tome P' de mes Mémoires, p. 522, imprimé en 1855, j'ai parlé d'une manière fugitive des démarches auxquelles j'avais pris part en 1840, pour

* En novembre 18-45, le Roi avait eu la pensée de le faire entrer au ISlinistëre, et on lui avait fait proposer les sceaux.

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