IV
saires. Mon domicile était dans son diocèse; il était mon évêque, le véritable juge spirituel de ma foi; les autres m'étaient étrangers, hostiles; c'étaient à mes yeux non des juges compétents, mais des hommes de parti. Je pouvais leur dire : u Vous condamnez mon livre; mon évéque ne le condamne pas, il refuse de vous imiter. y>
Mgr Affre avait eu la bonne pensée de racheter l'église des Carmes et ses dépendances. La révolution en avait fait une prison. Les Girondins y furent enfermés. C'est là aussi que de malheureux prêtres, constitués prisonniers, avaient été atrocement égorgés par une populace efirénée dans le petit oratoire où ils s'étaient réfugiés, au fond du jardin.
Une bonne dame , qui était en dernier lieu titulaire de cette propriété, vendue nationalcment, avait offert h PArchevêque de la lui céder à de faciles conditions. Le prélat, quoiqu'il n'eût pas le capital nécessaire pour payer, avait accepté l'offre et fait appel aux fidèles de son diocèse par une souscription.
Je fus du nombre des souscripteurs pour une faible somme, mais pour prendre part à l'œuvre et y donner mon nom, qui, me disait l'Archevêque, ne manquerait pas d'en attirer d'autres. Je fus aussi son conseil pour quelques incidents du contrat et de son exécution.
Le projet de l'Archevêque n'était pas seulement de •conserver au culte le Dôme et ses dépendances immédiates ; il avait conçu le projet d'établir là une espèce à^ Ecole des hautes études ecclésiastiques j longtemps en projet , toujours éludée , et d'y réunir un certain nombre de jeunes prêtres parmi ceux qui annonçaient le plus de dispositions, pour en faire des docteurs et des prédicateurs de la parole de Dieu. Déjà, par ses soins,
L'ARCHEVÊQUE DE PARIS. 8tS
une bibliothèque assez nombreuse était réunie , et le personnel des professeurs se constituait.
Dans une des visites que je lui rendais à l'archevêché, on parlait de tout cela, et je lui exprimai le désir d'aller visiter un jour avec lui ce qui s'appelait déjà un établissement. Il me le promit.
On était à la fin de décembre; un petit billet m'annonça que Monseigneur se trouverait aux Carmes le 26, à midi et demi. Mais ses occupations ne lui ayant pas permis de s'y trouver à l'heure indiquée, il me fit dire qu'il serait chez moi le lendemain , 27, à trois heures. 11 avait à me parler d'autre chose.
L'Archevêque était mal en cour. Il croyait avoir des griefs, et, comme il avait peu l'usage du mondé, dans une occasion où il s'agissait seulement de complimenter le Roi , il avait cru pouvoir lui adresser à brûle-pourpoint des doléances qui auraient dû se produire sous nne autre forme et dans, un autre lieu. Ce procédé avait mécontenté le Roi. On était aux approches du l^ janvier; l'Archevêque me fit part de son embarras; Devait-il se présenter aux Tuileries, ou s'abstenir? — S'il y allait, quel devait être son langage? — Pour être pins à l'aise, il avait projeté de remplacer ce discours par une lettre , et d'écrire au Roi pour exposer ses motifs et s'excuser.
i Je lui conseillai fortement de supprimer la lettre , de se présenter aux Tuileries le 1'' janvier, et d'adresser au Roi un discours fort court et fort simple, où il éviterait de donner matière à conflit.
L'Archevêque craignait d'être mal accueilli; il venait me prier d'en parler au château. Je le lui promis. . Je voulus d'abord m'en ouvrir au garde des sceaux,
Ministre des cultes, qui était mon ami, et je lui de-
Si.
^U AXNÉE 1846.
mandai inimédialement un moment d'audience. Mais le jour même (27), M. Martin du Nord me répondit qu'il allait passerdeux jours à Tours, et qu'il ne pourrait me voir qu'après son retour.
C'eût été trop tard ; j'allai aux Tuileries. Je ne pus voir le Roi, mais j'entrai chez madame Adélaïde, qui me promit de me faire réponse dans la soirée.
Je revis en effet Son Altesse Royale , et, en rentrant chez moi, j'adressai à Algr l'Archevêque la note suivante :
tt Le résultat de mes informations est ceci :
» 1* Vous avez bien fait de ne pas écrire la lettre, » elle n'eût produit aucun bon effet;
y> 2^ Vous ne pouvez vous dispenser d'un hommage » personnel consacré par l'usage ;
n S"* Selon l'usage encore, une allocution simple, 3) mais qui ne contienne que des vœux.
» Point de politique, ni de controverse, ni encore » moius de ce qui aurait le caractère de plainte ou de » reproche. Ce n'est ni le lieu ni l'occasion.
» AP Si vous avez quelque grief ou réclamation , vous n pourrez les produire , hors de là , de la manière qui » vous conviendra. On sera toujours prêt à vous enn tendre.
» De cette manière, tout se passera gracieusement. ».
L'Archevêque goûta et suivit mon conseil. Admis à l'audience royale du premier jour de l'an, il adressa au Roi le discours, et reçut la réponse qu'on va lire :
tt Sire, le clergé et Farchevêque de Paris viennent déposer auprès du trône leur respectueux hommage et les vœux sincères qu'ils forment pour V^otre Majesté, pour son auguste famille, pour Tillustre princesse qui, en faisant le bonheur de Tun de vos nobles Ois, apporte des joies nouvelles à votre cœur paternel. Nous prions