‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 68 sur 122 · L'ARCHEVÊQUE DE PARIS. 32T · texte numérisé non relu

L'ARCHEVÊQUE DE PARIS. 32T

faul que je vous fasse voir une chose curieuse, c'est la chambre où furent renfermés les Girondins, peu avant d'être conduits au supplice, n

Cette pièce, qui a tout au plus cinq mètres carrés , est entièrement nue, sans aucun meuble ni tenture; les murs sont revêtus d'une simple couche de plâtre sur laquelle, à défaut de papier, la plupart des illustres et malheureux détenus ont tracé au crayon des distiques de mort, des pensées philosophiques plus ou moins résignées , analogues à leur triste situation. J'en fus singulièrement frappé, et si j'avais eu le temps ^ J'aurais voulu en prendre copie. Je crus que ce soin serait rempli par un célèbre écrivain qui s'occupait de leur histoire ; mais il n'en a pas tiré le parti que je croyais. Il aurait dû copier littéralement ces adieux à la vie; photographier, pour ainsi dire, ces murailles parlantes. Cela eût mieux valu que de mettre des amplifications à la place de la réalité , et de poétiser ce qu'il eût suffi de simplement raconter.

Ouverture de la session.

La dernière Chambre avait été dissoute par ordonnance du 6 juillet 1846, et les Chambres convoquées pour le 17 août suivant.

Cette session devait être fort courte; elle n'avait été si rapprochée que pour satisfaire aux prescriptions de l'article 42 de la Charte, qui voulait qu'en cas de dissolution , la nouvelle Chambre fût réunie dans le délai de trois mois.

Le 17 août, la Chambre s'occupa d'abord de la vériGcation des pouvoirs, qui n'offrit d'autre incident remarquable que l'élection de M. Mater, auquel on reprochait de s'être lié par l'engagement pris avec ses électeurs, de adonner sa démission dans le cours de sa législature. » — Il s'en tira en déclarant que le fait n'était pas vrai.

La Chambre procéda ensuite à l'élection de son président. M. Sauzet, candidat habituel du parti conservateur, réunit 223 voix sur 339. —M. Odilon Barrot, candidat de l'opposition, ne rallia que 98 voix.

Les quatre vice-présidents furent tous pris dans la majorité ministérielle, qui, cette fois, se manifesta d'une manière incontestable.

Le discours de la Couronne avait été fort simple; c'était un compliment pour la Chambre : et celle-ci, dans son Adresse, se borna également à exprimer son dévouement au Roi, avec des vœux pour la prolongation de son règne.

Celte Adresse fut présentée le 3 septembre, et le

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lendemain une ordonnance prorogea la session au 11 janvier 1847.

Situation à la fin de Vannée 1846 et au commencement de 1847.

Le cours de l'année 1846 avait été marqué par des embarras de plusieurs sortes : danger de rupture avec l'Angleterre; inondations désastreuses^ pénurie et cherté des subsistances, occasionnées par la maladie des pommes de terre et la mauvaise récolte de 1845. De là, la nécessité de recourir à des achats de grains à l'étranger qui firent sortir de France une grande quantité de numéraire, et produisirent sinon une crise financière pour l'État, du moins une grande gène pour les affaires commerciales.

La sécheresse de 1846, succédant aux inondations de l'année précédente, agit aussi sur les récoltes. Les grains furent de bonne qualité, mais leur quantité fut médiocre; la crise des subsistances, devenue plus forte, servit de prétexte à la malveillance pour exciter quelques troubles \ et augmenta les embarras de la situation industrielle , commerciale et financière.

La Banque, pour n'être pas épuisée, fut obligée d'élever le taux de son escompte , et de le porter de 4 à 5 francs.

Au 1" janvier 1847, la dette flottante était de 450 millions; il fallut l'augmenter encore, et à la fin de l'exercice, celle augmentation s'éleva à près de 250 millions. (Total, 700 millions.)

' A Paris dans le faubourg Saint-Antoine, à Buzançaîs dans rindre, dans les départements de la Mayenne, de la Sarthe, d'Indre-et-Loire, d'Ille-et-Vilaine, et dans plusieurs autres lieux, particulièrement dans les départements de TOuest.

Le ministère, quelque affermi quMl parût, aura, dans le cours de cette session , à subir plusieurs modifications. M. Martin du Nord, décédé en février, sera remplacé par M. Hébert; M. Moline de Saint- Yon, au ministère de la guerre, par le général Trézel; l'amiral de Mackau, à la marine, par le duc de Montebello; M. Lacave-Laplagne, aux finances, par AI. Dumon, qui fut lui-même remplacé aux travaux publics par M. Jayr. (Ordonnance du 9 mai.)

Depuis longtemps la présidence du Conseil n'était entre les mains du maréchal Soult qu'une distinction purement honorifique. La direction réelle du cabinet appartenait à M. Guizot. Le titre était d'un côté, l'autorité de l'autre. Le maréchal Soult le sentira lui-même, il donnera sa démission. Le Roi récompensera ses services en lui conférant le titre de maréchal général de France, sorte de connétablie purement nominale; et M. Guizot deviendra, comme il le désirait depuis longtemps, président du Conseil '. (Ordonnance du 19 septembre.)

Sera-ce enfin une présidence réelle? une présidence aussi réelle aux Tuileries par le caractère, qu'elle Tétait par l'éloquence à la tribune parlementaire?...

On avait fondé de grandes espérances sur cette session. Les candidats avaient beaucoup />rom/5; et il faut ajouter que, dans un assez grand nombre de collèges, les électeurs avaient beaucoup exigé. Eu général, on était las de ^immobilité; las de voir, suivant l'expression de M. Desmousseaux de Givré, qu'on ne faisait

* Et cela , toutefois , ne se fera pas sans exciter la jalousie de M.DuchAtel, qui, moins éloquent que M. Guizot, mais plus homme d^affaires, était, sous ce rapport, plus agréable à la Chambre, ou du moins n'y rencontrait pas les mômes antipathies. Il avait moins de roideur et pas tout à fait autant d*orgucil.

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