FABRICATION DU SUCRE DE BETTERAVE
laient plus que très-imparfaitement le pays '. Les radicaux, les légitimistes, les mécontents de toute sorte, se sont accordés à exploiter cette situation. Un doctrinaire avait employé une expression malheureuse , celle de pays légal; et ce pays légal, constitué de plus en plus en minorité par le détachement des masses, s'est trouvé impuissant à résister au pays illégal.,, y et c'est aux cris de Vive la Réforme ! qu'est arrivée la révolution de 1848 , qui s'est plongée dans l'océan du mffrage universel^!
Fabrication du sucre de betterave.
(8 mai 1840.)
Pour favoriser l'introduction du sucre colonial en France, le ministère avait proposé à^ interdire la fabrication du sucre indigène, moyennant une indemnité de 40 millions. — Et pour mieux assurer ceiie prohibition de fabriquer, la même loi prononçait Vinterdiciion de cultiver la betterave.
Je m'élevai contre cette proposition :
u Je la combats, disais-je à la séance du 8 mai, parce qu*elle a pour objet de tuer une industcie par une indemnité, et de flétrir le sol français par une interdiction de culture. (Mouvement.)
» Et d'abord, voler une indemnité parce qu'on veut changer un article de la loi des douanes, ce serait introduire un fâcheux précédent. — A Tavenir, quand le Gouvernement voudrait modifier la léijislation douanière, il ne le pourrait donc qu'en se présentant l'argent à la main pour indemniser ceux qui se prétendraient lésés par le changement des tarifs? S'il en devait être ainsi, l'Klat y perdrait son indépendance, et le Trésor public une partie de ses ressources.
* Voy. t. lll des Mémoires, p. 235.
' u Le suffrage universel est une énigme^ et il contient un mystère. » Lamartine, Révolution de 1848, p. 166.
» Sous an autre point de vue , celui d'interdire la culture de la letierave, afin de mieux assurer le succès de la mesure douanière, je dis que ce serait un abus de la souveraineté, une chose illibérale, impie, anti- française, surtout ù Fépoque où nous sommes, n (Agitation.)
En effel , une ]oi de T Assemblée constituaDle ( la loi du 28 septembre 1791 sur la police rurale) arait déclaré en principe :
ArL 1''. (c Le territoire de la France, dans toute son étendue, est libre comme les personnes qui Tbabitent... y»
Art. 2^ « Les propriétaires sont libres de varier à leur gré la culture et Pexploitalion de leurs terres... «
Or, la défense de cultiver la betterave dans la crainte qu'on n'en fit du sucre était une servitude imposée à la terre. Dieu ne lui avait pas infligé de semblables restrictions, lorsqu'il avait dit : a Gignai vobis humus fructus suoSy quitus vescaminiad saturitatem, nullius impetum formidantcs, j>
Une autre raison , qui ne me vint pas à l'idée dans le moment, résultait du préjudice énorme qu'aurait causé à l'agriculture cette interdiction de cultiver la betterave et d'en faire du sucre. En effet, la betterave , dans ses feuilles et dans sa pulpe , est un excellent fourrage; les résidus de la fabrication, mélangés avec d'autres fourrages, même de qualité inférieure , servent puissamment à la nourriture du bétail, surtout des moutons , et augmentent ainsi tout à la fois et la masse de la viande de boucherie, et les engrais, qui, à leur tour, deviennent une source de production nouvelle.
Cependant, malgré tout, la loi avait ses partisans. Elle en trouvait non*seuIement parmi les ministériels