‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 90 sur 122 · TRISTES PRESSENTIMENTS · texte numérisé non relu

TRISTES PRESSENTIMENTS

C'est en vain que la charité publique et privée a multiplié ses secours , et est venue , sous toutes les formes, en aide aux classes souffrantes et laborieuses: on ne parle que de l'égoïsme des riches, et déjà les doctrines socialistes se répandent.

En politique, les capacités, humiliées d'être reléguées dans le jury et repoussées de l'électorat et à plus forte raison de l'éligibilité, déclament contre le pays légal, contre ce qu'on a trop orgueilleusement appelé la classe moyenne, au risque d'attirer sur elle l'animadversion et l'effort concerté des plus hautes classes et des plus basses. On se récrie contre un ministère qu'on accuse de plus en plus d^ exclusivisme, et de n'agir que par esprit de coterie.

Des esprits plus éclairés ne partagent pas le quiétisme du ministère; les uns, même parmi les fonctionnaires publics les plus éminents, éprouvent du dégoût et du découragement; d'autres, laissent entrevoir les plus sombres pressentiments!. . .

Ainsi, peu de jours après la lettre du Ministre de Tintéricur, et pendant les premiers actes de la procédure relative à l'assassinat de la duchesse de Praslin, M. Delangle, procureur général , m'écrivait, le l*' septembre : (c Triste besogne que celle à laquelle je suis )) attelé! Malgré moi, je tourne mes regards en arr> rière, et je regrette les ivzx^xm paisibhs de la cour n de cassation, n

Les événements survenus trois mois plus tard donneront du prix à la lettre qu'on va lire. Elle fut écrite, le 7 novembre 1847, au duc de Nemours, par son frère le prince de Joinville, qui tenait alors la mer à bord du vaisseau le Souverain, sur les côtes d'Italie. — Celle lettre , publiée par VAkhbar, journal d'Alger, IV. 25

386 ÉVÉNEMENTS DIVERS M DEHORS DE LA SESSIOX. était précédée de Tarticle suivant, qui a été reproduit par les journaux de Paris, en cette forme :

— On lit dans tAUibar :

tt II n'est personne qui ne sache que le prince de Joinville avait été envoyée Alger à cause de l'opposition très-vive qu41 faisait à la politique suivie dans ces derniers temps par le cabinet de M. GtdzoU II ne cachait, dans aucune circonstance, ses sentiments de répulsion pour une politique dont il ne se dissimulait pas non plus les dangers. En arrivant en Afrique, son premier mot fut celui-ci : a On nous mène à une révolution, v

Après ce préambule , PAkhbar publie la lettre :

tt Spezzîa, 7 novembre 1847. — Mon cher bon, je t'écris un mot parce que je suis troublé par les événements que je vois s'accumuler de tous côtés. Je commence a m'alarmer sérieusement; et dans ces moments-là, on aime à causer avec ceux en qui on a confiance. La mort de Bresson ïû^bl funeste , et je pense qu'elle t'a produit le même effet. Je laisse de côté le triste effet produit à Naples, où les lois sur le suicide sont si sévères. Ce qui me touche , c'est la recherche des causes qui ont pu amener ce malheur ; Bresson n'était pas malade , il a exécuté son plan avec le sang-froid d'un homme résolu.

n J'ai reçu de Naples des lettres de Montessuy et d'autres, qui ne me laissent guère de doutes. Il était ulcéré contre le Roi, il avait tenu A Florence d'étranges propos sur lui. Le Roi est inflexible, il n'écùuie plus aucun avis, il faut que sa volonté l'emporte sur tout. On ne manquera pas de répéter, et on relèvera ce que je regarde comme un danger, V action que le père exerce sur tout. Cette action inflexible, lorsqu'un homme d'Etal compromis avec nous ne peut la vaincre, il n'a plus d'autre ressource que le suicide.

» Il me parait difiicilc que cette année, à la Chambre, le débat ne vienne pas sur cette situation anormale qui a effacé la fiction constitutionnelle, ei a mis le Roi en cause sur toutes les ques' tùms. Il n'y a plus de mintstres , lénr responsabilité est nulle ; UnU remonte au Roi. Le Roi est arrivé à cet âge où l'on n'ac-

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