‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 93 sur 122 · ÉVÉNEMENTS DIVERS EN DEHORS DE LA SESSION · texte numérisé non relu

ÉVÉNEMENTS DIVERS EN DEHORS DE LA SESSION

pour avoir proposé résolument de constater les progrès introduits dans cette législation depuis 1789. C'était proclamer d'avance que la Révolution, dans Tun de ses principaux résultats, celui qui intéresse au plus haut degré l'honneur, la liberté, la vie des citoyens, ne redoutait pas la comparaison avec l'ordre de choses qu'elle a renversé et auquel elle a substitué ses principes.

Je dis la comparaison, car c'est là le travail qui était à faire :

P Rappeler ce qui existait avant 1789; en signaler les défectuosités et les inconvénients ;

2^ Mettre en relief les principaux changements survenus dans la législation criminelle depuis cette époque ;

S'* Montrer en quoi ces changements méritent la préférence, et constituent par là même un véritable progrès;

A"* Enfin jeter un coup d'œil autour de nous pour voir jusqu'à quel point l'exemple donné par la France a été suivi, et comment quelques-unes de nos réformes ont pénétré chez les autres peuples, même chez ceux dont les gouvernements ont pris le plus à tâche de décrier et de combattre notre Révolution.

Ce long travail avait exigé que j'y consacrasse plusieurs de mes vacances judiciaires (en septembre et octobre de chaque année). Enfin, en 1847, j'y mis la dernière main, et je me proposais de le présenter à l'Académie lors de la reprise de ses séances.

Mais, avant de m'en dessaisir, j'eus l'idée d'en extraire le sujet de mon discours de rentrée. — C'était encore, dans ma pensée, une manière de servir le Gouvernement; car mon but, dans ce discours, a été d'arriver à cette conclusion que, a depuis soixante ans, » le Gouvernement du roi Louis-Philippe est le seul

» qui n^ail pas abusé de la justice pour la îaire servir » d'inslrument à des passions politiques; — le seul, » qui , au lieu de s'exaspérer en présence des attaques » et des complots dont il était l'objet, en portant des » lois d'exception, a constamment respecté le droit » commun, adouci la législation, modéré les peines, » multiplié les grâces.... »

Ce discours me valut plusieurs lettres de félicitations, parmi lesquelles j'en ai choisi deux qu'on trouvera dans les Annexes: — l'une de M. Rossi, qui, à cette époque, nous représentait à Rome, et dont le suffrage en pareille matière est celui d'un maître; l'autre, de M. le duc d'Aumale, alors gouverneur général de l'Algérie, qui en déduit d'utiles réflexions sur l'état de cette colonie.

Mort de Madame la princesse Adélaïde, (31 décembre 1847.)

Un événement bien douloureux vint porter le deuil au sein de la famille royale. La mort de Madame la princesse Adélaïde, arrivée presque subitement le 31 décembre ', affligea profondément le Roi, le priva d'un sage conseiller, et. laissa près de lui un grand vide. Deux jours encore,... elle aurait pu apprendre les vaillants succès obtenus par son neveu le duc d'Aumale, en Afrique, et la nouvelle de la prise d'Abd-el- Kader, connue le 2 janvier à Paris! — Et cependant on peut dire aussi que, pour elle, elle mourut à propos: felix etiam opportunitate moriisl car elle ne vit pas la sinistre journée du 24 février; elle ne vit pas con-

* Voyez tome !•' des Mémoires, pages 382 et 543, sur la mort et les obsèques de cette Princesse.

394 ÉVÉNEIIEXTS DIVERS EX DEHORS DE LA SESSION, sommer la chute da trône, l'exil et k ruine de tous les siens I

Le Roi lui-même en jugeait ainsi , comme on va le voir par la lettre qu'il m'écrivit du lieu de son exil , le 1^ janvier 1849, en réponse à celle que je lui avais adressée pour l'anniversaire de la mort de cette excellente princesse.

u Star et Garter, Ricbemond, lundi, I*' de janvier 1^49.

» Mon cher Président , croyés que je partage bien de tout mon cœur les émotions dont vous étiés pénétré , en m'écrivant la lettre que je viens de recevoir de vous. Quand j'ai perdu cette excellente sœur, si tendrement aimée, et qui vous appréciait tant, j'étais encore loin de m'attendre à ce que je ne tarderais pas à devoir presque remercier Dieu de l'avoir appelée à lui avant l'explosion des désastres que l'année 1848 devait faire éclater sur la France et sur nous. C'est le sentiment général de tous ceux qui lui étaient attachés comme vous; et quoique son courage fût inébranlable, que serait-elle devenue , dans l'état d'affaiblissement physique où sa maladie l'avait fait tomber, pendant les neuf longs jours de cette odyssée, presque miraculeuse, que mon excellente et bien-aimée Reine a si noblement et si laborieusement traversée avec moi?

» Je vous remercie ainsi que Madame Dupin d'avoir fait dire à Raffigny une messe pour le repos de son âme. Vous n'avés point oublié, ni moi non plus, que c'est il y a trente et un ans que je vous ai vu pour la première fois ; mais peut-être ne vous rappelés-vous pas un détail dont ma mémoire locale a conservé le souvenir : c'est que cette première entrevue avec vous sous la conduite de M. Henrion de Pansey, a eu lieu dans le

salon vert de l'appartement de ma pauvre sœur au Palais-Royal.

» Je ferai comme vous , point d'affaires aujourd'hui. Rien que des vœux de bonne année pour vous et pour madame Dupin, et surtout des remerciements bien sincères et bien vifs pour le zèle que vous déployés dans la défense de nos droits de propriété et de la fortune de ma malheureuse famille. J'y ajoute de tout mon cœur l'expression de mes anciens et constants sentiments pour vous. — L. P. »

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