‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 97 sur 122 · COUP D'OEIL SUR LES PAYS ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

COUP D'OEIL SUR LES PAYS ÉTRANGERS

cher les deux expressions de blâme , fut rejeté à une majorité de 43 voix. Sur 413 votaots, 185 se prononcèrent pour l'amendement, 228 le rejetèrent. On passa ensuite au scrutin sur la phrase même de l'Adresse. L'opposition s'abstint. La phrase fut adoptée par 223 boules blanches contre 18 boules noires (11 février).

Cette phrase doctrinaire était ainsi conçue ; a Les » agitations que soulèvent des passions ennemies et des n entrainemenis aveugles, tomberont devant la raison y> publique , éclairée par nos libres discussions ou par i> la manifestation de toutes les opinions légitimes. »

Un amendement de M. Sallandrouze , ayant pour objet de faire insérer dans l'Adresse un vœu favorable à la réforme parlementaire, fut rejeté le lendemain à une majorité qui, cette fois, se trouva réduite à 33 voix. ~ Déjà, Je ministère s'était prononcé négativement sur cette question; et M. Guizot se prononça de nouveau dans le même sens, en précisant avec énergie les intentions du Cabinet.

Après ce dernier incident, la Chambre passa au scrutin sur Tensemble du projet d'Adresse. L'opposition s'abstint de voter. Sur les 244 votants, l'Adresse réunit 241 suffrages.

Coup d'œil sur les pays étrangers.

Si l'on jette nn regard sur les différents Etats du continent à cette époque, on voit que des événements de la plus hante gravité se préparaient et s'accomplissaient, a Partout on sentait comme un immense effort vers la liberté. » Partout cet effort , légitime en soi y mais accompagné de symptômes divers et d'agitations plus ou moins bruyantes^ inspirait aux gouvernements des craintes fondées , pour la solidité du pou-

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voir qu^oo voulait réformer, et pour la liberté ellemême, que la licence pourrait compromettre.

Un chroniqueur de cette époque , d'un caractère froid , constamment modéré , et en général assez bon appréciateur, résume ainsi la situation ' :

tt Le pouvoir absolu abdiquait en Allemagne, pour n^étre pas contraint d'engager une lutte impossible. En Italie , la cour de Vienne assistait immobile au réveil d'une nationalité qu'elle croyait morte depuis trois siècles. Les princes, d'accord avec les peuples, acceptaient, sous la dénomination d'union douanière, le principe d^ une fédération jwliiique , seul mode d'existence possible pour V Italie émancipée.

n Lord Minto était envoyé à Rome, en apparence pour engager le gouvernement et le peuple d'Italie à se conduire de manière à éviter la calamité d'une intervention militaire étrangère. La France s'associait à ses conseils, mais avec une loyauté que ne partageait peut-être pas le gouvernement britannique.

» Il y avait en Italie un parti peu nombreux, mais ardent et actif, qui rêvait de détrôner rois et pape, de détruire noblesse, clergé, bourgeoisie, pour établir sur les ruines de la société moderne une égalité chimérique, et pour faire de l'Italie une vaste république dont Rome deviendrait le centre. Mécontent des réformes, trop lentes à son gré , inaugurées par S. S. Pie IX et par S. M. Charles-Albert, ce parti excitait les peuples à une révolution radicale. C'est dans ce but qu'il profitait des dissensions de la Suisse, et qu'il cherchait à élever cette guerre civile à la hauteur d'une guerre nationale, essayant par là de faire naître dans le sein des masses un fâcheux principe d'imitation. * Fouquier, Annuaire de 1848, p. 7.

COUP D'OEIL SLR LES PAYS ÉTRANGERS. 433 » Ces dangers, l'opposition française se plaisait à les méconnaître. L'alliance de la France avec T Au triche n'était-elle pas une honte et un motif de suspicion légitime ? Ne fallait-il pas enfin avouer que les Autrichiens étaient à Modène? Que signifiait ce calme de la diplomatie française, en face de Vintrusion violente de Vinjluence autrichienne dans les affaires d'Italie? C^^xmir Périer avait-il ainsi agi, disait-on, dans des circonstances identiques? La politique d'aujourd'hui n'avaitelle donc plus ces susceptibilités qui autrefois faisaient sa gloire et sa force?

» Toutefois, une seule difficulté sérieuse paraissait peser sur la politique française; elle résultait de la tournure inattendue qu'avaient prise les événements en Suisse , et de l'empressement de lord Palmerston à compliquer de ses mauvais vouloirs et de ses inexorables rancunes une situation dont la gravité commandait peut-être plus de réserve »

Le radicalisme venait de remporter en Suisse une victoire dont l'efiTet menaçait de s'étendre au loin. Il avait trouvé dans ce petit Élat un foyer de communisme et de démagogie, un asile pour les réfugiés des autres États; plus que cela, une citadelle pour les combattants. L'influence de ces succès et de ces doctrines réagissait sur l'esprit des populations italiennes. On correspondait, on fraternisait dans les banquets; les toasts dans les divers pays se correspondaient, et, comme l'a dit l'auteur que je viens de citer, u il est » évident qu'il se tramait contre les gouvernements «assis, libéraux et absolus, une vaste conspiration » démocratique, dont les sociétés secrètes de Paris, de- » puis longtemps comprimées, mais toujours vivaccs, » étaient le cœur et la tête. »

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