‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 98 sur 122 · IV. M · texte numérisé non relu

IV. M

434 SESSIOX DK 1848.

L'agitation en France jusqu'au 2^ février.

Revenons maintenant à la France. — L'Adresse venait d'être votée péniblement; mais, pendant ces débats de la Chambre, que se passait-il au dehors?

Nous avons vu que tout se préparait pour le banquet de Paris , un banquet monstre ! et ce que M. Duvergier de Hauranne, le grand agitateur, avait appelé a un acte éclatant de résistance légale ! »

Cependant, parmi les députés de l'opposition, tous ne partageaient pas celte ardeur fébrile. A mesure que le jour fixé approchait, quelques-uns des chefs de l'opposition commencèrent à redouter l'extrémité à laquelle ils allaient en venir. Les factions ennemies qui les poussaient devant elles leur inspirèrent de vives alarmes. Plusieurs même furent informés que leurs personnes ne seraient pas en sûreté. Pour provoquer un mouvement insurrectionnel, les conspirateurs républicains pensaient, disait-on, à faire d'eux des martyrs ^ Les chefs de la gauche voulurent conjurer, par un arrangement amiable, les périlleuses conséquences d'un conflit; ils sondèrent à ce sujet des membres importants de la majorité. Le ministère crut qu'il pouvait sans danger entrer en pourparler sur ce point. — Des négociateurs furent nommés des deux côtés, u 11 fut convenu* qu'il y aurait un banquet pour la forme; que le premier toast porté , un commissaire de police som-

* C'est ainsi qu'aux approches du 10 août , « le capucin Cha- -n bot avait, dit-on, pressé avec instance deux de ses collègues de li le tuer et de porter son corps sanglant dans le faubourg Saint- Ti Antoine, pour exciter contre la Cour la fureur populaire. « {Biographie universelle, de ATichnud.)

* Fouquier, loco cituto^ p. G9.

AGITATIOY EX FRANCE. 435

merait la réunion de se dissoudre, ce qu'elle ferait sans résistance; et que la difficulté légale, débattue entre Topposition et le Gouvernement, serait portée devant la justice du pays. »

Le président Sauzet trouvait cetarrangement superbe! ce Ce n'était pas, dit^il page 245 de son apologie', ce n'était pas un spectacle sans grandeur et un médiocre hommage à ce respect des lois, caractère dominant de l'époque, que de voir, d'une pari, le Gouvernement avec son organisation puissante et son action sur la discipline armée; de l'autre, V opposition avec son ascen* dant moral sur l'entraînement des masses agitées, s'incliner devant la toge pacifique (Tunjuge de paîœ, et remettre le différend de ces deux grandes forces du pays au souverain arbitrage du plus modeste délégué de l'inviolable hiérarchie de la magistrature. »

Verba et voces! Vaines paroles! Je crois, au contraire, que cette transaction, qu'on excusera tant qu'on voudra par ses motifs, était, au fond, de la part de l'opposition comme de la part du ministère, un abandon de principes : chacun d'eux manquait de foi dans la rigueur de son droit. Aussi, il arriva ce qu'on devait en attendre. Cette première capitulation * précipita , ainsi qu'on va le voir, les complications qu'on voulait prévenir.

Les chefs de l'opposition avaient stipulé pour un

* u La Chambre des Députés et la Kévolutian de Février, par lil. Sauzet, ancien Président, 1851. In-S*^.

^ On aurait pu traduire ainsi ce {aitil compromis : — ^ Entre les députés de Topposition ... représentant la future émeute ^ d'une part; et les députés de la majorité,.... se faisant fort pour le Mir nistère, d'autre part; — a été convenu ce qui suit :... — Fait double, sous nos seings privés.... «

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parli dont ils n'étaient pas maîtres. Le 21 an malin , le National et la Reforme publièrent un programme de la manifestation qui devait avoir lieu : c'était un appel à la garde nationale, aux écoles , à la population entière. Les commissaires du banquet y traçaient l'ordre de la cérémonie, y marquaient le rang de chacun dans le défilé, et usurpaient les droils et le langage de la police de la Cité, réglant l'ordonnance d'une fêle publique.

On jugera du caractère et du danger de ce programme par l'extrait suivant :

u La Commission a pensé que la manifestation devait avoir lieu dans le quartier de la capitale où la largeur des rues et des places permet à la population de s'agglomérer sans qu'il en résulte d'encombrement.

n A cet effet, les Députés, les Pairs de France, et les autres personnes invitées au banquet s'assembleront mardi prochain, à onze heures, au lieu ordinaire des réunionsde l'opposition parlementaire, place de la Madeleine, n<> 2.

r Les souscripteurs du banquet qui font parlie de la garde nationale sont priés de se réunir devant l'église de la Madeleine, et de former deux haies parallèles, entre lesquels se placeront les invités.

» Le cortège aura en tôte des officiers supérieurs de la garde nationale qui se présenteront pour se joindre à la manifestation.

n Immédiatement après les invités et les convives, se placera un rang d'officiers de la garde nationale.

n Derrière ceux-ci , les gardes nationaux formés en colonnes suivant le numéro des légions.

» Entre la troisième et la quatrième colonne, les jeunes gens des écoles, sous la conduite des commissaires désignés par eux.

n Puis les autres gardes nationaux de Paris et de la banlieue dans l'ordre désigné plus haut.

» Le cortège partira à onze heures et demie, et se dirigera par |a place de la Concorde et les Champs-Elysées , vers le lieu du banquet. »

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