‹ Mémoires de M. Dupin (volume 2)Chapitre 99 sur 122 · AGITATION EX FRANCK · texte numérisé non relu

AGITATION EX FRANCK

Un banquet! — Ce mot n'était plus employé que pour la forme : il s'agissait bien d'autre cbose vraiment! Il s'agissait désormais d'une grande manifestation populaire , d'une promenade dans les rues de la capitale !...

Ce programme effrayant jeta les Députés de l'opposition dans de grandes perplexités. Si quelques-uns voulaient marcher à tout risque, et disaient, comme Lamartine : u... Le resle n'est plus dans nos mains; le reste est dans les mains de Dieu. » (c'était déjà Valeajacta est)] — d'autres, moins aventureux, reculaient devant les dangers d'un aussi violent appel aux passions populaires.

Dans ces graves circonstances, M. Odilon Rarrot crut indispensable, dans la séance du 21 février', d'interpeller le Cabinet sur ce qu'il comptait faire relativement au banquet. M. Duchatel n'hésila pas à répondre , en déclarant que , a jusqu'au programme publié le matin dans les journaux , il avait cru qu'il ne s'agirait que d'une affaire de procès -ver bal; maïs que, puisqu'il y avait un pouvoir en dehors du Gouvernement et des Chambres, pouvoir qui agissait, ordonnait des choses de police, le Conseil avait résolu unanimement d'empêcher lu manifestation du Undemain, n

Les chefs de l'opposition avaient été aussi surpris que le Ministère lui-même par le programme des républicains. — M. Odilon Barrot n'en avait point encore connaissance, lorsque M. Vitet et M. de Momy allèrent lui demander l'explication d'une violation aussi flagrante du traité. — M. Barrot et ses amis , dont les yeux s'ouvraient trop tard sur la fatalité de leurs al-

* Voyez le MonUeur du 22, p. 480, col. 3,

liances, eurent au moins la fermeté de renoncer au banquet, qui, devant l'interdiction du Gouvernemenf , ne pouvait plus être que le rendez-vous d'une insurrection. Le 22 j la déclaration suivante parut dans les journaux de l'opposition :

tt Une grande et solennelle manifestation devait avoir lieu aujourd'hui en faveur du droit de réunion contesté par le Gouvernement. Toutes les mesures avaient été prises pour assurer Tordre et prévenir toute espèce dç trouble. Le Gouvernement éinit instruit depuis plusieurs jours de ces mesures, et savait quelle serait la forme de cette protestation. Il n^ignorait pas que les députés se rendraient en corps au lieu du banquet, accompagnés d'un grand nombre de citoyens et de gardes nationaux sans armes. Il avait annoncé Fintention de n'apporter aucun obstacle à cette démonstration, tant que Tordre ne serait pas troublé, et de se borner à constater, par un procès-verbal, ce qu'il regarde comme une contravention, et ce que Topposition regarde comme V exercice d'un droit. Tout à coup , en prenant pour texte une publication dont le seul but était de prévenir les désordres qui auraient pu aailrc d*une grande affluence de citoyens , le Gouvernement a fait connaître sa résolution d'empêcher par la force tout rassemblement sur la voie publique, et d'interdire, soit à la population soit aux gardes nationaux, toute participation à la manifestation projetée. Cette tardive résolution du Gouvernement ne permettait plus à Topposition de changer le caractère de la démonstration ; elle se trouvait donc placée dans Talternative — ou de provoquer une collision entre les citoyens et la force publique, — ou de renoncer à la protestation légale et pacifique qu'elle avait résolue. Dans cette situation, les membres de Topposition, personnellement protégés par leur qualité de députés, ne pouvaient pas exposer volontairement les citoyens aux conséquences d^une lutte aussi funeste à Tordre qu'à la liberté.

» — L'opposition a donc pensé qu'elle devait s'abstenir, et laisser an Gouvernement toute la responsabilité de ses mesures ; elle engage tous les bons citoyens à suivre son exemple.

n — En ajournant ainsi Texercice d'un droit, Topposition prend envers le pays Tengagement de faire prévaloir ce droit par toutes

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les voies constitutionnelles : elle ne manquera pas à ce devoir; elle poursuivra, avec persévérance et avec plus d'énergie que jamais^ la lutte qu'elle a entreprise contre une politique corruptrice, violente et anti-nationale.

r — En ne se rendant pas au banquet, l'opposition accomplit un grand acte de modération et d'humanité. Elle sait qu'il lui reste à accomplir un grand acte de fermeté et de justice. »

Ainsi tout le inonde avait changé d'attitude et de détermination :

V Les factieux, au lieu d'un banquet pacifique y avaient voulu déployer une formidable manifestation;

2° Le Gouvernement , sentant combien un procès-verbal et un procès de police seraient une faible digue contre ce torrent, avait déclaré qu'il s'y opposerait ^

3"* Les députés de l'opposition , efirayés des projets de leurs auxiliaires, devenus leurs maîtres, battirent en retraite et ne voulurent plus ni du banquet ni de la démonstration. — *.

Ils parlaient de n'employer désormais que les voies constitutionnelles! et pour paraître, aux yeux de leurs redoutables adhérents, faire quelque chose en ce genre, ils n'imaginèrent rien de mieux que de di*esser à froid contre les Ministres un acte d'accusation. — Et pourquoi cette accusation? Parce que les Ministres ne voulaient pas laisser accomplir une manifestation que l'opposition elle-même regardait comme dangereuse, puisqu'elle avait renoncé à y assister!

C'est ainsi que les prétendus chefs des agitations populaires, quand ils ont imprudemment contribué à les soulever, deviennent, dans l'exécution, les instru-

* Voyez dans les Annexes le portrait dédaigneux et presque injurieux que porte M. Louis Blanc sur cette opposition dynastique.

menls et le jouet de ceux que, dans leur orgueil, ils

se flattaient de pouvoir couduire et modérer I

Quoi qu'il en soit, voici le texte de cette accusation:

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