CHAPITRE DIXIÈME
Fufils Gliqnet. — Gonsidérttlont qui décident k gouvernencBt à rachat de fusils. — Entrevue avec le maréchal Gérard. — Mon pte- Biier Toyageen Angleterre.— Traité avec le gouTernement anglais et avec les fabricans de Bûtningham. — Traité avec le maréchal Soult. — Réponse aui critiques qu'on a faites du prii et de la qualité des fusils livrés par moi.-* Démenti donnée ceui qui ont parlé de pot de vin. — Impossibilité d'avoir d'autres fusils. — Ineiéculion des nombreux marchés passés entre le ministère de la guerre et beaoeoup d*autres foumisteurt . — Allaire Lange et Glarcfc.
La situation où se trouvait la France, après la révolution de juillet et l'élection du roi Louis-Philippe, offrait un spectacle rassurant de force et de grandeur; mais si la composition du gouvernement faisait penser qu'on marcherait dans des voies conformes aux besoins, à la dignité du pays, cette sécurité éprouvait quelque atteinte quand on se reportait vers la^litique étrangère.
U était naturel de se demander si les puissances européennes verraient d'un œil calme notre révolution; si, malgré la modération dont la France
avait donné des preuves pendant et après les trois jours j les souverains alliés n'auraient pas quelque appréhension pour leur propre sûreté, et si la crainte d'une propagande hostile à l'organisation politique de leurs états ne les pousserait point à se liguer contre nous, pour refouler des principes antipathiques à la nature de leur pouvoir.
Aucune manifestation de la part des cabinets étrangers n'était venue encore révéler des intentions arrêtées à cet égard ; mais on n'ignore pas que la diplomatie a soin de masquer et non de trahir les dispositions réelles de ceux qui la dirigent, et que les faux-semblans des relations amicales peuvent cacher des projets d'agression. En un mot, on sait qu'il est dans l'habitude des cabinets de préparer les moyens de faire la guerre avant de la déclarer.
Le gouvernement français désirait sincèrement la paix; mais une sage prudence l'invitait à se mettre en mesure pour le cas de guerre, et, d'après la vieille maxime, si vis pacenij para bellum, il était de son devoir d'assurer au pays tous les moyens de défense que la situation commandait.
Si la guerre avait malheureusement éclaté sans que notre gouvernement eût fait tous les efforts , tous les sacrifices nécessaires pour^ mettre le pays sur un pied de défense respectable , comment le ministère aurait-il pu se laver d'une pareille faute, justifier une telle incurie? On n'eût pas manqué de
MÉMOIRES DE M. GISQCET. 173
crier à la trahison et d*appeler sur lui la réprobation universelle.
Des ordres avaient donc été donnés pour réparer nos places fortes^ notamment celles de la frontière du Nord^ qu'il fallait, avant tout^ mettre à Tabri d'un coup de main.
Personne n'ignore qu'en y comprenant le corps d'armée qui se trouvait en Afrique^ il ne restait pas sous les drapeaux quatre-vingt mille hommes , après la dislocation des régimens lors de la chute de la restauration. Une levée considérable venait d'être prescrite légalement, et des dispositions étaient prises pour que notre armée fût portée à cinq cent mille hommes^ en cas de guerre. Le chiffre des gardes nationales dépassait quinze cent mille sur toute l'étendue de la France.
On dut s'occuper sérieusement d'armer cette force imposante. Comme il entre dans les prévisions d'une campagne militaire d'assurer un approvisionnement de trois fusils par fantassin, quinze cent mille fusils eussent été nécessaires pour l'armée active, et, en n'attribuant qu'un fusil par homme pour l'armement de la garde nationale , soit encore quinze cent mille fusils, c'étaient trois millions de fusils qu'il fallait avoir en bon état de service.
Le ministre de la guerre, après s'être fait rendre compte de l'état de nos arsenaux , avait reconnu que le nombre des fusils disponibles ne s'élevait
in MÉMOIRES DB M. GISQUET.'
pas à plus de huit cent mille. On voit quelle différence énorme existait entre les besoins et les ressources.
Les fabriques d'armes de l'État étaient loin de pouvoir augmenter sensiblement cette quantité dans un bref délai; celle de Saint-£ tienne, seule, oflrait les moyens propres à une grande fabrication ; mais, en y développant toute lactivité possible, elle pouvait fournir au plus quarante mille fusils dans le courant de la première année.
Il est bon de dire, pour les personnes qui manquent de notions sur la fabrication des armes, qu^ellc présente beaucoup plus de difficultés qu'on ne le pense.
Le bois particulièrement (on préfère à tout autre le noyer) doit être préparé, pour cet usage, plusieurs années à l'avance. Si Ton employait un bois dont la dessiccation ne fût pas complète, la chaleur et rhumidité agiraient de manière à mettre promptement l'arme hors de service.
Ceci explique les soins et le temps indispensables pour une solide confection.
Vainement le ministre de la guerre avait fait un appel aux fabriques indigènes, et accepté toutes les offres des manufacturiers français; il resta démontré qu'on n'atteindrait pas au quart du chiffre nécessaire, en accordant même une année à Texécution des marchés.
MÉXOimSS INB X. OISOUST. 175
Cependant les circonstances devenaient pressantes : ce n'était pas à une époque éloignée qu'on pouvait reculer Tarmement ; la question de paix ou de guerre devait être résolue dans qiielques mois. D'ailleurs le général Lafayette , commandant général des troupes nationales du royaume, réclamait chaque jour, avec les plus vives instances^ la délivrance de fusils, pour laquelle liù-mème était assailli de toutes parts ; et, à défaut de fusils français , il demandait qu'on envoyât des agens pour faire acheter des armes à l'étranger.
Le temps s'écoulait ; il importait de prendre une décision.
A l'issue d'un conseil des ministres, je fus invité par M. le maréchal Gérard à me rendre auprès de lui; c'était le V' octobre.
Là j'appris que l'intention du gouvernement était d'acheter des fusils anglais. Ma coopération aux événemens de juillet et au succès de la cause nationale m'avait mis assez en évidence pour qu'on song^ à me confier cette mission.
M» le ministre de la guerre me demanda si j'étais disposé à la remplir sans retard, et, sur ma réponse affirmative , il m'écrivit une lettre dans laquelle il m'autorisait à acheter, en Angleterre, trois cent mille fusils pour le compte de la France. Il m'était recommandé d'obtenir un délai pour la ratification des marchés. Un crédit de trois millions
était mis à ma disposition , à valoir sur le prix de ces armes.
Aucune commission , aucun avantage ne m'était promis ; je remplissais là une mission gratuite et toute de dévouement.
Le 4 octobre j'arrivai à Londres.
L'opinion générale était qu'en Angleterre on trouvait des approvisionnemens particuliers de fusik et des manufactures capables d'en confectionner des quantités considérables avec rapidité. Si je partageai cette erreur, j'en fus bientôt désabusé.
N'ayant rien trouvé à Londres, je me rendis le lendemain à Birmingham , où étaient précédemment établies les grandes fabriques d'armes de l'Angleterre. Mais les ateliers se trouvaient presque tous fermés depuis long-temps ; les ouvriers s'étaient livrés à d'autres occupations, et les négocians avaient , pour la plupart, employé leurs usines à une destination différente.
Je vis dans la même journée les principaux manufacturiers, dont la réponse uniforme peut se traduire ainsi : « Depuis la paix , nous ne fabriquons » plus, si ce n'est des fusils en petit nombre, des- » tinés pour la traite; c'est-à-dire d'une qualité » tellement inférieure , qu'ils ne seraient d'aucun » usage en Europe. » J'acquis en outre la certitude que , les matériaux et surtout les bois leur manquant, il faudrait un délai beaucoup plus long
que celui qui m'était indiqué pour exécuter une commande de cette importance.
Dans une seconde entrevue avec les fabricans, qui s'étaient concertés entre eux, ils me proposèrent leur intervention auprès de leur gouvernement pour me faire livrer une partie des fusils qu'il avait en réserve dans ses arsenaux , et particulièrement dans la tour de Londres.
Une telle proposition entrait beaucoup trop dans le but de ma mission pour que je ne me hâtasse pas de l'accepter; et, à l'instant même^ il fut conclu un traité entre eux et moi^ par lequel il était stipulé 1"^ que lesdits fabricans emploieraient toute leur influence pour décider le gouvernement anglais à me vendre les fusils dont la France avait besoin j 2^ qu'en cas de succès de cette négociation, je leur allouerais une commission d'environ 70 centimes par fusil; et 3** qu'ils ne pourraient en fabriquer que pour V Angleterre ou pour la France pendant le cours d'une année j à moins d'une autorisation spéciale de ma part.
Les fabricans vinrent à Londres avec moi, et nous fîmes ensemble les démarches auprès du ministère, présidé alors par le duc de Wellington. '^
Dans la requête que les manufacturiers lui présentèrent, ils faisaient valoir plusieurs considérations déterminantes : leurs ateliers mis en activité
pendant les guerres de Fempire, pour le compte du 1. 1*
178 MÉMOIHES D8 M. «ISQUET.
gouyernement, s'étaient tus réduits à une subite stagnation au retour de la paix; ils en aTaient éprouvé d'imm^ises préjudices : leur industrie était paralysée^ et leurs usines avaient perdu presque toute leur valeur. Ds réclamaient depuis quinze années une indemnité, motivée sur cette raison que leurs fabriques avaient été oi^anisées pour satisfaire aux commandes de TÉtat; qu'ainsi, en donnant aux falnricans les moyens de reprendre leurs travaux, ceux-ci trouveraient une sorte de compensation qui les satisferait;
Qu'à cet eflet , si le gouvernement consentait à livrer la quantité d'armes demandée par la France, il en retirerait l'avantage de les remplacer successivement par des fusils neufs que les manufacturiers s'engageaient à confectionner avec les matériaux existans dans les arsenaux, lesquels recevraient ainsi un emploi utile au lieu de se détériorer;
Qu'enfin , cette double combinaison présentait encore l'avantage de remettre en activité une branche d'industrie utile aux intérêts de T Angleterre, et d'occuper une population nombreuse d'ouvriers dans l'une des plus grandes cités manufacturières des trois royaumes.
• Une réponse favorable me parvint au bout de huit jours. Le ministère anglais consentait à tenir à la disposition de la France cinq cent soixante-six mille fusils, désignés sous le nom de India-Patem,
XiMOlKES DI X. GISQUR. 179
et soigneusement conservés dans le vaste arsenal de la Tour de Londres ; le prix en était fixé à 25 schellings et 6 pences soit par fusil 32 Irancs 51 centimes.
Pour n'avoir pas besoin de revenir plus tard sur œs chifires, je dirai tout de suite qu'il fallait ajouter à ce coût primitif les firais d'emballage y d'expédition^ le fret, l'assurance j les frais de réception à Calais j les commissions à Londres et à Calais , les chances de rejet , les frais de voyage, de correspondance^ etc., et les intérêts; ce qui produisait un chiffre total de 34 francs 90 centimes par fusil , prix auquel fut conclu , comme on le verra plus tard, mon marché avec le gouvernement français.
Qu'il me soit permis de faire remarquer la haute signification et le haut intérêt, sous le rapport politique, résultant des deux traités dont je viens d'offrir Tanalyse.
Le premier, conclu avec les fabricans de Birmingham, auxquels s'étaient associés ceux de Londres, interdisait aux autres états de l'Europe la possibilité de se procurer des armes en Angleterre pendant une année, terme plus éloigné que celui où la France pouvait admettre l'éventualité d'une tentative d'invasion; et le second, conclu avec le ministère Wellington, mettait immédiatement l'énorme quantité de cinq cent soixante-six mille fusils à la disposition de la France.
N'était-ce pas là un acte très^ignificatif , une
preuve des intentions amicales du gouvernement anglais à l'égard de notre révolution , qui venait à peine de se consommer? N'était-ce pas une sorte d'alliance que la politique anglaise formait avec la nôtre? Et, sans avoir la prétention de croire que je puisse m'attribuer le mérite d'un si grand résultat, je puis du moins demander à tous les hommes graves^ versés dans les matières politiques , si un tel acte n'était pas de nature à faire naître l'hésitation parmi les puissances hostiles à notre pays?
Quoi qu'il en soit , je fus de retour à Paris le 1 9 octobre, porteur de ces deux traités, et heureux du succès de ma négociation.
Le ministre de la guerre, tout en me témoignant beaucoup de satisfaction des traités conclus, me fit connaître l'embarras qu'on éprouvait à les réaliser sous le rapport financier ; et d'ailleurs, je crus m'apercevoir que M. le maréchal était dominé par d'autres préoccupations.
C'est qu'alors il était question d'un changement de ministère qui ne tarda pas à s'effectuer. Toutefois , ne voulant pas exposer son successeur aux chances d'une prescription du traité pour la ratification duquel un délai de quinze jours avait été consenti , M. le maréchal Gérard me chargea de demander une prolongation de dix jours, qui me fut accordée par le gouvernement anglais.
Dans ces circonstances, M. Laffitte arriva au pou-
voir, et M. le maréchal Soult remplaça M. le maréchal Gérard au ministère de la guerre.
Je ne tardai pas à réclamer de M. le maréchal Soult une solution que je n avais pu obtenir de son prédécesseur; mais la question d'argent souleva encore une sérieuse objection ; et y sur l'invitation du ministre» j'eus à ce sujet un entretien avee M. Laffîtte^ président du conseil et ministre des finances.
La situation du trésor ne permettait pas d'y puiser les vingt millions nécessaires au paiement des fusils achetés ; après plusieurs conférences, on renonça à l'exécution des marchés conditionnels ^
Le gouvei*nement anglais se trouva^ par ce fait , dégagé envers la France ; mais mon traité avec les manufacturiers de Birmingham et leurs co-associés de Londres demeura obligatoire pour eux à mon égardy en ce qui concernait les commandes que j'avais le droit de leur faire et l'interdiction de la faculté de vendre à d'autres.
Les choses restèrent en cet état jusqu'aux premiers jours de décembre. Alors M. le maréchal
' Je crois pouyoir rappeler ane circonstance de fort peu d'intérêt, et <iui pourtant doit trouver ici ta place : après l'abandon de raffaire, je réclamai de M. le maréchal Soult le remboursement de mes frais de yoyage, s'élevant à une somme d'environ cinq mille francs; je n'obtins <iu'un refus motivé sur le défaut d'un crédit spécial au budget de la guerre, et ces dépenses ne m'ont jamais été remboursées.
182 atMoniEs bb m. «squet.
Saulty reconnaissant de |du8 en plus l'impuissance des nombreux soumissicmnaires qui s'étaient obligés à lui fournir des fusils; préToyanl avec raison que les grandes quantités promises se réduiraient à de faibles livraisons, et pressé d'ailleurs par l'urgence des besoins ^ voulut bien me demander si ^ par suite de mes précédentes démarches, je ne serais pas en mesure d'effectuer une fourniture d'une certaine importance.
Le ministre ajouta qu'il ne s'agissait aucunement de donner suite à la mission dont j'avais été chargé ; que c'était là un projet abandonné dont il ne devait plus être question, et que, si je faisais un traité avec des marchands pour fournir des armes à son département, ce serait, non plus comme agent du gouvernement, mais seulement en qualité de fournisseur ordinaire : « Je veux, me dit-il, pour » ne point m'écarter des régies prescrites, avoir » des fournisseurs responsables, qui soient tenus » de me livrer leurs fusils dans nos arsenaux à » leurs risques et périls. A mesure des livraisons, » je ferai faire Tinspection des armes , et quand M elles auront été reconnues conformes aux conw ditions requises et reçues par les officiers d'ar- » tillerie, j'en ferai ordonnancer le paiement. »
Je priai M. le maréchal Soult de m'accorder quelques jours pour lui faire une réponse catégorique.
D'après les instructions que je donnai immédia-
MÉMOIEES DE M. GISQUIT. ISt
tement à Tageni particulier que j'avais laissé à Londres^ il passa un marché conditionnel qui repro* dnisait les clauses principales de celui fait à Birmingham, et par lequel les fabricans s'obligeaient, d'une manière absolue, à me livrer deux cent mille fîisils dans un délai de six mois. U m'était accordé peu de jours pour ratiCer ces conditions.
Muni de ce contrat, j'offris au ministre de k guerre la fourniture que je pouvais effectuer. Sur sa réponse favorable , ne doutant pas de la condusion définitive du traité , je m'entendis avec M. de Rothschild pour entr^Nrendre cette opération. Le concours de cette maison puissante me dévalait indispensable, car il s'agissait d'acheter et de payer des armes pour une valeur de six millions avant de pouvoir réclamer le prix de vente.
Une autre considération , puisée dans la haute influence et dans Timmense crédit dont la maison Aothschild jouissait sur la place de Liondres , dut aussi me faire regarder comme un précieux avantage cette communauté d'intérêts.
Aussitôt que M. de Rothschild fut d accord avec moiy nous présentâmes notre soiunission collective au ministre, qui l'accepta, le 9 décembre 1830| pour deux cent mille fusils, au prix de 34 francs 90 centimes, dont j'ai déjà fait mention.
Je repartis pour Londres, afm de ratifier le marché conditionnel et d'en hâter l'exécution.
C'est ici le cas dédire que laposilion des manufacturiers s'était améliorée sous le rapport des moyens de fabrication; ils avaient mis à profit l'intervalle écoulé pour obtenir de leur gouvernement les matériaux qui leiu* manquaient et pour réunir des ouvriers expérimentés. Il y avait donc presque certitude d'arriver, dans le délai fixé, à l'accomplissement de leurs obligations envers moi, et des miennes envers le gouvernement français.
Cependant, voulant éviter l'éventualité d'un retard , même involontaire , nous fîmes conjointement des démarches pour obtenir du gouvernement anglais une grande partie des fusils que j'avais à fournir, et c'est avec beaucoup d'hésitation que l'on se décida à nous en céder environ quatrevingt-dix mille, qui furent promptement expédiés sur Calais, à compte de ma fourniture. Le complément des deux cent mille fusils m'a été successivement livré par les manufacturiers aux époques déterminées.
Le ministre de la guerre avait institué une commission composée de douze ofliciers d'artillerie pour procéder, à Calais, à la vérification de ces armes; elle eut lieu avec un soin, une sévérité audelà de mes prévisions : chaque fusil était démonté, tous les canons éprouvés deux fois à triple charge , toutes les pièces scrupuleusement examinées ; les moindres imperfections devenaient une cause de
HÉMOIRES DE M. GISQUET. 18S
rejet; et, en définitive, sur les cent dix mille fusils fournis par les fabricans, trente-cinq mille avaient été mis à Técart, pour des réparations ou améliorations jugées nécessaires.
Les travaux qu'exigeaient les armes ainsi refusées ont été évalués, d'après les tarifs de Tartillerie, à une somme de 160 à 180,000 francs, dont j'ai tenu compte au ministre de la guerre, en déduction du prix de mes fournitures.
Voilà quelle a été la marche, depuis son origine jusqu'à sa liquidation , de la fameuse affaire dite des fusili'Gisquet ; affaire qui a été si long-temps et qui est même quelquefois encore Tobjet de tant de déclamations passionnées.
Les gens qui en ont raisonné et déraisonné sous l'influence de l'esprit de parti, parfois même sous les inspirations de la jalousie et dans rignorance des faits, ont tellement dénaturé le caractère de cette opération, qu'il me serait impossible de passer en revue ce dédale d'imputations inexactes; je me bornerai à résumer en trois points les griefs délayés dans des milliers d'articles de journaux :
1 ^ Les fusils ne valaient rien ;
2^ Ils étaient trop chers ; beaucoup de gens en ont offert à des prix moins élevés ;
3^ Cette affaire a donné lieu à des tripotages d'ar^^ gent.
Je vais répondre à ces trois points capitaux.
186 MÉMOIRES DK M. QISQUET.
i * Les fMsiU ne valaient rien.
A cela je répliquerai que rarmée anglaise n'en a pas d'autres; que l'Angleterre nen fournissait pas d'autres à ses alliés, et que c'est avec ces armes qu'elle a fait toutes les guerres dans l'Inde, en Europe et en Amérique. J'ajouterai qu'à l'exception de la forme, moins agréable à Tceil que celle de nos fusils , principale cause de la répugnance que l'on éprouvait à s'en servir en France, ces armes , sous plusieurs rapports^ pouvaient rivaliser avec les nôtres ; les épreuves auxquelles les canons ont été soumis démontrent suffisamment leur qualité supérieure; mais par cela même qu'ils sont plus solides, ils sont plus loiutls et d'un plus fort calibre, et il faut convenir que le travail des pièces accessoires est moins perfectionné que dans les fusils de nos fabriques, et qu'au total ces derniers sont d'un usage plus conunode et plus facile.
Aussi ne saurais-je trop répéter que l'impossibilité d'avoir des fusils français, que l'absolue nécessité enfin, a| seule &it passer sur ces inconvéniens, et décidé l'acquisition tant blâmée. Je pourrais d'ailleurs faire remarquer que cette question m'est étrangère ; je n'étais juge ni de la forme ni de la qualité ; et, du moment où notre gouver* nouent se résignait, pour des causes qui pouvaient fort bien m'être inconnues, à m'acheter deux cent mille fusils anglais, mes seules obligations cousis-^
MÉMOIRES DB M. GISQUKT. IflST
laient à les livrer conformes aux modèles. Mais j'ai Toulu aller au-delà de ma justification personnelle : c'est pour cette raison que j'ai cru devoir rappeler les circonstances dans lesquelles nous nous trouvions à l'époque où cette afiaire a été conclue.
2^ Les fusils étaient trop chers ; beaucoup de geus «» aioaieul offert à des prix moiiM élevés.
Je demanderai d'abord ce que c'est, en matière d'économie commerciale, que la cherté ou le bon marché d'une chose ? U y a cherté, je pense, toutes les fois que le prix excède la valeur réelle et de convenance de la chose au moment de l'acquisition; il y a bon marché toutes les fois que le cas contraire se présanite. Tout est donc relatif, dans la hausse ou la baisse du prix, aux circonstances qui l'ont prodoite.
Des fusils de guerre, tels que ceux dont il est question, seraient chers maintenant au prix de trente-cinq francs, parce que cette nature de marchandise n'est plus recherchée, qu'on n'en a plus besoin, qu'il n'y a plus d'acheteurs, qu'on a pu en fabriquer en grande quantité, et qu'on serait peutêtre d'autant plus disposé à vendre que les occasions de s'en servir deviennent heureusement fort rares. En un mot, le nombre des fusils actuellement existans excédant la somme des besoins, ils pourraient être considérés comme trop chers, même à des |Nrix très-inférieurs à celui auquel je les ai vendus.
Mais à l'approche d'une guerre, les fusils sont une marchandise très-recherchée quand on en manque, -et dont les prix seraient sujets à de grandes variations, si les armes étaient l'objet d'un commerce libre de toute entrave ; et, par une conséquence naturelle^ ils seraient sans débouchés et presque sans valeur dans les temps de paix générale.
C'est donc un véritable non-sens de prétendre que les fusils achetés pour la France, en 1830, étaient trop cAer5. En avait-on besoin? pouvait-on en avoir à de meilleures conditions dans les mêmes délais? Telles sont les vraies, les seules questions a examiner; et, pour les résoudre, je ne veux que rappeler en substance le discours prononcé par M. le maréchal Soult, devant la chambre des députés, le 1 iS mars 1 832. Voici les renseignemens communiqués par le ministre, et consignés dans le Moniteur du 17 mars 1832.
(c Si tous les engagemens avaient été remplis, il » aurait été versé dans les arsenaux de l'État deux » millions soixante-sept mille cent dix fusils , dont V huit cent ti'ente-deux mille fusils français, qui » devaient être fournis par des soumissionnaires, » et le reste provenant des fabriques royales. Sur » ce nombre, il n'est entré dans nos arsenaux que » cinquante-quatre mille trois cent quatre-vingt- » sept fusils. Des soumissionnaires qui s'étaient
» engagés à fournir cent mille fusils dans Vannée » n'en avaient fourni, au 1 " mars 1 832, que douze » cents 1 D'autres, qui devaient en fournir cent vingt )} mille, ne nous en ont donné que quatre mille six » cent soixante, etc.
» Pour 1 832, aucun marché particulier n'a été » passé; et, à l'égard des marchés de 1831 , le mî- » nistère, voyant le peu d'espoir d'obtenir les armes » qu'on s'était engagé à livrer, a déjà résilié beau- » coup de ces marchés, et se propose de résilier » également tous ceux dont les conditions n'auront » pas été remplies. »
Ces paroles nous révèlent deux choses : la première, c'est que le ministère français avait accepté les ofires d'un grand nombre de fournisseurs, puisque le chifire total des achats s'élevait à deux millions soixante-sept mille cent dix fusils ; la secondci que, de tous les soumissionnaires, je suis le seul qui ait pu remplir ses engagemens. Pourquoi donc s'est-on acharné à dénigrer mon opération? Pourquoi, pendant neuf ans, a-t-on déblatéré contre elle? a-t-on reproduit jusqu'à satiété les mêmes critiques? Ne serait-ce point, par hasard, parce que, moi, j'ai été un fournisseur sérieux, parce que j'ai exécuté fidèlement ce que j 'a vais promis ? parce qu'enfin cette ponctualité de ma part a d'autant mieux fait ressortir ce qu'il y avait d'impuissance et de déception de la part de mes concurrens? Mes torts, à
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leurs yeux, ou aux yeux de certains journalistes, seraient-ils donc d'avoir donné le mauvais exemple d'une scrupuleuse exactitude? Je rxe saurais le croire; j'aime mieux admettre que ma situation politique a été la véritable cause des criailleries de mes détracteurs.
L'esprit de parti, à défaut de motifs légitimes, s'est emparé d'un prétexte poiu* alimenter une polémique aussi injuste dans le fond que révoltante dans la forme; et ce qui en doit fortifier l'opinion, c'est que cette polémique n'a pris un caractère de violence permanente qu'à partir de l'époque où je suis devenu préfet de police, c'est-^-dire qu'après la liquidation de mon entreprise.
Il n'est peut-être pas hors de propos de dire qu'après la révolution de juillet, et aussitôt qu'on put soupçonner nos besoins d'armes, la spéculation se jeta, avec son avidité ordinaire, sur ces sortes d'opérations. Un grand nombre d'individus, dont plusieurs étaient même étrangers au commerce, alléchés par l'espoir de gros bénéfices, devinrent tout-àcoup soumissionnaires pour la fourniture de fusils, et souvent sans avoir aucune notion sur cette branche d'industrie, aucun moyen de réaliser leurs engagemens. Il semblait qu'il suffisait de vouloir des fusils pour en trouver ; qu'il en existait des magasins à la disposition de tous, sur tous les points de l'Europe; et qu'enfin on pouvait faire des marchés
VÉllOimBS DB M. 6I8QUBT. 191
k liTrer pour des fusils comme on en ferait pour des barriques de sucre ou pour des balles de coton.
Le discours de M. le maréchal Soult confirme Vexactitude de ces réflexions, et nous apprend en même temps ce que sont devenus tous ces marchés, et combien étaient illusoires les espérances des spéculateurs.
Pour ne rien omettre, je dois revenir sur une assertion souvent répétée : on a dit qu'à la même époque où le gouvernement français m'achetait des fusils à trent&quatre francs quatre-vingt-dix centimes (que je payais vingt-cinq schellings et six pence à Londres), les prix courans de Birmingp» ham constataient la possibilité d'en avoir à douze ou quinze schellings. Eh ! oui, sans doute ; mais j'ai dit quelle espèce de fusils on confectionnait alors à Birmingham : c'étaient des fusils pour la traite, les seuls qui eussent un débouché, les seuls par conséquent qu'on eût intérêt à y fabriquer. J'ai dit aussi que c'étaient des armes de pacotille, plus dangereuses pour ceux qui voudraient s'en servir que pour ceux contre qui on en ferait usage.
On conçoit que les gens assez peu versés dans cette partie pour ignorer des faits aussi notoires doivent également ignorer, à plus forte raison, comment les nègres eux-mêmes font subir des changemens notables à ces armes avant de les employer.
Je terminerai mes observations relatives au prix des fusils-Gisquet par la citation d'un seul fait :
L'on se souvient que les manufacturiers anglais s'étaient interdit, en traitant avec moi, la faculté de faire des ventes à d'autres sans ma permission. Eh bien ! quand j'eus complété ma fourniture, dont partie avec des fusils de la Tour de Londres, il me restait un excédant exigible. Les fabricans, auxquels beaucoup d'acheteurs s'étaient inutilement adressés depuis six mois, me demandèrent, comme une faveur, de leur abandonner le droit que j'avais sur cet excédant, dont ils trouvaient à tirer un parti avantageux ; ils me donnèrent pour cette cession un bénéfice de huit à neuf francs par fusil, et ils les revendirent encore avec profit pour eux. De ce fait résulte incontestablement que la valeur courante des armes en question était bien supérieure à mon prix de vente au gouvernement français pendant la période de mes livraisons.
Ceci explique aux personnes jalouses de tout connaître pourquoi le compte à demi entre la maison Rothschild et moi a pu offrir des bénéfices en dernière analyse, lors même que le marché conclu avec le ministre de la guerre eût été onéreux.
Mais y aurais-je gagné une somme importante, jamais bénéfice n'aurait été plus légitimement acquis. J'étais négociant, fournisseur à mes risques et périls ; cette opération m'a exposé à des chances énor-
MÉMOIRES DE M. GISQUST. 19S
mes, m'a donné beaucoup de peine, beaucoup d'en» nuis, m'a fait perdre un temps considérable, que je pouvais employer utilement dans d'autres entreprises.
Elle a été la cause unique d'un incident malheureux, dont j'ai beaucoup souffiert, et à l'occasion duquel la malveillance ne m'a pas épargné.
J'ai raconté précédemment que la mission con* fiée à me^ soins par le maréchal Gérard m'avait retenu à Londres jusqu'au 1 7 octobre i 830, et que mon retour à Paris avait eu lieu le 1 9 : c'était un dimanche. A mon arrivée, j'eus la douleur d'apprendre que mes représentans s'étaient vus dans la triste nécessité de refuser le paiement d'une somme de cinquante mille francs, montant des traites fournies sur ma maison par un sieur Rosey, de Rouen. Le tireur devait en faire les fonds à l'échéance ; mes employés y comptaient, et le jour où le sieur Rosey devait remettre ce capital, il suspendit ses paiemens.
Cet événement imprévu ne permit pas à ma maison d'acquitter les traites dont il s'agit à l'époque de leur exigibilité, c'est-à-dire le samedi dix^huit octobre; mais aussitôt mon arrivée, le dimanche dix-neuf^ je réalisai quelques valeurs, et dès le lendemain les cinquante mille francs furent ao* quittés sans protêt.
Tel est l'incident auquel un journal, depuis long-
W HÉMOimSS DE H. GISQUBT.
temps oublié^ a fait allusion, et qu'il a charitablement qualifié ^i tenues que je répugne à reproduire,
3"* Celle affaire a donné lieu à des Iripolages d*ar^ gent.
Je n'ai pas attendu jusqu'à ce jour pour repoufr« ser énergiquement , et en public ^ cette odieuse calomnie ; et la manière dont je me suis expliqué a suffisamment prouvé toute l'indignation qu elle m'inspirait.
Cette calomnie, publiée par le journal la Tribune dans une multitude d'articles, a été dictée par une haine tellement aveugle, tellement gratuite contre MM. le maréchal Soult et Casimir Périer, et la renommée de ces illustres citoyens les place si haut dans l'opinion publique, que je rougirais de renouveler des détails qui pourraient avoir ra[^)arence d'une justificaticHi. Je me contenterai de répéter que tout ce qui a été dit au sujet de prétendus pot^-devin, de prétendus tripotages d'argent, est d'une insigne fausseté, et que jamais opération de commerce ou entreprise se rattachant aux services publics n'a été traitée avec plus de loyauté et de désintéressement.
Ce fut vers k mois de juillet 4831 que cette feuille formula pour la première fois une accusation positive, en affirmant que MM. Soult et Périer «vtient reçu un pot-<fe-vin d'un million. Sur la
MÉMOnSS DE M. GISQUIT. IM
plainte de ces deux ministres, le sienr Marrasi fat poursuivi devant la cour d'assises, et condamné à runanimité par le jury à six mois de prison et 3|000 francs d'amende.
Il sanblerait qu'une tdle leçon judiciaire eût dû imposer silmce à la calomnie; mais il n'en fut pas ainsi, et j'ai retrouvé cent fois^ dans la Tribune et dans d'autres feuilles publiques , des imputations équivalentes. Les fusils Gisquet servaient de thième habitud aux dédamatioi» des libellistes, et daas toutes les occasions où l'on voulait jeter du doute siu* la loyauté du gouvernement , sur une mesure d'intérêt général, l'on ne manquait pas de dire que les tripotages de l'afiaire des fusils se reproduisaient sous une autre forme. Finalement, j'ai eu la mortification de me voir, depuis neuf années, pris comme terme de compu^aison chaque fois qu'il s'agissait de quelque saleté financière ; et les absurdités, devenues banades à fom d'être partout colportées, ont tdlement faussé l'opinion publique, que fort peu d'hommes, même tré&-lionorables , ont pu se défendre de quelque injuste prévention.
La narration qui précède sera-t-eUe suffisante pour détromper le jniblic, pour détruire les mauvaises impressions fortifiées par la reproduction journalière des mêmes clameurs, et par la longue durée du temps écoulé? Je crois qu'il n'y a pas trop de présomption à l'errer; et, malgré U pé-
196 KtMOIBES DE M. GISQUET.
nible expérience que j'ai faite de la partialité de quelques publicistes, j'ose encore avoir assez bonne opinion de l'esprit humain pour attendre enfin une complète et tardive justice. Le hommes de bonne foiy même ceux d'une opinion contraire à la mienne, se rendront à l'évidence, et reconnaîtront les méprises dont j'ai depuis si long-temps le droit de me plaindre.
J'ai réimi dans ce chapitre tout ce qui a trait à l'affaire des fusils pour n'être plus obligé d'y revenir.
J'ai dit que la France avait besoin id'une grande quantité d'armes, dans un délai rapproché.
J'ai dit qu'antérieurement à l'époque où fut conclu mon marché avec le maréchal Soult, les propositions faites par beaucoup de soumissionnaires avaient été acceptées.
J'ai dit qu'aucun de ces fournisseurs n'avait rempli ses engagemens.
J'ai dit que l'obstacle principal à la prompte confection des fusils provenait du manque de bois.
J'ai dit qu'il n'existait, ni en Angleterre, ni ailleurs, des approvisionnemens de fusils en bon état de service dont on pût se rendre adjudicataire.
J'ai dit que les manufacturiers anglais n'étaient pas, sous ce rapport, mieux partagés que ceux des autres pays.
J'ai dit, enfin, que la seule fabrication dont on se fût occupé à Birmingham , depuis la paix, était
celle des fusils destinés à la traite des nègres, fusils d'une qualité trop inférieure pour être propres au service en Europe.
£h bien! toutes mes déclarations, corroborées par une multitude de faits qu'il serait fastidieux de reproduire en détail, vont se trouver confirmées par les incidens d'un procès jugé le 21 février 1 835 au conseil d'État. (Voir la Gazette des Tribunaux du 3 mars suivant. )
C'est par là que je terminerai mes longues ex- i
plications. Je crois effectivement qu'il serait superflu d'accumuler un grand nombre de preuves pour arriver à une démonstration complète de ce que j'ai avancé.
Le procès dont il s'agit nous apprend que MM. Lange, Clark et compagnie avaient vendu au ministre de la guerre, le 4 décembre 1 830, les matériaux nécessaires à la confection de vingt mille fusils, avec faculté pour les vendeurs de porter ce nombre à soixante mille fusils, livrables dans les mois de janvier, février, mars et avril 1831. Ce marché disait que les pièces d'armes consisteraient dans les canons, platines, baïonnettes, baguettes, et toutes les garnitures voulues pour chaque fusil, à V exception des hois,ti le prix était fixé à vingt-sept francs.
Je ferai de suite remarquer que ce prix, en évaluant seulement la valeur des bois au taux ordi-
198 KÉXOIEES DE M. 6ISQUET.
naireen temps de paix, établit déjà un chiffre équivalent à celui des fusils Tendus par moi, et encore doit-on ajouter que c'étaient des pièces détachées^ qu'il fallait ajuster et monter aux frais de l'État.
Mais que serait-œ si je faisais entrer en ligne de oompte rénorme plus-value des bois à cette époque où ils manquaient généralement?
Certes, on avait fait la condition fort commode et fort belle à ces soumissionnaires ; on les avait mis dans la position la [dus favorable, puisqu'on les dispensait de fournir précisément l'objet qu'il était difficile et presque impossible de se procurer.
On verra néanmoins que les vendeurs, malgré tous ces avantagesj ont été dans l'impuissance de remplir leurs engagemens.
Tout ceci résulte de l'ordonnance qu'on va lire, rendue par le conseil d'État, sur l'instance ouverte par MM. Lange, Clark et compagnie, tendant à obtenir une indemnité.
JDÉCSUON mi GONSSIL d'sTAT.
pi fê^er 1886.)
cr En ce qui touche la demande de la compagnie » Lange et Clark, tendant à être admise à faire rë- » parer, en France, les pièces d'armes rejetées par la » commission de vérification des armes portatives ,
ji CcMisidérant qu'il résulte des proeëa-verbaux
XÉXOIBES DB II. GISQtm. IM
» de ladite commission, en date des 5, 1 4, 1 6 et 29 » mars 1 831 , que les pièces d'armes présentées à n la vérification ont été mises au rebut pour cause » de défectuosités apparentes, et telles qu'elles n'én talent pas susceptibles d'être soumises à répreuve, n ni rectifiées par de simples réparations ;
» Considérant que le sieur Clark, présent à I4 » visite, a reconnu lui-même les défauts signâtes, » et a demandé que la vérification des treize autres » caisses n'eût pas lieu, attendu que les canons n qu'elles renfermaient étaient semblables à ceux » qui avaient été examinés;
» Considérant qu'il résulte, soit du jugement » porté par la commission , soit de l'adhésion du w sieur Clark, que lesdites pièces ont été dëfinitij} vement rejetées, et devaient, aux termes de l'ar- >» ticle 5 du marché, rester pour le compte de la » compagnie;
» Considérant que notre ministre de la guerre » ayant fait remettre à la compagnie, soit le fusil » modèle n® 1 **, soit les instructions relatives aux » épreuves, il a été complètement satifait aux disn positions du marché, et qu'ainsi les vices de fâ- » brication sont du fait de ladite compagnie ;
» En ce qui touche la réexportation des pièces » rejetées, et les mesures prises par le ministre de * la guerre pour en assurer l'exécution ,
>i Considérant que Tintroduction des armes étran-
» gères en franchise de droits n'a été autorisée par » le marché du 4 décembre 1 830 qu'à raison des » circonstances, et afin de pourvoir aux besoins » momentanés du service de la guerre ; qu'ainsi, » c'est avec raison que notre ministre de la guerre » a pris les mesures nécessaires pour mettre l'ad- » ministration des douanes en état d'assurer la » réexportation des pièces rejetées, et qui ne peu- » vent ainsi jouir de l'exception autorisée par le » marché;
» En ce qui touche la demandé d'un nouveau » délai pour opérer les livraisons arriérées ,
» Considérant que notre ministre de la guerre a » tenu compte à la compagnie des retards appor- » tés à la remise du fusil modèle et de ceux prove- » nant de l'interruption de la navigation des ca- » naux en Angleterre, qu'ainsi il a été satisfait à » toutes les prorogations de délais prescrites ou » autorisées par le marché ;
» En ce qui touche la demande des dommages- » intérêts,
» Considérant que, quels que puissent être les » pertes et les dommages éprouvés par la compa- » gnie Lange, Clark, ils proviennent de son fait, » et ne peuvent ainsi imposer aucune responsabi- » Uté au département de la guerre;
» En ce qui touche le résiliement du marché du » 4 décembre 1 830 ,
» Considérant que la compagnie Clark n'a pré^ » sente, dans les quatre mois fixés par ledit marché « pour les livraisons, que quinze cents pièces d'ar- » mes de chaque espèce, sans qu'elles aient été ac- » compagnées de leurs garnitures et de leurs baïon- » nettes, ainsi que le prescrivait Tarticle 3 dudit » marché;
» D'où il suit qu'en prononçant le résiliement de » la convention du 4 décembre 1830, notre mi- M nistre de la guerre n'a fait qu'user de ses droits » résultant de l'inexécution des engagemens con- » tractés par la compagnie Lange et Clark ;
» La requête des sieurs Lange, Clark et compa- » gnie est rejetée. »
Mes expéditions d'armes ayant été à peu près terminées en juin 1 831 , mon retour déGnitif à Paris eut lieu le 2 juillet 1 831 .