‹ Mémoires de M. Gisquet, écrits par lui-mêmeChapitre 20 sur 67 · CHAPITRE QUINZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUINZIÈME

Situation des partis politiques. — P«rti républicain. — Société des Amis du Peuple. ~ Parti bonapartiste. — Parti légitimiste. — Saiot-simoniens. — Les phalanstériens. — L'église française ( culte de l'abbé Cbatel). — Les étalagistes.

Examinons maintenant quelle était la situation et la force des partis politiques au mois d'octobre 1 831 , époque de mon point de départ dans la carrière administrative.

PARTI RÉPtJBUCAIN.

Nous avons vu le parti républicain donnant déjà^ dés le 3 août 1 830, un libre essor à ses passions, essayant d'imprimer la terreur à la représentation nationalci et de faire violence aux opinions des députés; déjà, comme MM. Flocon et Lbéritier nous l'ont appris, cette faction voulait imposer ses vues à l'aide de la force. •

La Société des Amis du Peuple^ dans laquelle se réimirent les bommes de talent et de courage que

je considère comme les chefs de ce paru, fut créée dans ces circonstances où l'on discutait la forme du gouvernement. 11 serait surabondant d'ajouter que, dés l'origine, elle avait pour but, soit d'opposer des obstacles invincibles à l'institution d'une monarchie, soit de travailler à la renverser.

Cette nombreuse agglomération d'hommes jeunes, énergiques, audacieux, qui, pendant la lutte des trois jours, avait acquis beaucoup d'influence sur une portion notable des combattans^ ne tarda pas à ranger sous sa bannière tous les individus que ne satisfaisait pas le nouvel ordre de choses ; tous ceux qui, ayant compté sur les chances d'une révolution sociale, étaient mécontens de voir qu'on resserrât les conquêtes populaires dans le cercle d'une révolution politique.

Malgré les entraves que le pouvoir voulut mettre à la manifestation de leurs projets, les Amis du peuple continuèrent leur active propagande. Un club principal, où se trouvaient quelquefois rassemblés cinq ou six cents personnes, sous la direction des sommités du parti, était devenu le siège d'une sorte de gouvernement républicain, que ces hommes prétendaient fonder au sein du gouvernement monarchique.

L'autof ité intervint ; la justice dirigea des poursuites ; et, loin de l'aflaiblir, ces actes de vigueur semblèrent donner plus de consistance à ce parti.

MÉMOIRES DE M. GISQCET. 257

Le désœuvrement forcé d'une portion considérable de la classe ouvrière, la cherté du pain^ les émeutes périodiques^ et enfin les instigations quotidiennes de ces ennemis de la paix publique, en augmentèrent progressivement le nombre.

Une autre association^ sous le titre de la Liberté, de V Ordre et des Progrès, dont M. Sambuc et plusieurs membres influens de la société des Amis da Peuple étaient les chefs, avait eu une existence temporaire; et dans un procès qui lui fut intenté/ on lui attribuait une partie des troubles qui eurent lieu lors du jugement des ministres; mais la saisie des papiers et le départ de M. Sambuc amenèrent la dissolution de fait de cette société; ses affiliés vinrent encore grossir les rangs des Amis du Peuple.

Quoique cette dernière association présentât une masse imposante d'individus dirigés par des hommes de caractère, et quoiqu'elle eût pour auxiliaires une certaine quantité de ces gens mal famés appartenant à la dernière classe, qui apportaient à des opinions politiques le dangereux secours de leurs bras, elle n'était pas la seule qui fût en lutte avec le gouvernement.

Il en existait beaucoup d'autres, notamment :

'1' La Société des Condamnés politiques, composée d'hommes victimes de leurs principes libéraux sous la restauration, et dans laquelle s'étaient introduits quelques intrigansou escrocs, se prévalant

258 MÉMOIABS ]>E M. GISQUET.

d'une qualité qui ne leur appartenait pas. Il suffira^ pour le prouver, de rappeler que Fieschi avait été admis, comme condamné politique, au nombre des sociétaires, et qu'à ce titre il toucha des secours jusqu'en Tannée 1834» époque où Ton reconnut les fraudes commises par lui dans les pièces produites;

2* La Sœiéié des Réelamans de juillet^ dont un ^eur O^Reilly était le directeur, qui se composait de pius de cinq mille personnes mécontentes de la récompense accordée à leurs services ;

3** La Sociélé Gauloiêt, ayant pour chef principal un sieur ThielmanSj était organisée militairement en décuries, centuries et liions ;

A*" La Soexiti des Francs régénérés ;

5* Une autre qui s'intitulait les Amis de la Pairie ;

6* Une autre sous le nom de Société des Droits de VHomme, qui n'était alors qu'une simj^e section, et qui a joué ultérieurement un rôle si im- .portant quand elle eut réuni les débris de toutes les autres sociétés ;

7"" Il faut joindre à cette liste la Société Aide-toi, le ciel f aidera f dont j'ai parlé; laquelle, après la révolution de juillet, fut continuée sous la direction de quelques hommes de moyens, entre autres M. Gamier Pages, et qui faisait cause commune, quant aux intentions, avec les partisans de la république.

Je néglige une multitude d'autres réunions éga-

Jement animées d'un esprit hostile, qui, en raison du nombre et de la condition des individus, n'offraient pas, à beaucoup prés, les mêmes dangers que celles dont j'ai signalé l'existence.

Ajoutons que le parti républicain trouvait, ou croyait trouver des appuis et des patrons dans quelques notabilités populaires; que des sympathies, publiquement avouées et commentées dans l'intérêt de cette faction , lui donnaient une grande con- 'sistanoe aux yeux du vulgaire, et d'autant plus de confiance dans l'avenir, qu'on essayait la justification des doctrines républicaines jusque dans les discours [prononcés à la tribune nationale. Personne ne peut avoir oublié que les républicains croyaient pouvoir compter au nombre de leurs adhérens des membres de la chambre élective, tels que MM. Cabet, de Ludre, Laboissière, Audry de Puyraveau, Gormenin, Beauséjpur, et même Lamarque, Ha^ pont (de l'Eure) etLafayette.

Disons encore que plusieurs feuilles publiques étaient les cnrganes de cette opinion ; que la Sociéié deg àwii du Peuple faisait des puUicatioûs fréquentes,, tirées à un nombi'e immense d'exemjdaires, pour répandre ses principes sur tous les points de la France, et pour appeler à elle, en égarant leurs esprits, les ouvriers de la capitale, formant une masse de plus de soixante mille hommes.

A «es uioyeBS d'agir sur Topinion publique se

joignaient les efforts individuels, les publications passionnées des co-religionnaires politiques agissant dans les mêmes intérêts^ quoique n'étant pas affiliés à ces sociétés.

Voilà Tesquisse fort abrégée de la situation et des forces du parti républicain dans les derniers mois de 1 831 •

Page 1