PARTI BONAPARTISTE
Les beaux jours de Tempire, de cette brillante époque où nos aigles, entourées d'une auréole de puissance et de gloire, imposaient au monde le respect et l'admiration, avaient produit des émotions trop vives, laissé de trop grands souvenirs et trop flatté l'orgueil national, pour que, dans les rangs d'un peuple aussi impressionnable que le nôtre, il n'y eût pas des hommes qui portassent une espèce de culte à la mémoire de Napoléon.
Combien de cœurs palpitaient encore à la seule espérance de voir son image vivante présider aux destinées du pays ! C'est surtout parmi les compagnons des travaux et des malheurs du grand homme que se réveillaient le plus de sympathies. Qu'on ne s'étonne point si les opinions napoléonistes constituaient un parti ; il serait plus étrange qu'il en eût été autrement. Si le duc de Reischtadt avait eu des vues ambitieuses et l'énergique résolution de son père ; si, au lieu d'être tenu sous le séquestre ou au
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moins sous la tutelle de rAutriche, il eût pu agir par lui-même et proclamer des prétentions sérieuses, il aurait sans doute rallié les généreux débris échappés aux désastres de l'empire.
Alors, son parti serait devenu d'autant plus redoutable qu'on aurait vu s'y rattacher une fraction importante des républicains, et peut-être des noms illustrés sur les champs de bataille.
Mais, soit que le (ils de Napoléon n'eût pas une de ces âmes fortement trempées qui se complaisent dans les grandes scènes politiques et dans les luttes périlleuses j soit, ce qui est plus probable, qu'il lui fût impossible de se dégager des liens qui entravaient sesmouvemens et gênaient sa volonté, il ne prêta point à ses partisans le secours d'une coopération active; l'absence d'un chef considérable laissa son parti dans les mains d'hommes incapables de lui donner de la consistance.
Néanmoins ils agissaient avec zèle; ils avaient pour organe le journal de la Révolutiorij entreprise qui dévora la fortune d'un sieur Lennox; ils associaient à leurs intrigues quelques officiers supérieurs; ils correspondaient avec les membres de la famille Bonaparte, formaient des comités, faisaient de la propagande dans toutes les classes de la population, intéressaient facilement à leurs projets une partie des réfugiés politiques, et, dans toutes les circonstances, excitaient ou secondaient les émeu-
tes et les actes d'hostilité contre le gouvernement.
PARTI LEGITIMISTE»
Nous avons vu que, dès le 14 février 1831, le parti carliste, qui s'était montré pusillanime pendant la lutte des trois jours, avait repris courage quand le danger n'existait plus. De folles espérances avaient déjà égaré les imaginations à ce point, que, même au sein de la capitale, des agens ou des adhérens de la légitimité osèrent manifester publiquement leurs vœux et leurs sympathies. Cette imprudente démonstration n'eut pas de graves inconvéniens pour eux ; mais elle réveilla les haines populaires, et la mutilation de quelques monumens en fut la triste conséquence.
Cinquante années d'expérience n'ont pu éclairer ces hommes sur les véritables sentimens du pays; ils ont conservé leurs illusions , mais ils sont devenus plus habiles dans lart funeste de Tintrigue. Dès qu'ils virent le gouvernement de juillet attaqué violemment par diverses factions, ils s'empressèrent, non seulement de réunir leurs partisans pour en former, autant que possible, des masses compactes, mais encore ils attisèrent le feu des discordes civiles à laide de sacrifices pécuniaires^ et en adoptant quelquefois la bannière des niveleurs modernes.
Dans nos grandes cités, où les légitimistes étaient
MÉMOIftES DC K. GISQURT.
I2t>p faibles pour agir seals, ils secondaient les fittfKBUvfes et les mouvemens des républicains. Le point essentiel pour eox était d'engager une lutte perpétuelle entre les ennemis de Tordre et le pouvoir. Animés d'une même aversion pour le gouver" nemeat de juillet, c'est en l'affiaiblissant par des divisions intestines qu'ib se flattaient de le détruire, soit par la force des baïonnettes étangères, soit par la seule puissance des factions.
Certes, les légitimistes doivent craindre la république autant que les amis du pouvoir actuel; mais il semblait à quelques-uns que cette r^ublique r^ doutable était un moyen de salut pour la cause du droit divin. C'était par les excès qu'entraîne l'usage d'une liberté sans frein qu'ils voulaient dégoûter les peufdesde nos institutions sagement libérales; c'était en poussant les principes à leurs derméees conséquences qu'ils prétendaient nous ramener au point de départ. Ainsi, des hommes aveuglés par la haine, et qui dans l'intérêt de la légitimité remuaient les passions de la populace, surtout à Faris, n'étaient pas retenus par la crainte de livrer fai France aux convulsions de l'anarchie.
Mais il ne faut pas rendre tout le parti solidaire de ces odieux calculs : ce serait de l'injustice. li >jr a, parmi les légitimistes, beaucoup d'hommes ho» norabks, trop attachés à leur pays pour s'aseoder à ces manœuvres criminelles.
Les machinations étaient l'œuvre de] partisans exaltés et d'intrigans qui, dans toutes les circonstances analogues, usurpent la mission d'agir au nom de leur cause^ et souvent la compromettent au lieu de la servir utilement.
D'ailleurs, ce n'était guère qu'à Paris qu'elles pouvaient se pratiquer; sur les autres points, c'està-dire dans les petites localités^ les habitans se connaissent trop pour qu'il soit possible de dissimuler ses véritables sentimens politiques.
Ainsi, tandis que le parti dont il est question se servait dans la capitale de ses propres moyens et des forces empruntées aux autres factions pour détruire le gouvernement, il n'agissait que sous 'sa bannière dans le midi de la France et dans l'ouest.
Des rixes fréquentes avaient lieu dans nos provinces méridionales^ et des bandes armées commettaient chaque jour des a ttentats contre les propriétés et contre les personnes dans la Vendée et les départemens limitrophes.
C'est là surtout que la légitimité s'occupait de réunir des forces imposantes; c'est là que, longtemps d'avance, on préparait un soulèvement général pour offrir à la duchesse de Berry l'appui d'une armée libératrice. Les bandes de chouans, qui, sans attendre l'arrivée de la princesse, se livraient à tant d'actes de brigandages, n'obéissaient pas sans doute à la volonté supérieure ; c^étaient des hom-
mes impatiens, indisciplinés, qui, sous prétexte de servir Henri V, voulaient s'enrichir des dépouilles de leurs victimes, et quelquefois satisfaire des vengeances personnelles.
Mais la narration de ces faits en détail me conduirait trop loin, et je rentrerai dans ma spécialité pour dire que les agens légitimistes recrutaient, à Paris, vers le milieu de Tannée 1 831 , les anciens militaires ayant appartenu aux régimens suisses et à la garde royale, pour les envoyer dans TOuest. Le comte Geslin était un des embaucheurs les plus actifs ; il fut arrêté, ainsi qu'une soixantaine des hommes enrôlés par lui. Us se trouvaient encore tous en prison lorsque j'arrivai à la Préfecture, et ne tardèrent pas à passer en cour d'assises, où plusieurs furent condamnés.
En même temps que ces embauchages s'effectuaient, on n'épargnait pas l'intrigue auprès des ouvriers inoccupés : on leur donnait des secours; on rassemblait en sections tous les gens attachés autrefois au service du château, tous les employés des administrations publiques et particulières, congédiés après juillet ; on leur distribuait des instructions et des armes ; l'on préparait enfin le soulèvement qui éclata dans la nuit du 2 février 1 832, que l'on désigne sous le nom de complot des Prouvaires. J'en laconterai ultérieurement les détails principaux.
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Les sommités du parti ne concouraient d'abord que faiblement à ces menées ; bientôt un comi^ supérieur s'organisa pour donner l'impulsion dans la capitale, et entretenir une correspondance actrre dans les départemens. Douze personnages le composaient; mais, comme des preuves assez posilrre» pour être produites au grand jour n'ont pas été recueillies contre eux, et quoique j'aie à cet égard une entière conviction, puisée dans les renseignemens qui me parvenaient, je dois m'abstenir de les nommer. Seulement, et attendu que des journaux en ont parlé, ainsi que j'aurai occasion de le dire par la suite, je crois pouvoir, dès ce moment, noter que M. le maréchal de Bellune était indiqué par les agens légitimistes comme prenant une part active à la direction de leurs intrigues.
Là ne se bornaient pas les dangers qui menaçaient nos institutions et les embarras qui entravaient la marche du pouvoir.
Non seulement les partis poHtiques dont' je viens de retracer b position s'étaient mis en état de conspiration permanente , et feisasent naître des soulèvemens périodiques, mais encore de nombreux novateurs essayaient l'application de leurs utc^ies dans les matières civiles et religieuses : on voyait s'établir le saint-simonisme , dont les doctrines, proportionnant la fortune et la condition de l'homme à son intelligence , portaient atteinte aux droits de
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prc^iélé consacrés par notre législation y et mettaient en question Vinviolabilité et la force du lien ccmjugal en prêchant le dogme immoral de la communauté des femmes.
Un père suprême, plus infaillible que le pape, que ses apôtres devaient respecter et vénérer comme l'image de la divinité, s'attribuant seul le droit de déterminer, par loi-même on par ses dâégués, la portée et la nature des capacités, se Msait Tarbitre absolu de la répartition des biens et des jouissances terrestres. Il va sans dire que , d'après son incom-' mensurable supériorité intellectuelle , il devait se £ûre une bien large part.
An reste , je ne mets pas esa doute la bonne foi et surtout les talens des saint-simoniens. On trou-^ vait là des hommes très-remarquables, qui depuis ont fait [ureuve , dans d'autres carrières , d'une in^ tdligence peu commune.
C'était par la persuasion seulement que les saint-^ sîmoaiens faisaient des prosélytes ; et je dois leur rendre cette justice qu'ik ont toujours déféré, sanslésbtâmoe active, aux injonctions de lautorité* Mais peat^n garantir, si leur nombre, qui n'a pas excédé six mille, s'était élevé à cent mille, que cette aggrégation eut montré la même soumissioir,^ le même respect pour les organes de la loi? Qui nous dit que dans ce cas les saint-simoniens n'au*» raient pas pris un caractère politique , qu'ils ne
seraient pas devenus les auxiliaires des factions , pour renverser l'ordre établi , et chercher, dans les accidens d'une réorganisation, à faire prévaloir leurs théories?
Nous avions en outre les phalanstériens, sectateurs des idées creuses de Fourrier, ayant pour organe propagandiste un journal, le Phalanstère, comme les disciples de Saint-Simon avaient le Globe, et visant à remanier la société de fond en comble.
Politique , religion , sociabilité, tout était repris en sous-œuvre, tout était remis en question. Un nouveau schisme inquiétait l'Église, par l'érection de celle qui, prenant le titre d'Église française, introduisait dans les liturgies notre langue usuelle.
Ce tableau j que je crois fidèle , présente les divers élémens qui concouraient à la désorganisation sociale, et sous l'action desquels l'ordre public pouvait s'anéantir ; mais on ne se ferait pas encore une juste idée de la gravité de la position si je ne rappelais qu'à cette époque de troubles , où Casimir Périer me confia la direction d'une grande administration, l'impunité était souvent acquise aux délits et aux crimes politiques. Combien de faits, dont la culpabilité frappait tous les yeux , restaient sans répression par suite d'une sorte de vertige qui égarait les esprits et faussait quelquefois l'intelligence et le jugement! On eût dit que, fascinés par le langage captieux des partis, les hommes
chaînés de rendre la justice reculaient devant F accomplissement d'un devoir, pénible sans doute, mais malheureusement indispensable. Peut -être aussi peut-on attribuer ces dénis de justice à l'espèce de terreur que les factions cherchaient à imprimer aux organes de la loi par des menaces de vengeance.
Je rappellerai encore le langage violent et le dévergondage de quelques feuilles publiques dont Texistence s'est prolongée jusqu'aux lois de septembre.
Qu'on veuille réfléchir combien devait être puissante l'influence de toutes ces causes sur une population qui venait de faire l'épreuve de ses forces en brisant un trône et tous les rouages d'un gouvernement. Après une si profonde commotion , le torrent populaire, toujours si difficile à contenir, se refusait à rentrer dans les sages limites de la loi , et reportait sur les nouveaux dépositaires d'im autre pouvoir une partie des préventions et de la haine que leurs devanciers avaient fait naître.
En présence des masses ainsi disposées, et qui, dans leur ignorance , regardaient comme arbitraire tout ce qui faisait obstacle à leur volonté , à leurs caprices , quelle pouvait être la force morale de Vautorité?
Chacun comprenait la liberté à sa manière ; chacun voulait en faire un usage illimité dans son in-
térêt particulier, et croyait , par le fait même de la révolution, en avoir acquis le droit.
Pour en citer un exemple , je rappellerai que la voie publique était envahie par vingt-cinq ou trente mille étalagistes venus de tous les points de la France, qui obstruaient les quais, les ponts, les jdaces publiques, les boulevards de la capitale. « Nous sommes libres , disaient-ils ; nous voulons » être marchands, vendre ce qui nous convient^ » nous établir où bon nous semble ; le pavé appar- » tient à tout le monde; le peuple, depuis les bar- » ricades , a bien le droit de l'occuper. »
On comprend qu'un tel désordre portait le plus grand préjudice au commerce régulier de Paris. En effet , les étalagistes , ne payant ni patente , ni loyer, ni les charges accessoires, faisaient une concurrence redoutable aux marchands en boutique: il en résultait naturellement la dépréciation des loyers et des maisons ; il en résultait l'abandon des marchés publics, dont les revenus appartiennent aux 'hospices ; enfin il en résultait l'impossibilité physique d'exercer une utile surveillance sur la qiudité , la nature , le prix , le mesurage ou le pe« sage des objets mis en vente ; les fraudes restaient impunies, puisqu'on ne pouvait les constater.
Il était urgent de remédier à ces abus , de mettre nn terme à ces envahissemens ; mais comment se lisiire obéir par vingt<-cmq mille individus indisct*
UÉMOHIES BE M. aiSQUET« S7t
plinës j qui avaient contracté Thabitude de méconnaître la voix de rauUMrilé, et qui regardaient comme un droit acquis la prise de possession du pavé de Paris? Les étalagistes étaient d'autant moîns disposés à la soumission , qu'ils trouvaient un avantage matériel dans la continuation de cet usage abusif : c'était pour eux une question de perte ou de jHTofity et l'autorité ne rencontre jamais plus de résistance que lorsqu'elle s'attaque aux petits intérêts.^
Mes prédécesseurs y stimulés par des votes du conseil municipal , avaient essayé , mais inutile^ ment, d'atténuer le mal ^ le nombre des étalagistes et les embarras de la rue augmentaient ^ au con^ traire, dans itte proportion rapide.
J'anticiperai sur les dates, afin de raconter ici quel moyen j'employai , étant préfet de police, pour les faire déguerpir.
Éclairé par l'expérience de mes devanciers , l'inutilité de leurs efforts me fit aisément comprendre que, si je voulais faire rentrer les choses dans un état normal, il ne fallait pas attaquer de front la masse de ces individus : une mesure d'ensemble les aurait aiewe réunis dans un sentiment commun de résistance à l'autorité. Je crus, en conséquence, qu'il convenait d'établir des catégories , et de £ikire mes dispositions de manière à ce qu'une partie des étalagistes devinssent mes auxiliaires.
Cette combinaison réussit : j'expulsai d'abord tous ceux qui n'avaient pas leur domicile à Paris ; puis vint le tour de ceux ayant des magasins ou des boutiques; puis, en troisième lieu, ceux qui pouvaient exercer une profession utile : leur nombre se trouva réduit, par ces mesures successives, à moins de huit mille.
Ne voulant conserver sur la voie publique que les étalagistes pauvres , privés de toute autre ressource , je parvins définitivement , sans collision , sans secousse, à en restreindre le chiffre à trois mille environ : dans cette proportion , leur stationnement ne pouvait plus embarrasser la voie publique.
Alors je les soumis à des règles fixes , et je déterminai les emplacemens exigus qu'il leur serait permis d'occuper; je stipulai aussi que la valeur des objets mis en vente par eux ne devrait pas excéder un franc , afin de ne pas nuire au commerce régulier.
Mon ordonnance du 20 janvier 1832, qu'on trouvera copiée au nombre des pièces à consulter, a définitivement réglementé cette matière.
Le soin et la persévérance que j'apportai à faire observer ces prescriptions débarrassèrent enfin le pavé de Paris d'une foule de causes d'encombrement, et l'on vit, peut-être pour la première fois, Tordre fixé dans cette partie des attributions du
préfet de police; jusque là, c'étaient les commissaires de police, et même des employés d'une classe inférieure y qui accordaient les permissions et qui stipulaient, de leur propre autorité , les conditions à observer.
En général , la population parisienne faisant le commerce a une tendance continuelle à empiéter sur la voie publique. C'est im emplacement qui ne coûte rien , et qui ofire l'avantage d'exposer aux r^ards des passans les objets mis en vente. Si un tel penchant existe chez les commerçans des classes aisées , à plus forte raison se fait-il remarquer dans les classes pauvres que stimule toujours le besoin de gagner. D'ailleurs, l'industrie des étalagistes offi*e un attrait séduisant à ceux qui l'exercent : elle n'exige qu'un très-petit capital, que peu d'expérience et de capacité; elle n'impose aucun tra-« vail, et, sous ce rapport, elle a l'inconvénient de détourner d'une occupation laborieuse , de donner le goût de l'oisiveté, et de prédisposer au vaga-* bondage.
C'est donc avec raison que je voulais tolérer seulement les indigens privés de toute autre ressource, et les personnes qui , par des infirmités physiques, ne pouvaient se livrer à aucune espèce de travail.
Le conseil municipal avait eu plusieurs fois la pensée d'imposer aux étalagistes un prix de location pour les emplacemens qu'ils occupaient; et je
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me souTiens même que M. de Rambuleau avait présenté à ce sujet un projet de délibération. Je m'en 5uis plaint, parce que, dans cette circonstance, malgré le bon esprit dont il s'est toujours montré animé , mon ancien collègue avait empiété sur mes attributions. Ce n'était pas au préfet de la Seine , mais bien au préfet de police, qu était réservé le droit de tolérer l'occupation temporaire de la voie publique , et de stipuler à cet égard les conditions qui lui paraissaient convenables. Quant au projet en lui-même d'imposer les étalagistes , je l'ai toujours vivement combattu , parce que c'était donner le caractère d'une spéculation à des actes de charité ; c'était prélever une sorte d'impôt ou frapper une taxe sur la misère; c'était même outrej^asseï* les limites du pouvoir municipal; car, s'il a le droit de tolérer l'occupation accidentelle de la voie publique , il ne peut en aliéner aucune partie sans une loi spéciale. Or une location à titre onéreux est une sorte d'aliénation , et conséquemment un abus de pouvoir.
J'ajoutais à ces observations le danger qu'il y aurait à se dessaisir du droit de faire disparaître les étalages partout où ils pourraient gêner ou nuire : ce droit serait nécessairement restreint si Ton faisait payer un loyer quelconque.
Enfin j'établissais, par des calculs, la preuve que cette nouvelle source de revenus , onéreuse à une
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fraction de la population qui a le plus de droits à la sollicitude du pouvoir, produirait fort peu de chose à la ville de Paris, et que les frais de perception absorberaient une grande partie de la recette.
Cette dissertation anticipée , à Toccasion des étalagistes, à laquelle j'ai donné, pour ne plus être obligé d'y revenir, l'étendue qu'elle comportait, m'a écarté du point de vue où je m'étais placé en commençant le présent chapitre ; je dois donc ramener l'attention sur l'état des partis politiques dans les derniers mois de 1 831 , et ajouter à l'aspect sombre que présentaient les circonstances une dernière observation pour compléter le tableau.
Beaucoup de manufactures et d'ateliers étaient fermés, et laissaient sans travail une quantité considérable d'ouvriers ; le malaise s'augmentait encore par la cherté excessive du pain.
C'est dans une telle situation et sous de tels auspices que j'acceptai la tache, alors bien difficile^ de diriger la préfecture de police.