‹ Mémoires de M. Gisquet, écrits par lui-mêmeChapitre 23 sur 67 · CHAPITRE DIX-SEPTIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIX-SEPTIÈME

Mfenfe de joaer la pièce de MH . Fonun et Dapeaiy {Proeès d^tm

maréehal de France)*

Indëpendamment de l'état de fermentation qu'entretenaient à Paris les républicains, des enrôlemens carlistes avaient toujours lieu : ils se combinaient à la fois avec les brigandages de la chouannerie dans la Vendée et le complot de la rue des Prouvaires, que préparaient les partisans de la légitimité.

Mon attention n'était pas moins appelée sur les intrigues du parti bonapartiste, dont les ramifica* tions s^étendaient dans les départemens de l'Est, où les souvenirs magiques de l'empire ralliaient à cette opinion bon nombre de militaires et de citoyens.

Mais un fléau plus redoutable tenait en éveil la sollicitude de l'administration : le choléra sévissait dans le nord de l'Europe, et, prévoyant une invasion qui devenait malheureusement probable, je m*oo-

cupais chaque jour, conjointement avec les hommes en position d'éclairer l'autorité, des mesures les plus eiTicaces pour préserver la population des ravages de l'épidémie, ou au moins pour en atténuer l'intensité.

Avant de relater les précautions de salubrité et d'hygiène , les dispositions prises afin de porter sur tous les points de la capitale de prompts secours aux cholériques, mesures auxquelles je concourus avec toute l'activité dont j'étais capable, je vais racon?ter, pour ne pas être obligé plus tard d'interrompre ma narration, quelques incidens survenus dans l'espace de temps compris entre le 1 5 octobre et le 31 décembre, et dont il est indispensable que je fasse mention.

Le premier de ces incidens est la défense que j'ai faite, d'après les intentions des ministres, de jouer une pièce intitulée : Procès d'un maréchal de France^ Cet ouvrage, de-MIVL Fontan et Dupeuty, devait être représenté le 23. octobre^ au théâtre des Ncuveauiéê. Le titre indique assez qu!il. était question^ du jugement du maréchal Ney, et,, par conséquent, de la mise en scène de personnage dont, la pliq^iarti étaient vivana. L'oppositioa du gouvernement fut. signifiée au. directeur du théâtre, M. Langlois; je fis apposer les scellés sur la.saUe, conformément, aux recommandations ministérielles^

Je regrette d'avoir à rappeler que. les auteurs.

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3i¥trÛB par 0^ acte de sëyérité, n'ont pas renoncé de leur propre mouvement à. Tav antage devoir repréaenter leur ouvrage. Ils intentèrent un procès au directeur pour le contraindre à faire jouer la pîèoey sous peine de dommages-intérêts, et appelée renten garaoïtiè^ devant le tribunal de commerce^ le ministre elle préfet de police. Comme on le pense bien, le tnbunal déclara son incompétence, et les demandeurs eurent le bon esprit de ne pas pousser plus loin leur action.

On eût dit q^u a cette époque la société marchait vers une désorganisation entière, et que les hom-^ mes de lettres, les auteurs dramatiques, payant à leur tour un fâcheux tribut aux hérésies d'une nou-^ velle école,, voulaient ti*ansformer le théâtre en arène politique, venir en aide aux factions en développant de pernicieuses doctrines et en cherchant à pervertir les mœurs nationales, le bon goût et l'esprit public.

CsB innova tiouB déplorables étaient aussi contrairea' aux intérêts pécuniaires' des entreprises théa^^ tfoiesique déSsvorablesc à* la réputation de nos aii-> Usan. Bd. éSkv^ l'image du. viœ sous Umtes ses IboHes^.tedéigrBdation'de l'espèce humaine, oflfertea eorspeetefele, n'avaient rien que de repoussant pouo lesi classes élevées et opulentes. Le dévergonda^ étoitairivé à ce point, qu'un honnête père de fiiHnâllene pouvait phis conduire sa femme et sa fille

dans un théâtre sans les exposer à rougir. Aussi les représentations scéniques n'avaient plus pour spectateurs que les parties de la population obligées à l'économie dans leurs plaisirs ; il en résultait cet autre inconvénient de faire une espèce de cours d'immoralité en présence d'un public moins capable de résister aux mauvaises impressions.

Mais, sans chercher ailleurs que dans la pièce de MM. Dupeuty et Fontan un exemple propre à démontrer dans quelle voie funeste on s'engageait, je demanderai où nous aurait conduits un tel système? M'est-il pas possible qu'après avoir mis en scène les juges du maréchal Ney, on ne voulût y faire figurer, par une sorte de représailles, ceux du duc d'Enghien; puis les magistrats, les jurés, dont la mission est de punir les coupables ; les dépositaires du pouvoir de tous les degrés, et tous les hommes contemporains placés dans une position élevée ?

Le théâtre pouvait donc devenir un moyen de satisfaire les haines personnelles et de provoquer l'explosion des passions politiques. Et si à cette époque d'effervescence, de soulèvemens populaires périodiques, des hommes égarés eussent cru faire, comme leurs modèles de 93, un acte de patriotisme en égorgeant ceux qu'on voulait présenter comme des assassins , la faute n'en eût-elle pas été aux auteurs assez imprudens pour exciter aux vengeances

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publiques? et la solidarité n'aurait-elle pas de même pesé sur les hommes du pouvoir, coupables de n*avoir pas empêché ces dangereuses provocations?

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