‹ Mémoires de M. Gisquet, écrits par lui-mêmeChapitre 41 sur 67 · DEUXIÈME PROCLAMATION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PROCLAMATION

ii Concitoyens ! nous laisserons-nous mufoisontier ^ et égorger impmiément? Sous le prétexte que le

» choléra-morbus est à Paris , l'autorité prend des » mesures qui ruinent d'un seul coup une foule d'in- » dustries et de professions. Ainsi quatre mille » chifFonniers sont réduits à mourir de faim, parce » qu'il a plu à l'autorité de faire un nouveau mar- » ché avec des Anglais pour enlever les immondices » hors des heures accoutumées; et l'on s'étonne » que quatre mille hommes, privés subitement de » leurs occupations, se plaignent hautement et » crient à l'injustice !

» Mais ce n'est pas tout : par suite des ordon- » nances ou des prescriptions, voilà les charcu- » tiers, herbagistes, fruitiers, ' légumistes, mar- » chands de poisson sans débit, et avec eux, tous » ceux qui travaillent sous leurs ordres, privés d'où» » vrage ; et les marchands de vins, d'eau-<le-vie, » de liqueurs, de cidre, de bière, etc., etc., et les » ouvriers des ports, et les brasseurs, et une foule M d'autres hommes de divers états, que vont-ils » devenir ? Il y avait cependant déjà assez de mal- » heureux, sans en augmenter le nombre par de » pareilles mesures,

» On assure qu'on a vu des agens secrets de police » jeter des matières infectes dans les brocs des mar- » chands de vins; et l'on s'étonne encore que le peu- » pie crie qu'on veut l'empoisonner! e tquand chacun » fait entendre sa juste plainte, quand les citoyens » consternés, épouvantés des malheurs prêts à fon-

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» dre sur eux, se cherchent, se réunissent pour >} s^en tendre, pour concerter entre eux les démar- » ches à faire auprès de l'autorité, d'infâmes ser- » gens de ville les chargent l'épée à la main, et les » gardes municipaux, qui devraient les protéger, » tirent sur eux sans sommations préalables, ou M les percent à coups de baïonnettes.

» C'est une indignité, c'est une horreur, et nous » ne devons pas la souffrir. J'ai vu un de mes amis » percé d'un coup d'épée; j'ai vu beaucoup d'au- » très citoyens blessés. A Sainte-Pélagie, on a fait » feu sur de malheureux prisonniers, et l'on a tué » le malheureux Jacobéus, blessé une douzaine de M détenus, et peut-être leurs femmes et leurs en- » fans, venus pour les voir, pour leur apporter des » secours et des consolations; et cependant, que n voulaient ces prisonniers? Ils avaient demandé à » l'autorité de n'être pas laissés dans un lieu infect » et malsain, à la merci d'une peste que l'autorité » prétend exister à Paris.

» Voyez que de malheurs vont vous accabler ! » voilà les riches qui quittent la capitale : de toutes » parts on accapare les blés, et bientôt peut-être » la famine va se joindre au choléra-morbus pour » nous décimer.

» Chers concitoyens, réunissons-nous; et si l'au- » torité refuse d'écouter nos plaintes, repoussons » la force par la force. »

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