CHAPITRE VINGT-NEUVIÈME
Projet préMDté par moi tendant à faire réfer? er les placei vacantes de douaniers aux décorés de juillet. — Avantages qui seraient résuites de ce plan.
Les émeutes étaient aussi dans leur espèce un fléau pour le pays; et, de même qu'il se présente toujours des empiriques oflFrant une recette contre les épidémies , il s'en trouvait beaucoup qui proposaient leurs vues pour guérir cette maladie politique.
Après quelques mois d'une expérience acquise dans l'administration de la police^ j'ai cru pouvoir également chercher un remède au mal.
C'était toujours au nom de la révolution de juillet, et pour en réclamer les conséquences, que l'on attaquait le gouvernement. Quelles étaient les conséquences réclamées? Il m'a paru que, pour la plur part des hommes de juillet , c'était une amélioration dans leur situation personnelle. En se battant
pour les libertés publiques, ils pouvaient bien avoir conçu l'espérance vague d'une condition sociale plus heureuse , ce que d'ailleurs je trouve fort naturel et fort légitime.
Les combattans de juillet ne fonnaient pas le gros des émeutes ; mais ils en étaient l'âme , quelquefois même les chefs; et, dans tous les cas, ils excerçaient une véritable influence sur l'esprit des hommes qui prenaient part à ces désordres.
Quoiqu'on eût déjà beaucoup fait pour eux par des emplois donnés aux plus capables, par des grades d'officiers ou de sous-officiers dans l'armée, par des pensions viagères aux blessés, et par des secours en argent distribués aux autres, ils ne se trouvaioit pas satisfaits.
Enlever aux ennemis de nos institutions l'appui de ces hommes énergiques me paraissait un acte de bonne politique. Un moyen m'avait semblé devoir produire cet heureux résultat.
J'avais soumis à Casimir Férier un plan d'après lequel tous les emjdois de simples douaniers qui deviendraient vacans seraient accordés aux décorés et médaillés de juillet, dont le nombre peut être évalué à cinq mille.
Si ma proposition avait été admise, on eut ouvert des listes dans chaque mairie de la capitale, pour y inscrire ceux de ces décorés qui auraient réclamé le bénéfice de cette disposition, hevr nomination
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aurait eu lieu à mesure des extinctions^ d'après un mode équitable déterminé d'avance. J'avais calculé qu'en moins de trois années tous les aspirans eussent pu être satisfaits.
Cette combinaison avait à mes yeux plusieurs avantages : 1 ^ elle éloignait de Paris y pour les reporter vers les frontières , des bommes courageux qui, par le succès même des journées de juillet^ avaient pris goût aux événemens de la rue, et s'étaient fi^miliarisés avec l'idée qu'on pouvait toujours attaquer légitimement le pouvoir quand il ne donnait pas satisfaction aux exigences du peuple.
2^ Elle eût placé sur nos frontières des gens de cœur, capables de remplir avec courage ime mission souvent périlleuse.
3^ En attendant les époques de leur installation successive, les combattans de juillet, au lieu de figurer parmi les adversaires de l'ordre public, seraient devenus, au contraire, par intérêt, les défenseurs, les auxiliaires du pouvoir; Favenir qui leur était assuré les eût nécessairement attachés à la stabilité d'un gouvernement dont la chute eût été la ruine de leurs espérances.
U^ Cette mesure eût imposé silence aux plaintes incessantes ayant pour prétexte l'ingratitude du gouvernement à l'égard des hommes qui avaient fondé le trône de juillet; elle eût, en outre^ exercé une salutaire influence sur l'esprit de tous ceux
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qui , par des liens de parenté ou d'affection , s'intéressaient au sort de ces mêmes décorés.
5** En définitive, c'eût été un moyen de réfuter les accusations, souvent fondées, contre la tendance du pouvoir à ménager les légitimistes, à leur réserver les emplois publics, et à s'éloigner de plus en plus des patriotes.
On n'aura pas manqué de faire cette observation que les emplois de douaniers étaient à peu près les seuls, par leur nature, qui fussent appropriés aux habitudes, au degré d'instruction et à la position sociale du plus grand nombre des combattans de juillet, et qui pussent, par la fréquence des extinctions, offrir im moyen rapide de les employer tous, de satisfaire leur juste impatience d'être mis en activité.
La mort de Casimir Pérîer n'a pas malheureusement permis l'exécution d'un plan qu'il avait goûté, et que je persiste à regarder conune utile et opportim dans les circonstances difficiles où nous nous trouvions.
Je termine ici le premier volume de ces Mémoires, dans lequel je n'ai pu faire entrer qu'une très-courte période de mon administration. On verra dans le volume suivant les détails d'un plus grand nombre de faits qui se rapportent plus particulièrement à mes actes.