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CHAPITRE DEUXIÈME

Dif enes voies par lesquelles la police reçoit des ayis. — Àgens secrets. Causes qui décident les individus à servir la police. — Plusieurs classes d'agens. — Harvey Birsch. — Le marquis de P.... — La police a-t-elle plusieurs centres de direction? — Ruses de quelques individus pour tromper la police. — Conditions nécessaires pour avoir de bons agens. — Rapprochement entre le maire d'une commune et le préfet de police. — Peut-on enlever à la police les matières politiques? — La police est-elle immorale ? — Police faite au profit des journaux.

Le titre de ce chapiti*e pourrait inquiéter beaucoup de personnes qui se sont confiées à ma discrétion : je me hâte de les rassurer; ma narration sera assez réservée pour ne soulever aucun masque; je veux seulement expliquer le mécanisme de xette partie essentielle de la police.

Je n'essaierai pas de réhabiliter la réputation des agens secrets; Topinion publique les frappe d'une réprobation universelle. Je dois dire pourtant qu'il serait injuste de donner trop d'extension à cette

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manière de voir, et de l'appliquer sans distinction à tous les individus qui fournissent des renseignemens à la police. Pour ma part, j'en ai vu beaucoup qui, sans aucune vue d'intérêt personnel , et animés seulement du désir d'être utiles au pays , venaient me communiquer ce que le hasard leur avait appris. Ces révélations accidentelles m'ont été faites par des hommes infmiment honorables, et non moins indépendans par leur fortune que par leur caractère.

Il est même des cas où des citoyens de tous les rangs me signalaient un fait grave, non seulement dans l'intention d'éclairer le pouvoir, mais encore pour requérir en quelque sorte mon concours, ftfin de prévenir un événement fâcheux , préjudicîaUe à la chose publique ou à eux-mêmes, et dont ils me rendaient tacitement responsable.

Entre cinquante exemples analogues que je pourrais citer, M. L.-4S. P...., quoique d'une opinion peu favorafaie au régime actuel, vint me prévemr .que des républicains avaient projeté de faire une barricade devant sa porte , et que sa maison ëtak AéùffÊfée pour y établir un point de défense; jl voyait avec raison dans Tinteiition de ce plan la dédévastation de sa propriété, et peul-étre le massacre de sa famille, (c Si les insui^, me dit-il, formaient un poste cheE moi, la troupe chargée de ks diâmsquer peut y pénétrer par la force, et, dans uu

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jBKmieiit d'exaspération , sait-on à quels excès elle se porterait et fjuels maUieursj aurais à déplorer? •) Les craintes de M. L.-S. P.... étaient fondées; ses indications , confirmées par mes agens, me mirent sur la voie d'un complot dont je fis arrêter les auteurs principaux... Aiira-4-on le courage de blâmer une telle dénonciation, et de prétendre que ce commerçant a perdu ses droits à l'estime ée ses concitoyens pour avoir rendu un service à la police?

Un autre Tait. Deux jeunes gens avaient loué deux chamlnres dans une maison du faubourg Saint-Germain^ occupée par de nombreux locataires. Quel^ ques-uns de ces derniers apprirent que les jeunet gens introduisaient une assez grande quantité de poudre dans leur local, et qu'ils y travaillaient pendant la nuit : les voisins furent 'épouvantés des lAianees d'explosion auxquelles ils étaient exposés, et demandèrent le reofvoi de ces locataires impru- 4étts : mais ceux-ci voulurent demeurer jusqu'à l'exiHration du ferme. Ne sachant alors comment ^diapper aux dang!»*s qui les menaçaient, deux habitans de la maison révélèrent leur inquiétude au commissaire de pokce de leur quartier, et ce fat encore là une dénonciation qui motiva la saisie de poudre, de projectiles, d'écrits séditieux , et l'arrestation de plusieurs conspirateurs.

Le fils d'un homme fort considéré avait déjà été

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compromis au sujet de machinations républicaines; il se trouvait engagé de nouveau dans un projet de révolte dont j'avais une connaissance encore imparfaite ; ce père de famille , ayant reconnu l'impuissance de ses conseils, et redoutant pour son incorrigible fils les suites de cette affaire, qui pouvait, si elle eût éclaté, entraîner une condamnation infamante, vint me prier, les larmes aux yeux, d'ordonner l'arrestation de son fils. J'exigeai qu'il m'expliquât les motifs de cette mesure ; il me communiqua tout ce qu'il savait, ajoutant que sa demande avait pour but de soustraire son fils aux chances de la complicité, et de l'empêcher, par une détention préventive, de prendre part à l'exécution du complot.

Une pareille démarche , dictée par la sollicitude paternelle, ne devrait trouver que des approbateurs ; et pourtant, si elle eût été connue, les écrivains radicaux n'auraient-ils pas essayé de la transformer en un fait odieux? L'esprit de parti, ne voyant les choses que sous une influence passionnée, incrimine souvent ce que la morale ne réprouve pas.

Un élève en pharmacie , se trouvant avec quelques amis, une discussion s'engagea sur l'étendue de ses connaissances chimiques. On eut l'adresse, en piquant son amour-propre , de lui faire écrire une recelte pour fabriquer de la poudre. Ce chif-

foa de papier^ auquel on ne semblait attacher aucune importance, fut pris et conservé par un des interlocuteurs.

Quelques mois plus tard, le confiant élève apprit par les feuilles publiques la saisie opérée par mes ordres d'une fabrique clandestine de poudre, et de papiers qui compromettaient plusieurs personnes. Se rappelant alors les instructions écrites de sa main , et quelques paroles équivoques prononcées devant lui venant confirmer ses craintes, il ne douta point qu'on n'eût fait usage de sa recette, qu'elle ne fût au nombre des pièces saisies. Il s'attendait à être arrêté conune complice, à perdre son emploi, et voyait dans un tel événement tout son avenir compromis.

Pour éviter un pareil dénouement, pour justifier sa conduite, il vint me raconter tout ce qui s'était passé, et me donna sans le vouloir des indications qui m'amenèrent à connaître l'esistence d'une autre fabrique de poudre.

Le résultat curieux de cette démarche, c'est que le jeune pharmacien était absolument étranger à la fabrique déjà découverte, et qu'en voulant s'excuser d'en être le complice , il me révéla par le fait ime fabrication beaucoup plus importante, laquelle, cette fois, était réellement organisée par sa faute involontaire.

Un dernier exemple que je crois devoir rapport

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4er viemlFa encore démontrer qu'il est des siluatkmB oà les hommes les plus scrupuleux sont obligés de donner un avertissement à la police pour échapper à une grande responsabilité et pour conjurer d'autres dangers.

Un homme était en relation avec une famille professant des opinions républicaines; on suj^)06ait •qu'il adoptait les mêmes principes.

Il fut invité à se rendre dans une maison Uerce où devaient se trouver des personnes de sa connaissance ; le motif de la réunion ne lui était pas indiqué; on s'était borné à loi dire qu'il s'agissait d'une ^eonmiunication intéressante; mais, arrivé dans k Maison désignée^ cet homme se trouva au milieu de dix à douze individus, qui, le regardant comme un «des leuis^ discutèrent en sa présence le jdan <»ncerté entre eux pour assassiner le roi.

Le nouvel initié se serait empressé de fuir on et ^létromper les conjurés sur «es dispositions^ s'il Bravait pas d'abord entendu proférer les plus effiroym- Ues menaces «ontre eelni qui manquerait de résolution, qui ne ferait pas came commune jusqu'au dernier moment , et surtout contre celui dont la •discrétion serait suspecte.

Un serment terrible obligeait diacun des oo»spirateurs à samfier sans pitié Unit affilié qui ferait naître le moindre doute quant à son dévouement aveugle et à l'énergie de sa coopération.

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L'homme 4k>nt il s'agit se voyait menacé du pwgnard des régicides , dans ie cas où tl aurak -eu 4'impFttdeace de les contredire, et forcé de prolon- ^r l'erreur dans laqudle on était à son égard.

Les conjurés l'ayant armé comme ils Tétaient eux-mêmes, Temménent avec eux; ils lui assignent un poste et lui rappellent sa consigne. La crainte d'une vengeance immédiate Tavait retenu jusqu'à ce moment auprès de ces misérables.

Une circonstance particulière tenant aux mesures de précautions prises pour la sûreté du roi^ ayant fait renvoyer à un autre jour la tentative d'exécution du crime, le complice involontaire put enfin s'échapper; il se hâte de confiera l'un de ses amis tout ce qu'il vient d'apprendre, avec mission d'«n informer l'autorité^ afin d'éviter au pays l'horneur d'un effroyable attentat.

Le nouveau confident courut en fiure part à une ^mtre persoiuie, et, quelques instans après, ces détails étaient parvenus à ma connaissance. Je n'ai pas besoin de dire que les auteurs de cette atpoce oambinaison f iment mis immédiatement sous la maaa de la justice*

Je pourrads multiplier à l'infini des citations de même espèce; il en résulterait la preuve que , dans une foule de cas, les révélateurs ne méritent pas les épithètes flétrissantes dont on les gratifie ; mais les

exemples qui précèdent me paraissent suffire, et je passe à un autre ordre de révélateurs.

Mille moyens difTérens servent à mettre un préfet de police sur la voie des trames ourdies par les ennemis de Tordre, et souvent, dans le monde, une simple conversation , une remarque faite par une personne qui n'en connaît pas toute la portée, fournissent de précieuses lumières.

L'on pourrait dire avec raison que tout le monde fait de la police comme M. Jourdain faisait de U prose, sans y penser.

Quels que soient le rang et la réserve habituelle des personnes, elles peuvent laisser échapper un mot qui met sur la voie d'une intrigue secrète.

Peu de mes lecteurs ignorent comment Turenne, par une confidence intime , fit connaître , sans le vouloir, un fait très-grave au frère de Louis XIV.

A l'insu de Monsieur, le voyage en Angleterre de la duchesse d'Orléans sa femme, sous couleur d'une visite de parenté, cachait une démarche dont on espérait de hautes conséquences politiques.

U était question d'engager Charles II à fair une démonstration sur les côtes de Hollande, pendant l'invasion que méditait le roi de France. Ce secret d'Étatqu'un très-petit nombre deconûdens tenaient de la bouche du roi, M. de Turenne le savait, et, dans un moment d*abandon , il eut l'imprudence de le confier à madame de Coatquen.... Le duc

d'Orléans Tapprit le même jour ; il fut extrêmement irrité du mystère que la duchesse lui avait fait du véritable objet de son voyage. On sait quelle indignation en éprouva Louis XIV ^ la douleur profonde de Turenne; et Ton se rappelle la mort étrange, imprévue, de la jeune^princesse

Mon intention n'est pas de donner aux choses une importance qu'elles n'ont point, mais je ne puis m'empécher d'exprimer cette vérité , c'est que la police a moins d'agens à ses ordres qu'elle n'en trouve de bénévoles dans toutes les classes de la société. Les indiscrétions inaperçues , les propos en l'air, qui passent dans la rapidité de la couver* sation, sont des sources fécondes pour la police.

Ainsi, quoi de plus ordinaire que d'entendre dans un salon, au milieu du torrent de paroles échangées dans plusieurs groupes, une foule de riens du genre de ceux que je vais citer :

« Le gros Allemand joue d'un bonheur insolent à » labourse, dit un agent de change à des capitalistes » rangés autour de lui. U avait vendu fin courant ^['une forte somme de rentes ; vous savez que la » dernière émeute a produit une baisse de deux » francs, et il a réalisé le jour même un bénéfice de » deux cent mille francs. »

Là c'est une vieille baronne qui s'écrie : te Vos » jeunes gens sont fous avec leurs modes! Hier j'ai

S: MÉHOISBS DE Ml GISQVSr.

» VU SaÎDt-Sf esmm ches ma bdle-sœur ; il portaâl M un gflet aurore avec trois liserés verts ! ConcereBji Tousrassortiment de ces couleurs? Eh bien ! dans A la soirée^ j'ai eu occasion de remarquer ptusieura » éiëgans affublés de gilets semblables : le ridicule )^ pent-ii alfer plus loin? >}

Dans cet angle de salon , un étourdi se paTane an milieu d'un essaim de jolies femmes. L'une d'elles bn demande pourquoi son ami ne l'a pas accompagné. — u Qui ? réj^que le fashionable M d'un ton badin; DaiTricourt?.... ne m'en parles Al pas! j'ai youhi le prendre ce matin pour aller au )fe bob : je l'ai trouré enfoncé dans les calculs, grit » fennant une longue page de cbiffres. Ce sont des » comptes de famille qu'il doit régler au plus vitCi ^ m'ar4-il dit. Tous mes efforts pour le détourner yt de son grimoire ont été inutiles ; impossible de l'en M arracber! »

Ici, tout prés de l'embrasure d'une croisée, un dandy modèle se récrie contre un journal qui , en pvlant de la dernière course , a osé calomnier sa jument , et il ajoute d'un air dégagé : « ïdi été n m'en plaindre au feuilletoniste ; je l'ai même tancé >» inertement, au point que notre petit bomme d'é» )ttaty de Blamont, qui par hasard se trouTaît là, » m'aurait servi de second au besoin ; mais tout Jt s'est arrangé pour le mieux, et ma rive Êolimme M sera rébabiltlée comme il convient. »

Enfin, a dein ivfc.. : «: r.:if S-i > chme cpn «h conte la causée à'. >*> it> r. :/ ^ ^L^'t oher ami, m dit-elle à un bmnf pn^, % .'«s qiii avei An cn^ m dit en haut Iml. dâarrKsrs-«iM « je tous prie, ■ de ces impNtuK ^.iks?^ oui tout je »e saisi (|uel ^ bruit, quelupk>f ^^^zciNuible pendant lu nuit. Et et cela régvlierfinisic tr>is tuis par semaine ; c'est j»ânypasti9n: i

Voilà des sujet- lit *onvprsuion bien peu poliligue<y et qui cerie^ i »m itii de «Mjniinun eu ap[»;i- TfSÈf'e avec det nu)>*r5 le police : un AlIeiiKiinl qui .^ne à la i»our<H: nu ;^i't aunirc aver des luerts Terts; un nioutieur «{ul tait des chîlTi'es ; un antre dont la jumeni <st maltraitée dans un journal ffl une femme que ses voisins ontem|H*(*lii'(: di* donuir.

Cependant ces discours Futiles, quej'^ii iVunis k dessein dans un même cadre, ont eu Wui |>"i t» : tout om offert de précieux renïî^;ijjneuMri-r.

LpjmMir lif Imne m'était si]pialé ajniine n'^î- Tanî l«^ vMuiet de quelques anaiehii»i#.'^. T^w» ' *'** •rre aran-ii anirkiaiphe de lenropiniori ? '•'• qi* '^" ^ni'. ut im niCtt êatuu la clef! J ac.-ïjuL-î la "'f*- ^ù« morale qui a tuit pis itsie èiran^r 5U.\ ifcr^Turr- it & nie, «s eda poor ani«^n» r i:ji> ^^ l«w- ivitiiict une iansie dont ii avâi* îU f • -'

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choisir ailleurs qu'en France le théâtre de ses opérations.

Les liserés verts qui avaient offusqué la baronne étaient un signe de ralliement, et cet épisode m'apprit le nom de quelques nouveaux membres d'une affiliation secrète.

LfC profond calculateur était un espion de Tétran* ger, et ses prétendus comptes de famille composaient une correspondance en chiffres avec les personnages qui remployaient. Grâce à la révélation involontaire de son ami le fashionable, des soupçons vagues se changèrent en certitude , et notre arithméticien reçut l'ordre de quitter la France.

Quant à Vamateur de chevaux^ sa narration indiquait un certain M. de Blamont j rencontré dans les bureaux d'une de nos feuilles publiques. Attaché à un ministère^ ses rapports avec un journal de l'opposition étaient suspects; on ne tarda pas à savoir que cet homme faisait des confidences à l'un de ses protecteurs dont l'ambition convoitait un portefeuille; qu'en même temps il fournissait au journal opposant des notes hostiles à son patron officiely ce qui ne l'empêchait pas d'émarger trèsrégulièrement à la fin de chaque mois pour les

honoraires de son emploi On voit que M. de

Blamont a la conscience fort élastique.

J'ai réservé le tapage nocturne pour clore ce récit. Les plaintes de la dame aux insomnies furent ré-

pétées en ma présence : les renseignemens que je fis prendre amenèrent la découverte d'une réunion d'ennemis du gouvernement, qui fut dissoute par mes ordres ; c'était une section delà société des Droits de l'homme.

Quelle que soit la multiplicité des cas où le hasard et des circonstances forcées apportent à l'autorité des indications fructueuses , il est indispensable que la police ait , comme auxiliaires , des agens secrets.

Qu'est-ce qu'un agent secret ?

C'est une personne qui , par sa position sociale, par ses relations, est plus ou moins en mesure de connaître et de communiquer à la police des choses qu'il importe à celle-ci de savoir.

Des raisons nombreuses peuvent décider une personne à descendre à ce triste rôle : la première et la plus générale , c'est le besoin d'argent. La quantité d'individus des deux sexes qu'une grande gène a réduits à m'ofirir leurs services est sans doute beaucoup plus forte qu'on ne le suppose. Il en est dont la situation était vraiment digne d'intérêt, et dont la démarche pouvait être, jusqu'à un certain point, excusable par la nature des sentimens qui l'avaient dictée.

Supposons un père de famille sans occupatioui sans ressources, dont les enfans meurent de faim,

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