CHAPITRE DOUZIÈME
. Ili . «IVM'<M>
Faits dont j'aurai à parler plus tard. —Articles sur la guerre. — Citadelle d'Anyers. —Remarques sur les gens qiû crient à la trahison.--GondaDinatioiiB de journaliftiei et d'écrivains aoua U Ttftauration.
La période écoulée depuis la révolte de juin jusqu'à la fin de l'année 1832 est une des plus laborieuses que j'aie traversées. La conunotion produite dans tout le corps social par la sanglante colir lision entre l'anarchie et les défenseurs de l'ordre public^ avait laissé des traces profondes ; une perpétuelle agitation^ alimentée par la mauvaise presse» par les débats judiciaires des neuf cents accusés de juin , débats dont les incidens tenaient les esprit» dans une permanente exaspération , nous menaçaient chaque jour d'un nouveau soulèvement.
La guerre de la Vendée, les machinations du parti légitimiste, la recrudescence du choléra, augmentaient les embarras de ma position.
<k20 MÉHOIEES DE M. GISQUET.
Toutes ces choses , au surplus, sont expliquées dans mes précédeus chapitres ; mais il en est beaucoup d'autres dont je n'ai point encore parlé, attendu qu'elles se rattachent à des faits encore plus graves, accomplis dans les années 1 833 et 1 834. Je les réserve pour les joindre, les grouper, afin de présenter tout à la fois le commencement, les phases intermédiaires et la fin d'une intrigue, d'une combinaison ou d'un événement.
Au nombre des incidens mis provisoirement à l'écart pour les classer en temps opportun, se trouvent :
1 "" Les mesures prises contre la société des Droits de l'homme, qui^ pendant cette période, se formait en un grand nombre de sections, dans lesquelles tous les républicains se faisaient admettre.
2^ Mes efforts perse vérans pour arrêter le scandale des publications séditieuses par les crieurs publics.
3** Les accidens ou désordres relatifs à l'exercice du culte de l'abbé Ghatel.
4** L'expulsion de France de plusieurs étrangers, dont la présence et les intrigues troublaient la paix publique.
5^ La coalition de vingt mille ouvriers tailleurs, charpentiers, scieurs-de-long , imprimeurs en papier, etc.
&" Plaintes souvent répétées de MM. Raspail,
MÉMOIRES DE M. GISQCET. I!h21
Laponneraye et autres, relativement au régime des prisons, aux actes dont ils se disaient victimes et qu'ils m'attribuaient, quoique j'y fusse étranger.
Il est quelques autres faits que je crois devoir mentionner, et sur lesquels je n'aurai plus à revenir.
Commençons par le ministère du 11 octobre 1 832, composé de MM. Soult, d'Argout, Thiers, de Rigny, HumanUy Barthe, de Broglie et Guizot : on n'a peutêtre pas oublié les clameurs universelles par lesquelles Tavénement de ce ministère fut accueilli. L'envie, la haine, se donnèrent libre carrière. M. Thiers principalement, lui qui faisait son début comme ministre, se vit accabler par la violence des journaux ; on n'épargnait pas plus l'homme privé que rhomme public. Une seule pensée, disait-on, pouvait avoir inspiré de pareils choix : l'espoir d'être agréable à la sainte-alliance, de conjurer l'orage prêt à fondre de toutes parts sur le justemilieu. C'est un acte de lâcheté, ajoutait-on; mais il sera en pure perte : l'Europe est prête à exploiter la couardise, la trahison de notre gouvernement, pour subjuguer la France. « Heureusement, disaient » les républicains, nous sommes là; nous refoule- » rons les tyrans, nous les écraserons; le bras de
» la liberté sauvera une seconde fois la patrie ! n
« Heureusement, disaient les légitimistes, c'est dans >) l'intérêt des principes , c'est par amour pour de
iB2 ViHOlEES DB M. OlSOfTST.
M rcTfales infoitanes que les alliés vont se mouvoir; )f c'est pour nous rendre à la g^knre, au bcraheTif » qui nous attendent sous la bannière sans tacite. M Les augustes exilés nous tendent les bras, ils în- » tercéderont pour nous, et nos vainqueurs, satis- }) faits d'avoir accompli un grand acte de justice, m fSaxmtédaier leur magnanimité.
Nous avons tout à espérer si nous écoutons la voix de nos matîreê légitiines, et tout à craindre si nous méconnaissosis les avertissemens charitaUes de nos gazetiers.
Il est assez curieux de lire maintenant les noiH velles certaines, les prédictions inlailUbles des grands oracles de cette époque. Ouvrons le Jfet* M§er, nous y trouverons le dénombrematit des formidaUes années que la Russie j l'Autriche , la Prusse, la Hollande, mettent en mouvement^ et qtu soiU destinées à agir f onCre la France. Ouvrons les colonnes de quelques autres journaux, nous y ^Ferrons que la Russie, la Prusse et toute l'ABemagne, font marcher leurs armées sur le Rhin. On déplore raveuglement du juste-milieu, on crie à h
trahison! Patriotes, hàtons-oous iie purger la
patrie de cet infâme gouvernement , fha eoupakU fue celui de Charles X; de ces ministres qni, sws h rapport des principes, se sont montrés plus jrraUrttement cruels que les niveleurs de 93 !
Quelques jours plus tard, nous apprendrons que
le roi se propose de faire un voyage en Bdgique, et nous lirons cette nouvelle accompagnée de la réflexion suivante : c Dims les circonstanceft où nous » nous trouvons, une absence du chef de l'Étal 3 hors du territoire sera considérée par tout le » inonde comme une chose fort grave. Les con- » seillers du monarque penseront sans doute qu'il 3 serait imprudent d'ouvrir le champ à toutes les
» conjectures ! > N'est-il pas évident pour le
hon patriote auteur de ces lignes^ que Louisr- Philippe voulait nous donner une seconde édition du voyage de Yarennes ? Quel bonheur pour nous d'avoir ces vigilantes sentinelles toujours emppes* sées à nous avertir du danger, à crier halte-là, sar les traîtres !
Je dois faire ici l'aveu d'une faiblesse dont je me reconnais humblement coupable : toutes les fois que j'entendais certains continuateurs <lu père Dndbène lançant un patriotique anatfaéme contre la trahison, je faisais malgré moi quelque rapprochement impardonnable il me semblait voir un
de ces industriels qui crient au voleur après avoir dérobé la bourse d'un passant. Pour me distraire de ces préoccupations , il me (allait secouer la tète comme un homme qui veut chasser d'^importuns souvenirs. Voilà ma confession : honni soit qui mal y pense !
Quand cette espèce d'hallucination est dissipée.
hik MÉMOIEES DE H. GISQUET.
je reconnais que tous nos apôtres de la liberté sont purs. S'ils hasardent souvent quelque comparaison entre le gouvernement de Charles X et le justemilieu ; s'ils en concluent toujours que le régime actuel est affreux, que la restauration était préférable, gardez-vous de croire que ce soit pour la
faire regretter non, c'est tout bonnement pour
raffermir Louis-Philippe dans la voie du bien, jusqu'à ce qu'il parvienne enfin à rivaliser de principes libéraux avec son prédécesseur. S'ils disent chaque matin que le gouvernement français est faible et lâche, qu'il a peur des grandes puissances, qu'il rampe à leurs pieds, qu'il craint même don Miguel ou le duc de Modène, qu'il est incapable de résister au moindre choc ; s'ils se hâtent de puUier quelque nouvelle sur le découragement, la démoralisation de notre armée, sur le délabrement de nos places fortes ; s'ils représentent la France conmie ouverte de toutes parts aux ennemis ; s'ils mettent de l'empressement à raconter tous les détaib de notre organisation militaire, à dire où nous avons un poste, où nous n'en avons pas ; si enfin ils éclairent les étrangers sur tout ce qui les intéresse, beaucoup mieux que ne pourraient le faire cinquante espions habiles; soyez sûr que c'est par
esprit national
Mais continuons à rappeler une faible partie des lamentations qui frappaient nos oreilles, sur les
HÉMOIEES DE M. GISQUET. 425
afireux ravages de la guerre que nous allions avoir
à soutenir si j'en crois nos feuilles publiques,
pendant le dernier semestre de 1 832.
Le lendemain du jour où l'on nous prépare à la fuite du roi, on affirme que : « La honteuse sou- » mission du juste-milieu ne désarmera pas les
» despotes du nord la guerre va commencer;
-' » elle sera terrible. »
Trois jours après, on suppose probablement que l'éveil donné au sujet du voyage en Belgique aura fait abandonner ce moyen de désertion, et que le roi se prépare une autre ressource pour échapper « atix terribles justices qui le menacent dans Vace^ » nir 1 » on veut sans doute lui fermer toutes les issues ; un bon patriote dévoile les nouvelles et ténébreuses machinations de la tyrannie : <c Le roi a » été visiter les fortifications de Vincennes ; on presse 3& activement les travaux , on jette là des sommes énor^ y> mes arrachées à la misère publique. Et pourquoi? » dans quel but? à quoi serviront ces cc^emates pour » la défense du pays ? On dirait en vérité que nous » revenons au temps de Louis XI et aux tours du » Plessis.
> Qui donc veut-on enfermer dans cette citadelle? y> quel prince ou quel roi ira lui demander asile? » Est-ce pour sa garantie contre l'intérieur? » est-ce quelque grand coupable qu'on veut » METTRE A îJabkî? Dans qucllc prévision enfin Ort-OH
» résolu de faire iani de trmmus inuiileê^ temdùfu'm » laisse sasis défense, sans froteeti(m, la ss^pMsis x> la France, menacée stms cesse pear Vétremger, fmsr > qui elle a d'aussi fuissans aUraits T »
Vous ne sayiez pas, honnêtes citoyens, bons P»liffienSi que Ton faisait tant de choses à Vinceones^
ni moi non pins Rendcms gprace au journaliste
dont l'œil a pénétré ces mystères; îl a découvert ce qu'aocnn de nous ne saurait voir; car, il faut en eonvenir, Tinfame juste-milieu a mis une telle haiMleté à cacher les immenses travaux cxécntés k Vinoennes, qu'il n'en reste aucune trace.
Quarante-huit heures plus tard, nos vigies répuUicaines signalent l'approche des ennemis : a Les fi étrangers continuent leur mardie; un eorps de n troupes autrichiennes est aux portes de Gonn stanoe ; l'armée prussienne vient de recevoir les » derni^*es recrues et d'atteindre son grand com- 1% plet. La Hollande et la Belgique sont près d'en » venir aux mains, n
Huit jours se passent ; on nous réveille au cri de guerre, la guerre, la guerre! die est inévitable; tout espoir de paix est perdu. Chaque matin on nous répète le même avertissement.
L'entrée de nos troupes en Bdgique, le siège de la citaddle d'Anvers , ne changent rien à la conviction de ces publicistes ; c'est toujours la guerre, une guerre terrible, une guerre générale, qui leur
JKÉMOIBES DE M. GI8QUBT. UST
parait certaine, imminente. Nos Tyrtées 8'^uiseiit à stimuler l'ardeur des patriotes, à déclamer contre l'incurie, la torpeur ou la trahison du justemilieu.
Cependant , la citadelle d'Anvers est prise sans collision avec l'Europe. Comment expliquer ce
phénomène? Rien n'est plus facile Est-ce qoe
les expédiens manquent jamais à un habile journaliste ? Voici Texplicatiofi : « On nous a laissés A faire , parce que nos ministres sont agréables à >i la sainte alliance ; elle n'a pas voulu souffler sur » le pauvre juste-milieu, on a craint de le reavtsïy » ser, parce que sa chute eût été le signal du triomn phe des républicains, lesquels, une fois maîtres i) de la France^ auraient bientôt anéanti le deqpoji tisme dans toute l'Europe. »
Après avoir sauvé, par cette explication, l'honneur, Tamour-propre , la r^utatioa du journal^ nos publicistes eurent enfin la bonté de ne plus mettre les armées étrangères en mouvement contre nous. On ne vit plus qu'à de rares intervalles des bulletins maïaçans dans les colonnes de nos gazettes. Quand la capitulation du général Chassé n'aurait produit que ce résultat , c'eut été déjà beaucoup pour la satisfaction des pauvres abonnés.
Pourtant ils eurent encore à gémir sur la prise de Constantinople, annoncée en ces termes et en très-gros caractères d'impression, dans les premiers
mois de 1 833 : c( Le gouvernement a reçu le 26 » ( avril 1 833 ) la nouvelle de l'entrée des Russes » à Constantinople. »
Le lendemain , un autre journal de l'opposition se permet un léger doute : « La nouvelle est pro- » bable, dit-il^ mais elle nous semble prématurée. > On lui répond :
(( La nouvelle est positive. La confirmation d'un » fait aussi important aurait du être officielle et » non pas abandonnée aux confidences qui l'ont » portée dans les colonnes du Constitutionnel. Ce » silence, au surplus, ne doit pas étonner : il cache
» sûrement quelque jeu de bourse ! >^ ^
Suit une longue dissertation sur les conséquences de ce grand événement.
Ne soyons pas surpris de l'erreur commise à cette occasion par les hommes chargés d'éclairer le pays : puisqu'ils se trompent chaque jour si lourdement sur les choses qui se passent à Paris, comment voudrait-on qu'ils pussent voir ce qui se fait à Constantinople?
J'ai parlé tout à l'heure des cas assez fréquens où des feuilles républicaines mettaient en parallèle les actes du gouvernement de juillet avec ceux de la restauration, et toujours en établissant une différence à l'avantage de celle-ci. Je pourrais faire de nombreuses citations qui peut-être donneraient un nouveau poids à l'opinion de ceux qui croient
à Talliance carlo-républicaine. Mais si je faisais trop d'emprunts aux journaux, mon livre semblerait une compilation de leurs articles ; ce n'est pas ce que je veux.
Je me bornerai donc à rappeler que la Tribune soutint à plusieurs reprises cette étrange proposition : les parquets, au temps de la restauraliany étaient moins tracassiers, moins rigoureux^ les juges moins sévères envers les écrivains que sous le juste" milieu. La presse était plus rançonnée, moins libre après qu avant la révolution de juillet ; en définitive, les hommes de lettres, après deux années d'efforts int^ tiles, en étaient venus presque à regretter V ancien étal de choses.
L'affirmation me parait quelque peu hasardée.
On a déjà pu lire , dans le cours de mes récits j bien des passages copiés sur des publications faites avec impunité^ où la liberté d'écrire fut portée jusqu'à la licence. On a vu bien des accusations injustes , des calomnies, des outrages. Quelquesuns de nos publicistes s'abandonnaient sans frein àleursemportemens. Semblables, sous ce rapport, à des athlètes de mauvais lieux, ils ne discutaient pas^ ils disputaient. Quand ils entraient en lice^ on eût dit qu'ils avaient les poings fermés, l'écume à
la bouche, les yeux gonflés de colère Si
la justice les a frappés quelquefois, combien de milliers d'articles auraient eu, sous la restauration,
430 MÉMOIBES PB M. CUSOUST,
un caractère de culpabilité^ qui n'ont pas mémt arrêté Tattention de nos parquets, tant la lic^ooe de la presse était entrée dans nos habitudes I C'âait son état normal.
Voyons s'il en fut de même à l'époque de la restauration, que l'on ne craint pas de préférer à l'époque actuelle*
En parcourant les annales judiciaires^ j'y trouYe :
Une condamnation contre le joiu*nal du Cmih' merce , en 1 826, pour avoir dit : « Que la campoii' m tion de la Chambre eât l'objet éfaceuiotians qwi >i diminuent son crédit ; que la Chambre, par sa eom^ » position, n'offre pas de garaniie aux intérêts m- » tionaux ; quelle est un embarras pour le mdnislèrt yi et la nation, n
Une condamnation à neuf mois de prison et 500 &ancs d'amende ccmtre Touqueif a AiieniM 1» que la publication de la partie morale et historique » de V Évangile avec suppression des miracles et otir » très faits qui démontrent la divinité de Jésus-4jhrist, h constitue un outrage à la religion de VÉtat. »
Une condamnation contre le journal du Com^ merce , le 27 juillet 4 827, pour avoir dit : « Une n opposition longue et permanente de l'administration » aux sentimens de la nation, affaiblit insensiblement n la pieuse et salutaire croyance en un dogme sur le^ 1» quel repose V inviolabilité du trône, n
Une ccmdamnation à neuf mois de prison contre
MÉMOIRES DE M. 6ISQUET. 431
M. de Senancourt, le 16 juin 1827, pour aToir appelé Jésu&-Christ : <r Jeune sage, respectable moraliste. »
Une autre le 26 juin 4 829, contre le Ceurrier français, pour avoir dit : h L'immortd tableau de la )} Cène, celui de la Tratufiguraiion etde ki Commmr i> mon de saint Jérôtne , resteront encore des chefs^ M d'œutre , mime qwmd les croyances Arétiennee se^ » ront complètewient abolies ^ si la durée de leur fragile i> matière pouvait atteindre jusque hL » Trois mois de prison, 600 Crânes d'amende.
Une autre contre le Corsaire, le 30 juin 1829, pour avoir publié ce qui suit : «c Sottise des deux
A) parts Par décret de la Convention nationale ,
» sur le rapport de Maximilien Robespierre, le peuple » français reconnaît Vexietence de VÊtre Suprême et » Vimmortalité de Vâme , le 7 mai 1 794.
» Par jugement du tribunal de police correctionnel, y> le peuple français ne peut douter de la perpétuité » des croyances chrétiennes. Le 26 juin de Van de » grâce 1829. » Quinze jours de prison.
Une autre le 25 juillet 1829, contre Fontan, pour quelques allusions aux actes de Charles X. Cinq ans de prison, 10,000 francs d'amende; cinq années d'interdiction des droits civils.
Une autre contre Barthélemi, le 29 juillet 1 829, pour avoir dit, en parlant du Fils de rhomme :
« Pouiiant qnel fils d« roi contre ce nom obseor » N'échangerait son ti^ et «m sceptre fiitur ? »
Trois mois de prison, 1 ,000 francs d'amende.
Une autre contre le journal des Débais pour le fameux article terminé par ces mots : « Malheureux » roi, malheureuse France ! i» Le considérant est assez curieux pour être reproduit :
<c Attendu que la nomination des ministres far U n roi est un des actes de son autorité canstitutionnelk; » que le rédacteur du journal des Déhais, en atta- » quant la nomination des ministres, a aUaqué /V»- > torité constitutionnelle du roi ; que les termes de Var- » ticle contiennent en outre des offenses à la personne » du roi et des outrages à la majesté royale. »
Six mois de prison, 600 francs d'amcDde; 26 août 1829.
Une autre le 13 février 1830, contre Achille Roche, pour avoir publié les Mémoires de Levasseur, de la Sarthe. Quatre mois de prison, 1 ,000 francs d'amende.
Une autre le 27 novembre 1 829, contre le journal du Commerce , pour avoir publié l'acte d'association bretonne ayant pour but le refus de Timpot, dans le cas où les charges publiques seraient établies sans le concours des Chambres. Un mois de prison, 500 francs d'amende*
Une autre contre le National ^ 4 avril 1830,' pour la publication d'un article où il démontrait la force de la classe moyenne. Trois mois de prison, 1 ,000 francs d'amende.
Une autre à la même date contre le Globe, pour avoir dit que : « Dès la formation du ministère, on » vit bien au-delà des questions dumécanisme constitua » tionnelsur lesquelles allaient varier les partis ; qu'on ï> sentit la royauté compromise et frappée , et que les » mots de 1 688 et des Stuarts retentirent. » Quatre mois de prison, 2^000 francs d'amende.
Une autre le 8 juillet 1 830, contre le Journal de Paris , pour avoir dit que : « Le préfet de police, en » excluant les étalagistes de la voie publique, avait » voulu se faire des amis électoraux dans les mar-- » chands en boutique. »
Si j'ajoutais à cette liste les condamnations qui ont atteint beaucoup d'autres publicistes d'un grand mérite, tels que MM. de Jouy, Cauchois Lemaire, et même notre illustre Béranger, je démontrerais peut-être encore mieux l'excessive rigueur de la législation et des tribunaux au bon temps de Charles X; mais ce que j'en ai dit peut suffire, et certes l'on conviendra que les motifs de toutes ces décisions judiciaires sont bien pales à côté des articles furibonds que nos journalistes, depuis 1 830, ont riiabitude de- servir à leurs abonnés.
Ai-je besoin de dire combien ce concert universel de clameurs, de récriminations contre le pouvoir; ces épithètes de lâche, de traître, qu'on lui prodiguait, altéraient la force matérielle et l'influence
morale de l'autorité; combien ils vivifiaient les senn. 28
k3h MÉMOimES DE M. GISQTJBT.
timeEDS haineux dans le cœur des hommes que leurs opinions avaient déjà réunis à la faction républicaine; combien ils encourageaient à la sédition et multipliaient les projets, les actes dont la répression devenait une nécessité! La perversité de la presse hostile a toujours été la principale cause des désordres, et c'est essentiellement sous ce rapport qu'il me faut reproduire fréquemment son langage, ses provocations, parce que les provocations et le langage des journalistes font mieux comprendre pourquoi la haine et l'esprit de sédition ont vécu si long-temps. La mauvaise presse est dans le corps social ce qu'est un anévrisme au oœur de l'homme. L'un et l'autre {x^oduisent un malaise, une agitation, un état fébrile, puis une catastrophe. Mais l'anévrisme du moins disparait avec le malade qu'il a tué , et malheureusement la mauvaise presse survit quelquefois à ses victimesl