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corpulence remarquable. Tl montait un cheval dont la grandeur et la force attiraient tous les regards.
Je reçus à la campagne un jeune Allemand , nommé Steibelt, qui avait un grand talent sur le piano ; il savait à peine quelques mots français. Quoiqu’il n’eût pas une belle voix et qu’il chantât en allemand , nous avions beaucoup de plaisir à l’entendre. Depuis ce temps, il a eu une grande réputation à Paris. Sa manière de toucher le piano devint à la mode. Un soir que j’avais beaucoup de monde chez moi , il chanta en allemand plusieurs airs d’un opéra qu’il nous dit être de sa composition. Il produisait sur nous le plus grand effet, quoique nous ne pussions comprendre le sens des paroles, ou peutêtre parce que nous ne les comprenions pas. Une dame fut saisie tout à coup d’une attaque de nerfs ; une seconde et deux autres encore furent subitement dans le même état. Leurs convulsions était violentes ; nous les fîmes sortir dans le jardin, et nous avions beaucoup de peine à les tranquilliser, quand on vint m’apprendre que le musicien lui-même était tombe auprès du canal , et qu’il était étendu à terre, sans connaissance et baigné dans son sang. Je courus à lui , et , avec le secours d’une autre personne, je vins à bout de le soulever. Je lui demandai comment il se trouvait dans cet état. 11 me fit entendre qu’ayant vu deux dames dans des souffrances extraordinaires il avait cru qu’elles étaient mortes, et que, saisi d’elïroi, il était tombé dans le jardiu ; qu’il avait beaucoup saigné au nez et bien de la peine à se remettre du saisissement qu’il avait éprouvé.
Le lendemain, pendant le déjeuner, il n’était question que de l’aventure de la veille. On cherchait les causes de ce qu’on avait vu et éprouvé. Presque toutes les personnes s’étonnaient de l’impression reçue , parce qu’elles ne comprenaient point les paroles allemandes. Je fus d'un avis opposé. Je leur dis que c’était précisément parce qu’elles ne comprenaient pas les paroles qu’elles y avaient attaché un sens conforme aux pen-
sées qui les agitaient , et que la musique seule les avait pénétrées de sensations profondes qui prenaient leur source dans leurs coeurs. La dame qui la première s’était évanouie nous déclara qu’en effet, transportée hors d'elle par le chant accompagné du piano , elle avait pensé son mari , jeune officier de marine qui courait alors sur les mers. Nous dissertâmes beaucoup sur les autres causes. Un magistrat nous dit qu’il avait vu dans l’église de Saint-Roch deux cents jeunes personnes, à genoux, prêtes à recevoir la communion, et qu’aussitôt après l’exhortation qui leur fut adressée par le prêtre une d’elles eut des convulsions; deux autres en éprouvèrent aussitôt , et presque toutes successivement les unes après les autres. De tels effets se sont manifestés souvent dans des circonstances à peu près semblables