‹ Memoires de m. le Comte De Vaublanc avec avantpropos et notesChapitre 20 sur 51 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

Ucman|ues sur Mirabeau , l'abbé Maury et Lafayelte. — Éloignement de Louis XVI de toute éducation militaire.

Vous voyez quels furent les effets des concessious dont j’ai parlé ; elles furent toutes inspirées par ces sentiments irréfléchis de bien public et d’humanité , si dangereux parce qu’ils ne se présentaient jamais qu'avec un prestige trompeur et cachaient les fruits amers qu’ils allaient produire. C’est ainsi que les vertus de Louis XVI furent la cause de ses malheurs et des nôtres. Au moment où l’on prononçait sa déchéance , les auteurs de cet attentat étaient prcsques tous, comme on vient de le voir, stupéfaits de ce qu’ils venaient de faire ; mais ils n’en convenaient qu’en secret. La peur de leur propre parti les dominait , et ne permettait à leur voix , comme à toute la France , d’exhaler d'autres pensées que celles du mensonge.

Le plus grand menteur de tous fut certainement Mirabeau. Il ne concevait pas de gouvernement sans monarchie , et cependant il ne cessa, dans les premiers temps, de parler comme un factieux républicain. Il n’a été éloquent que lorsqu’il parlait en destructeur. Toute sa force venait alors de ce qu’il prêchait le mal en démagogue. Les applaudissements l’enivraient et lui donnaient sa force. Ces sortes de discours étaient ordinairement très-courts et quelquefois très-éloquents. Mais qu’est- eq que l’éloquence qui prêche le mal? Rien n'est plus facile; le succès est alors toujours certain. Quand il voulut réparer le mal auquel il avait tant contribué, il ne put réussir. Il s’opposa à la Déclaration des droits de l’homme; il soutint que le roi devait avoir le veto absolu , et non ce ridicule veto sus-

pensif, le comble de l’absurdité humaine ; il voulut que le roi eût le droit de paix et de guerre, et qu’il pût commander les armées; il s’opposa à la loi sur l'émigration; il combattit la démarcation de la France en départements ; il demanda , la chose la plus importante , que le roi pût prendre ces ministres parmi les députés. Il succomba dans toutes ces questions, et toujours devant de misérables petits rivaux. Ainsi donc la véritable gloire de Mirabeau fut d’avoir soutenu les principes monarchiques; mais les discours écrits et qu’il lisait à la tribune ne répondaient point à la force des discours destructeurs qu’il prononça d’abord. J’entends dire tous les jours qu’il faisait ce qu’on appelle si ridiculement improviser. Non , il n’improvisait pas , excepté dans les discours véhéments et courts dont plusieurs ont produit tant de mal. Dans les autres occasions il lisait les discours écrits par Clavière , Dumont de Genève, Ramon et un autre dont le nom m’est échappé, qui depuis ce temps fut secrétaire du prince de Kaunitz. On sait qu’il avait promis au roi et à la reine de soutenir leur cause chancelante; il débuta franchement’ par quelques discours. Interrompu un jour par la troupe agglomérée des factieux , il s’écria, en les regardant avec hauteur: a Silence! les trente voix! » Mots énergiques et éloquents, qui désignaient leur petit nombre et leur déclaraient la guerre.

Quelques jours après cette déclaration , il eut l’imprudence d’aller à la société des jacobins et d'y parler suivant les vrais principes du gouvernement; il succomba devant Alexandre de Lameth , qui l’accabla en lui opposant les déclamations démagogiques. Sa force fut dans leur déraison et dans les applaudissements d’une multitude de factieux; car d’ailleurs personne ne parlait plus mal que cet Alexandre. Il était verbeux et traînant , et empruntait toute sa force de la démence qui l'applaudissait.

L’abbé Maury fut le constant antagoniste de Mirabeau. Il avait raison de le combattre lorsqu’il détruisait la monarchie , mais

il aurait dû le soutenir lorsqu’il revenait aux bons principes. Maury parlait beaucoup, avec facilité; il ne lisait jamais; mais son élocution , ses gestes , le ton de sa voix annonçaient rarement une profonde conviction de ce qu’il disait. Il semblait ne parler que pour remplir un devoir qu’il s’était imposé. Sa physionomie peu expressive ajoutait à cet air d’indifTércnce.

Cazalès, au contraire, ne parlait qu’avec une véhémence inspirée par de profonds sentiments. Ses gestes , son ton de voix, toute sa personne étaient d’accord avec cette conviction, et pénétraient les cœurs de toutes les personnes qui l’entendaient. Malheureusement il parla très-rarement; mais du moins ne fit-il pas la cruelle faute des cinq cents députés qui s’absentaient toujours; il resta constamment à son poste.

On a souvent examiné si Mirabeau aurait pu relever la monarchie si la mort ne l’avait arrêté. Non , il n’aurait pu y réussir par l’Assemblée. On ne persuade jamais des Français pour le bien : il l’avait éprouvé; on les entraîne aisément au mal: il l’éprouva aussi. Mais il était capable d’action. On ne peut mettre des bornes au pouvoir d’un homme dominé par mie énergique volonté. Cependant, pour agir avec succès, il faut une position qui donne de l’autorité. Tous les hommes qui, dans l’antiquité, ont été assez forts pour renverser ou soutenir les lois , commandaient des armées ou étaient à la tête du gouvernement. C'est ainsi que Cromwell parvint à la puissance , et ainsi des princes d'Orange , et de même de Bonaparte. Mirabeau n'aurait pu être ministre : une loi faite par des imbéciles défendait au roi de le nommer. Il n’aurait pu commander les armées. Je ne conçois qu’un seul moyen : c’eût été d’entraîner Louis XVI à une action constante et vigoureuse, comme le connétable de Richemont entraîna Charles VU. Mais quelle différence entre ces deux rois ! Charles, à quinze ans, avait instruit la France et l’Kurope de la résolution la plus magnanime , de la résolution de ne jamais pardonner au puissant duc de Bourgogne la mort du duc d’Orléans.

De quelque manière qu’on envisage les choses , on ne peut voir qu’un seul auteur des malheurs de Louis XV 1 et des nôtres : ce fut le vertueux Louis XVI. S’il fut victime de ses vertus, combien de millions d’hommes eu furent aussi victimes et le seront encore, avant que puisse se refermer l’abîme qu’il a creusé sous la France!

Parmi les causes nombreuses qui le perdirent, il faut compter la malheureuse éducation qui l'éloigna de toute espèce d’action militaire. Je me rappelle que, dans les premiers jours du Consulat, après une revue des troupes faite par Bonaparte sur la place des Tuileries, j’en parlai à M. Suard, de l’Académie française, et je lui dis que Bonaparte montrait ainsi qu’il était toujours prêt à se défendre l’épée à la main. « Eh bien ! me répondit naïvement M . Suard , nous pensions différemment, nous autres; nous voulions que le roi n’eût rien en lui de militaire, et qu’il n'en portât jamais l’habit. » En parlant ainsi, cet homme d'esprit empruntait le langage de l’humaine philosophie, et rappelait la grande faute commise dans l’éducation de Louis XVI. Elle fut fortifiée par l’habitude, et, tandis que nous voyons un jeune laboureur braver la mort en mettant l’uniforme , d’aveugles pédagogues imposaient à un prince l’obligation de ne jamais porter l’habit militaire.

Nous eûmes en 1792 une forte preuve de l’abattement sous lequel peut gémir une âme royale froissée par une si détestable éducation. M. de Narbonne, ministre de la guerre, détermina le roi, avec bien de la peine, à passer eu revue trois excellents bataillons de la garde nationale de Paris. Il était à pied , eu habit do soie , avec la bourse noire et les bas de soie blancs. Après la revue, un notaire, qui , je crois, se nommait Chaudron , sortit des rangs et dit au roi : « Sire , la garde nationale serait bien honorée de voir Votre Majesté porter son uniforme. — Sire, dit aussitôt M. de Narbonne, ayez la bonté de faire cette promesse. Avec cet uniforme , à la tête de ces trois bataillons de braies, vous détruirez le repaire

des jacobins. » Le roi, après une minute de réflexion, répondit : <> J’examiuerni dans mon conseil si la Constitution me permet de porter l'habit de garde national. » Cette réponse me rappelle celle que me fit le comte d’Artois lorsque je lui dis combien il serait utile à la monarchie et à la grandeur de la France de donner à nos régiments des noms de nos provinces; il me répondit sérieusement que’ la Charte ne le permettait pas. '

Un homme eut alors une grande influence; ce fut Lafayette- Nous l’avons vu commandant général de la garde nationale do Paris. Tandis qu’il était membre de l' Assemblée constituante, il avait une très-grande popularité ; elle provenait de ce qu'il était passé eu Amérique dans le temps où la F rance était encore en paix avec l’Angleterre. 11 y avait combattu pour la cause de ces contrées 'révoltées contre l’Angleterre. Dès les premiers jours de l’Assetnblee constituante il fut opposé à la cour, ainsi que dans les deux assemblées des notables. Il se signala par ce mot tantrépété • « L’insurrection est le plus saint des devoirs « Il proposa cette Déclaration des droits de l’homme, si ridicule, si incohérente, si fausse dans tous ses points, et qui fut abandonnée par la Convention elle-même, par la constitution directo-i riale, par Bonaparte, par Louis XV i II, et enliu par les Chambres après la révolution de 1830. Mois, quand elle, parut, elle fut regardée comme l’acte sacramentel «le la grandeur et de la prospérité des peuples; elle reçut un euite religieux ; elle servait de texte et d’argument dans tous les débats politiques , et les controverses qu’elle ramenait sans cesse ne pouvaient encore ouvrir les yeux sur sou absurdité, il fallut que Bonaparte, élevé a l’empire par des victoires , renversât cette Déclaration des droits de l’homme et sa chimérique égalité, eu couvrant de cordons la poitrine de ceux qui l’avaient servi, et en les décorant de titres cent fois plus nombreux que ceux contre lesquels ou avait tant déclamé avant et pendant la Révolution.

Le plus grand reproche qu’on ait fait à . Lafaycllc est son

inaction pendant la nuit du 6 octobre. C’était pendant son sommeil, à Versailles, que des factieux envahissaient le palais du roi et cherchaient la reine dans tous les appartements pour l’égorger. Cet attentat ne serait pas arrivé si Lafayette avait passé la nuit au château , et peut-être le roi n’aurait pas été dès le lendemain traîné captif à Paris,

Il y a quelque apparence que Lafayette était instruit de la fuite du roi eu 1791 , et qu’il aurait pu l’empêcher s’il l’avait voulu. Lorsqu'il envoya des aides de camp pour l’arrêter, le roi avait une avance si considérable qu’il serait arrivé à Montmédy, comme il le voulait, s’il n’avait pas été reconnu en route.

A la fin de 1792, Lafayette commandait une armée qui faisait éclater ouvertement une haine violente contre les jacobins , maîtres alors de Paris. Les régiments de cette armée, leurs colonels et des généraux adressèrent à la chambre des Députés les adresses les plus énergiques contre les factieux.- Elles étaient secondées par la voix d’un grand nombre de provinces et de leur administrateur. Si Lafayette avait eu un de ces caractères vigoureux que nous trouvons dans notre ancienne histoire , il aurait marché sur Paris avec trois ou quatre mille hommes ; il y aurait trouvé trois bataillons excellents de garde nationale, plusieurs régiments suisses et un grand nombre de bons citoyens prêts à braver tous les périls pour le soutien du trône, et bien plus encore pour écraser une faction qui menaçait à la fois la vie et les propriétés de tous les hommes qui ne se déclaraient pas en sa faveur. La présence de Lafayette aurait enhardi la majorité, des Députés , et il aurait pu facilement la conduire avec le roi à Compiègne ou à Rouen; il n’aurait eu contre lui qu’une faible populace.

Pendant la plus grande fermentation , j’avais osé déclarer à la tribune que je ferais incessamment la demande de cette translation. Quels moments pour la monarchie! Quelle gloire pour Lafayette s’il avait eu cette noble audace que presque

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toute la France attendait de lui ! Il se borna à venir seul parler à l’Assemblée au nom de son armée, et, dès ce jour, le drapeau royaliste, qu’il portait de travers , mais qu’il portait, s’inclina devant les factieux et n’eut que de faibles moments de résistance. Nous vîmes alors les seèues les plus honteuses : l’acquittement des soldats rebelles de Château-Vieux, les promenades des faubourgs dans la chambre des Députés, portant, oseraije le dire ? de vieilles culottes au bout des piques, afin de bien constater leur beau titre de Sans-Culottes. La faction demanda un décret d’accusation contre plusieurs ministres du roi et enfin contre Lafayette. La rage était extrême contre lui. Les royalistes de la Chambre le défendirent avec la plus grande fermeté ; je prononçai un discours très-étendu en répondant à ses nombreux accusateurs. Après mon discours , deux cents membres de la gauche passèrent de notre côté , et un appel nominal constata cette grande majorité. C'était encore un de ces moments heureux dont Lafayette aurait pu profiter ; mais la terrible journée du 10 août vint terminer nos différends. La faible probité du roi et l’incertitude de son général firent pencher la balance en faveur des factieux.

Au 10 août 1792 comme au 27 juillet 1830, la couronne avait des moyens immenses ; non-seulement elle ne sut pas en profiter , mais encore elle les tourna contre elle-même.

Après la chute du trône , le décret d’accusation fut porté eontre Lafayette. L'Assemblée envoya des commissaires à son armée; il sortit de France avec un grand nombre de généraux et d’officiers fidèles à sa cause. Parmi eux étaient cinq ou six membres de cette Assemblée constituante , cause de tant de malheurs et de la catastrophe qui précipita dans un abîme Louis XVI et sa famille, et qui bouleversa la France et l’F.urope.

Tandis que Lafayette et sa petite troupe s’avancaient hors de nos frontières , les officiers qui étaient à l’avant-garde craignirent de marcher vers les postes autrichiens. Ils arrêtèrent un homme du pays ; ils lui promirent une forte récompense ,

s’il les conduisait de la manière qu'ils indiquaient. Cet homme résista ; on le menaça , mais il fut ferme dans sa résistance. Lafayette entendit ces débats et marcha vers les officiers qui contestaient avec l'homme qu’ils avaient arrêté. 11 fut témoin de la résistance; il y trouva une belle occasion de manifester encore cette belle théorie des droits de l’homme, et après avoir fait par scs principes tant de mal à la France, il en fit autant à ses compagnons d’armes : il laissa le guide s'en aller tranquillement, et il tomba avec sa petite troupe dans les postes ennemis.

Je tiens cette anecdote curieuse de M. de la Tour-Maubourg , frère de l’ancien et honorable miuistre de la guerre , qui s’est acquis une si belle renommée. M. de La Tour-Maubourg prenait occasion de ce récit pour peindre le caractère de Lafayette , toujours incertain et faible dans ses actions politiques , et toujours inébranlable dans les prétendus principes qu’il avait enfoncés dans sa tête. Tel il a été pendant toute la Révolution, et tel il fut encore en juillet 1830.

Lorsque je défendis le général Lafayette, j’entrai dans la Chambre à travers une multitude féroce qui m'annonçait la mort si j’osais parler en faveur de ce général. Je commençai mon discours par le récit de cette belle circonstance, et j’ajoutai que les menaces ne feraient que fortifier ma résolution et augmenter l’énergie de mes paroles. Je remplissais un devoir sacré, puisque je défendais le général nommé par Louis XVI, et qui seul encore était dans la position de pouvoir combattre pour ce malheureux prince. Eh bien ! j’eus le plaisir, pendant toute la Restauration , d’entendre les bons royalistes me reprocher cette défense comme une action indigne. J’aurais été amèrement pénétré de ce reproche si je n’avais pas su que ees braves gens, ces honnêtes gensr, que l’on désignait si bien par le nom de circonspects, avaient résolu de toujours mal raisonner, de parler comme s’ils étaient méchants, d'aller toujours contre les intérêts de la royauté, dont ils font leur idole sans la connaître , et de saper ainsi insensiblement la monar-

DK M. LE COMTE DK VAU BLANC.

chie. Elle pouvait bien alors s’écrier que de tels amis étaient bien plus dangereux pour elle que ses ennemis. L’idiotisme de ces hommes a toujours grandi et toujours travaillé dans le chemin qui leur était tracé par les libéraux. Ils n’ont jamais été autre chose que les esclaves de cette peur que les libéraux savaient si bien faire entrer dans leurs cœurs , et comme ceux-ci ne cessaient de me faire l'honneur d’accumuler des reproches contre moi , les braves gens dont je parle ne cessaient de répéter leurs discours.

Bien différents de ces hommes de la Restauration, les royalistes ont eu une conduite admirable pendant les quatre premières années de la Révolution ; j’en reparlerai avec complaisance dans la suite de ces Mémoires ; je montrerai le courage de l'élite des habitants de Paris, des anciens magistrats, des administrateurs de presque tous les départements; j’en accumulerai les preuves. Je ne les produis pas ici; mais il m’est impossible de ne pas dire que le chef de l’État et ses ministres formaient alors le plus grand obstacle que les royalistes eussent à vaincre. A quoi serviraient ces tristes souvenirs, s’ils ne retraçaient pas leurs devoirs aux rois et à leurs ministres >

Conchira-t-on de cette dernière ligne que les royalistes en général n’étaient plus sous la Restauration ce qu'ils avaient été pendant les cinq premières années. On aurait raison; la faiblesse qui partait d’en haut, plus grande encore peut-être dans les commencements, fut une cause plus agissante encore pendant la Restauration; mais,heureusemeut pour le nom français, la Vendée avait acquis une gloire impérissable ; elle avait montré que parmi des hommes agrestes se trouvaient des âmes fortement trempées. En même temps, par un contraste frappant, le plus grand courage avait brillé dans une ville industrieuse accoutumée aux arts sédentaires ; ce fut un vrai phénomène : la ville de Lyon disputa de résolution magnanime avec la glorieuse Vendée.

A la guerre, les succès et les revers dépendent toujours de

la position des armées; il en est de même en politique. La France, pendant la Révolution , n'a pas été ce qu’elle pouvait être ; j’en vois une cause dominante : le changement des provinces en départements. Les noms et les souvenirs anciens étant effacés , on manquait de point de ralliement. Les noms ridicules tirés des rivières et des montagnes ne présentaient aucun drapeau et ne pouvaient rallier les hommes de cœur, Lyon et la Vendée furent des exceptions; mais il ne faut jamais raisonner d'après les exceptions. Tout le reste était dans la stupeur de l’esclavage et attendait chaque jour les ordres partis de la capitale. Là des factions se disputaient le pouvoir, et cette grande cité, plus esclave encore que le reste de la France, tremblante sous l’Assemblée qui tremblait elle-môme sous l’ascendant de la faction, donnait l’exemple de l’obéissance. Tant que la France sera morcelée, comme elle l’est maintenant, en petites portions, sans noms et sans souvenirs, elle ne produira point ces grandes vertus civiques qui relèvent les empires, à l'instant de leur chute.

Si vous voulez avoir une juste idée du bien que produisaient les états provinciaux , lisez l’excellente Histoire des états du Languedoc par M. le baron Trouvé, ancien préfet dans ces contrées. Vous y verrez avec quel esprit de suite , avec quel travail assidu ces états s’occupaient de toutes les branches de l’administration , et comment ils faisaient rejaillir sur la couronne la gloire de leurs succès. Us créèrent et augmentèrent ces belles manufectures de draps que Marseille expédiait dans tout l’Orient, et dont les bail >ts étaient reçus sans être ouverts. Après la Révolution, au contraire, on ne recevait plus un seul de ces ballots sans les ouvrir et les examiner. Triste effet d’une tromperie habituelle, qui, s'enrichissant d’abord aux dépens des Français, voulait s’enrichir plus encore aux dépens de l’étranger. On ne peut lire l’ouvrage de M. le baron Trouvé sans regretter que de pareilles institutions aient été détruites par l’ineptie de la Constituante.

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