XI
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du calembourg, et surtout de la brochure, qui, plus tard, lui coûta plus du tiers de ses revenus.
Les parlements refusent l’enregistrement des impôts et triomphent insolemment de la faible autorité qui les rappelle après les avoir exilés. La noblesse suit leur exemple. A Rennes, elle proteste contre les ordres du roi , et brave , au milieu de l’émeute , une administration qui défend aux troupes d’user de leurs armes; à Grenoble, les gentilshommes provoquent par six délégués l’illégale convocation des trois ordres de la province. Il semble que les Français soient devenus ingouvernables en cessant d’étre frivoles. Qu’ajouterai-je? L’archevêque de Toulouse, Loménie de Brienne, aux derniers jours de son ministère expirant, in articulo mortis, sollicite du clergé un don, que, dis-je? une aumône xl’un million huit cent mille livres pour l'année 1788, et le clergé refuse la charité à la monarchie suppliante!
Tous ces grands corps, si fiers de leur résistance contre une autorité légitime et débile, ne répètent que ces seules paroles : Les états généraux ! les états généraux ! — Mot imprudent! Les états généraux à peine assemblés vont chasser devant eux clergé, noblesse et parlements, comme l’ouragan, sous le ciel africain, balaie le sable du désert. — Imposé à Louis XV par l’opinion publique, M. Necker cherchera son appui, non dans la royauté, mais dans une popularité qui lui manquera , comme à tous les ambitieux trop disposés à compter sur elle. Ce n’est pas qu’il visât à détruire la monarchie : jamais il n’en eut la pensée, il voulait seulement en changer la forme et donner à la France les institutions qui rendent l'Angleterre tout à la fois libre , respectueuse et fidèle.
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Cette idée seule absoudrait M. Necker de toutes ses erreurs , mais elle était trop sage et trop conservatrice pour les grands hommes d’État revenus d’Amérique; ils ne voyaient rien au-dessus d’une assemblée unique avec un président à côté. — A leurs amis partant pour Londres : a Vous allez donc visiter 1‘ Angleterre ! disaient-ils ; vous n'y trouverez plus de Chambre haute. Trop peu connus, les Mémoires de Gouverneur Moris, citoyen américain et depuis envoyé des États-Unis à Paris, sont fort curieux à lire sur cette époque. On y voit un républicain qui blâme en France les partisans outrés de la démocratie. « Je leur « déclare, dit-il, que je suis opposé à la démocratie par « amour de la liberté ; que je les vois courir à leur ruiue « et voudrais les retenir; que leurs vues, leurs projets, « leurs théories sont incompatibles avec les éléments qui « composent la nation française; qu’enfin, ce qui pour- « rait arriver de plps fâcheux , c’est que leurs espérances a et leurs plans pussent jamais se réaliser. »
Ces étourdis politiques osaient pourtant comparer leurs informes essais de monarchie républicaine avec l’immuable et libérale sagesse de la constitution anglaise; mais , avant même qu’on mit en délibération son projet, M. Necker avait disparu de la scène. De tous les conseils, le plus monarchique fut alors donné par un homme bien différent, par celui qui avait quitté le ministère avant Turgot, quand tous deux passaient pour trop novateurs, par celui que Louis retrouva pour ainsi dire au pied de l’échafaud pour l’y défendre et pour y monter après lui , par M. de Malesherbes. Dès 1788 il proposait, dans un Mémoire remis au roi, que la couronne se donnât, devant les états généraux, tous les honneurs des changements ré-
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damés par l'opiuion. La reconnaissance alors eût pris la place du doute, et des concessions volontaires auraient désarmé la violence qu’en tous cas, alors, on eût eu le droit de réprimer. Malesherbes avait formulé ces concessions; mais 88 n’écouta pas plus sa sagesse que 93 ne respecta son dévouement et ses vertus. Tout semblait conspirer contre un pouvoir trop faible et contre un souverain malheureux.
L’imprévoyance d’un côté, l’esprit d'usurpation de l’autre se montraient, en effet, en toutes choses , en tous lieux. Prouvons-le. — Quel but spécial, exclusif, avaient les collèges électoraux? L’élection. Mais, a Paris, le collège électoral se fait, de son autorité privée, corps politique , et statue qu’il existera aussi longtemps que les états généraux. Où donc en était-on? Et quand la résistance s’établissait partout , comment ne pas pressentir qu’après ia fameuse séance royale les députés du tiers refuseraient de quitter le lieu de la séance? Lorsqu’on vint annoncer ce refus au roi , que dit-il? — « Eh bien ! s’ils ne veulent « pas quitter la salle qu’on les y laisse 1 » La monarchie était frappée à mort.
M. de Vaublanc assista plus tard à son agonie dans l’Assemblée législative. Dès la cinquième séance elle abolit les titres de Sire et de Majesté. Il est vrai qu’on revint sur ce décret le lendemain. Il en disait trop ; c’était , au 5 octobre 01 , une indiscrétion relative au 10 août 92. On est surpris que la lutte ait duré si longtemps entre la débilité du pouvoir et l’audace des factions. M. de Vaublanc prit vivement part au combat dans le parti le plus faible ; avec ses penchants généreux , ses convictions royalistes et l’énergie de son caractère , son choix ne pouvait être un moment douteux. Il défendit le trône et faillit bien des
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fois périr écrasé dans sa chute. Quand l’inaltérable bonté de Louis XVI eut, en préparant ses malheurs, amené son supplice, et quand les fautes du roi disparaissaient dans l'auréole du martyr, M. de Vaublanc errait déjà proscrit au milieu de la France. On trouve dans sa fuite même, comme dans toutes ses actions, la vigueur unie à l’originalité : il se cachait: en sc montrant, et n’eut jamais, sous la Terreur , d’autre asile que les grandes routes.
Dans cette préface aux Mémoires de Fauteur à peine encore avons-nous prononcé son nom. Ce n’est pas sans dessein. Nous avons voulu que, sur tout ce qu’a vu , dit ou fait M. de Vaublanc, les lecteurs ne reçussent leurs premières impressions que, de lui-même. Né à Saint- Domingue le 2 mars 1755, élevé en France, à vingttrois ans marié à Saint-Domingue, qu’il habitait alors , puis de retour à Paris en 1782 , il va raconter, dans les pages les plus attachantes, sa jeunesse à l’Ecole militaire, ses heureux essais de culture aux colonies, puis sa carrière, ses luttes, et ses persécutions politiques. Ministre de l’intérieur sous la Restauration , en 1815, il conservait alors, à soixante ans, la vigueur de corps et d’esprit de tout autre homme à quarante. Après son ministère , les lettres , l’administration , la poésie , la peinture, l'équitation occupaient encore, variaient et charmaient ses loisirs. Sa verte vieillesse, toujours active, noble , courageuse, aimée, honorée, se prolongea jusqu’à l’âgedequatre-vingt-dix-ans; et pourtant quelle existence éprouva plus d’agitations, fut battue par plus d'orages ! Appelé cinq fois dans nos assemblées délibérantes , son sort fut changeant comme les destinées de la France. Mis hors de la loi pendant la terreur, proscrit par le l)i-
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rectoire , préfet aux beaux jours de l’Empire et ministre sous la Restauration, sa vie entière va se retracer dans ces Mémoires , où tout est digne d’un vif intérêt , l’époque, les faits, l’homme et l’écrivain.
Fs. Barrière.