CHAPITRE XXV
Réflexions sur le gouvernement établi par Bonaparte et sur l’acllu;sion de la France à son gouvernement. — Entretiens avec lui et avec le général Leclerc sur l'expédition projetée à Saint-Domingue. — Institution des préfectures.
Le lendemaiu de mou arrivée à Paris, je fus présenté à Bonaparte par le consul Lebrun. Il me dit quelques mots flatteurs sur ma carrière politique, et me fit beaucoup de questions sur ce que j’avais vu dans la Lombardie et dans le Piémont , en traversant ces pays.
Il était encore premier consul lorsque , dans un cercle de fonctionnaires publics, il parla du projet de l’expéditioade Saint- Domingue. Je présentai quelques objections; je lui dis que le succès ne pouvait dépendre de la force des armes, à cause des maladies, et que les soldats les plus vigoureux étaient précisément ceux que le climat prendrait d’abord pour victimes. Il m’écouta et me répondit avec un peu d'humeur. Il eut, sur cet objet, ce défaut singulier qui est général parmi nous : c’est de ne jamais rien écouter, quand il s’agit de choses que nous ne connaissons pas. J’ai toujours remarqué que les avocats , qui n’entendent rien à la marine et aux colonies, qui n’ont jamais voyagé, souffrent impatiemment tout ce que leur disent sur ces choses les hommes qui en sont instruits, tandis qu’ils écoutent volontiers les objections qu’on leur présente sur la législation, qu’ils connaissent.
Ce défaut me surprenait dans un homme d’un aussi grand génie que le premier consul ; il ne me surprit pas dans le général Leclerc. Quand il fut nommé commandant en chef du