CHAPITRE XXV
Mon administration dans le département de la Moselle. De la conscription, de la population pendant la guerre. Des gardes d'honneur, des sénatoreries, de la haute police. Ordres d'arrêter MM. de Tsehudy, de Fou- <|uet et l'abbé de Tournefort. Singulière conduite d'un chef de carbonari poursuivi pour des crimes. Je le fais arrêter à Metz. Affaire des Stévenistes.
Je désirais donc une préfecture; celle de Metz me fut proposée , au nom de Napoléon , par le ministre secrétaire d’État du conseil. Je l’acceptai avec reconnaissance. Je me rends le témoignage d’avoir toujours tout vu , tout examiné , tout fait par moi-même. Je trouvai autant de zèle que de probité dans tous les fonctionnaires publics ; je n’ai jamais eu de reproche grave à faire à un seul d’entre eux.
11 me semble impossible de porter plus loin que je ne l’ai fait l’activité et l’esprit de suite et d’action dans toutes les affaires. Pourquoi ne dirai-je pas que, tous les jours, dès six heures du matin jusqu'à deux , toute personne qui se présentait, la plus pauvre comme la plus riche, était introduite à l’instant même dans le cabinet où je travaillais, et que j’interrompais toujours mon travail pour l’écouter. Tel j’ai été pendant douze ans. Cela n’empêcha pas plus d’un homme de se présenter de deux à quatre heures , et de m’écrire ensuite qu’ils ne pouvaient ré ssir à obtenir une audience de moi. J’ai reçu cet étrange reproche d’hommes plus étranges encore pendant ma préfecture , et ensuite pendant mon ministère. Il est des hommes, et ce sont les plus froids, les plus apathiques, qui s’étounent toujours qu’on ne consulte pas en tout leurs désirs et qu’on ne prenne pas l’instant qui leur convient.
L habitude de monter à cheval me fut d’une grande utilité dans mon administration. En peu de jours je connus parfaitement tous les environs de Metz , à une grande distance. Parcourant ainsi le département , je voyais les maires et les propriétaires venir au-devant de moi à cheval , m'inviter à voir des villages, des constructions situées loin du grand chemin, et m’instruire ainsi sur les lieux mêmes de toutes les choses uécssaires, indispensables, de toutes les améliorations utiles.
M. de Tournon, alors maître des requêtes , ayant été envoyé par l’empereur pour visiter plusieurs départements , nous parcourûmes ensemble une partie de celui de la Moselle. Nous étions à cheval ; il remarqua dans cette tournée l’avantage immense de voyager ainsi, et de tout voir, au lieu de courir en voiture sur les grandes routes et de ne voir que les villes.
Lorsque je fus ministre de l’intérieur, je continuai de prendre cet exercice ; il se trouva de braves gens qui furent tout surpris qu’un ministre montât à cheval. On en fit de sottes plaisanteries , même dans des ouvrages publiés depuis ce temps ; un auteur, -qui prend le titre d 'homme d'Élat , répéta ces niaiseries. Il faut être en France pour lire de pareilles choses. On y trouve de bons esprits qui croient que l’on ne peut être bon ministre si l’on 11’est avocat , et l’on sait que ces messieurs ne montent guère à cheval. Les ministres anglais 11e pensent pas ainsi; presque tous commencent la journée par cet exercice ; plusieurs même , et des pairs , des députés , se rendent à cheval au Parlement. Mais pourquoi les citer? N’avons-nous pas vu M. Pasquier commettre la grande faute d’aller ainsi à la Chambre des députés? Je regrette que M. de Richelieu n’ait pas suivi son exemple ; il aurait eu besoin de cet exercice journalier pour se préserver d’affections nerveuses , et quelquefois vaporeuses , qui peut-être ont contribué à la direction des affaires et à sa mort prématurée.
Bonaparte sentait la nécessité d’établir une aristocratie ; il y travailla rapidement ; les titres , les cordons , les dignités , les
majorats, tout fut prodigué. 11 établit des' senatoreries ; mais cette institution n'était pas heureusement conçue. Les sénateurs , ainsi placés dans les provinces, n’avaient aucun pouvoir ; ils reçurent des instructions qui leur donnaient une sorte de surveillance sur les autorités ; de là à l'espionnage et à la délation il n’y avait pas loin. Plusieurs sénateurs repoussèrent cette surveillance. Ce plan était mauvais, parce qu’il était compliqué. Rarement eu France on voit les choses dans leur simplicité , ni le bien qu’elles peuvent produire précisément parce qu’elles sont simples. Bonaparte., en établissant les sénatoreries, en les dotant richement, en leur donnant des palais, n’avait qu’une chose à faire ; c’était de dire aux sénateurs : « Je vous donne tous ces avantages à condition que vous passerez la belle saison dans la province et que vous y tiendrez un état convenable; vous y chercherez l’influence que doit avoir un riche propriétaire. Je fais de vous un grand seigneur, parce qu’il en faut dans les monarchies ; je vous donne les moyens d’en tenir le rang ; c’est à vous d’en acquérir la considération. » C’eût été une chose toute simple , toute naturelle , et qui , par sa simplicité même , aurait produit le bon effet qu’on pouvait en attendre. Mais ces sénateurs, exerçant une surveillance sans autorité , instruisant le gouvernement, faisant des rapports, présentaient un côté ridicule et odieux. Il était difficile de plus dénaturer une chose bonuc en elle-même. L’idée principale était de Napoléon ; l’exécution appartient aux ministres.
Cette complication de choses et de moyens a toujours été et sera toujours le défaut du gouvernement en France. Quand nous adoptons une idée , nous la portons au dernier excès. Le t morcellement de l’administration fut poussé à un degré inconcevable. Les ministres se plaignaient sans cesse d’être entravés par les présidents des sections du conseil d’État. Ces présidents étaient plus puissants que les ministres , et ceux-ci , pour re- 4 prendre leur importance, saisissaient des parties d'adnünis-
tration qui ne leur appartenaient pas. Un ministre de l’intérieur avait un bureau de l’esprit public : rien de plus simple et de plus convenable; mais ce bureau devint insensiblement un vrai bureau de police générale. Il avait ordonné aux préfets de lui rendre compte , tous les huit jours , de tout ce qui sc passait dans leurs départements , sous le rapport le plus minutieux de l’ordre publie , en sorte que les préfets avaient avec lui la même corres|)ondance qu'avec le ministre de la police générale. Par la nature des choses le ministère de l’intérieur, contrarié dans son action à un point vraiment ridicule , empiétait sur les autres ministères. Telles furent ces espèces d’usurpations que M. Gaudin, duc de Gaëte, excellent ministre des finances, qui avait dans sa correspondance autant de politesse que de vraie fermeté , s’étant aperçu de l’embarras que cela mettait dans son ministère, écrivit aux préfets qu’il leur défendait de rendre compte à aucun autre ministre de ce qui concernait le ministère des finances.
Le même abus s’était glissé dans le ministère de l’intérieur et de la guerre. Les chefs de division étaient devenus de petites puissances, quisc choquaient, se combattaient, traitaient ensemble d’un ministère à l’autre, établissaient leurs prétentions respectives; et, dans ees luttes ridicules, si aucun des contendants ne voulait céder, l’affaire dont ils s’occupaient ne pouvait finir. Il est certain que, dans les quatre dernières années de l’Kmpire, l’administration était un vrai chaos; que la séparation multipliée des parties avait détruit tout ensemble , et produit un enchevêtrement continuel des affaires les unes sur les autres. Avec un travail toujours croissant , il était impossible aux préfets d’y suffire ; ils s'eu plaignaient tous les jours.
Par une bizarrerie funeste , on défendit aux préfets d’ordonner une dépense urgente si elle passait une très-petite somme fixée. 11 arrivait sans cesse que, une dépense modique n’ayant pas été faite dans le moment même , la dégradation augmentait rapidement , et exigeait une dépeusc dix fois plus
forte. Un orage ayant considérablement dégradé la grande route de Paris à Metz dans une pente très-rapide , j’ordonnai que les réparations fussent faites aussitôt, alin d'empêcher des accidents très-probables. Le directeur général des ponts et chaussées m’adressa de graves reproches. J’avais, disait-il, excédé mes pouvoirs, et violé les règles de la comptabilité. Je reconnus ma faute ; je lui dis de ne point s’occuper de la dépense, et que je serais heureux de la payer moi-même.
Je ferais un volume de tous les détails de ce genre , ou à peu près semblables , qui se présentent à ma mémoire. Napoléon en eut souvent des preuves et en manifesta toujours beaucoup de mécontentement.
La partie la plus difficile dont était chargé un préfet , c’était la conscription ; mais il y avait plusieurs manières de présider à cette grande et pénible opération. On pouvait, sans manquer à la loi, y mettre plus ou moins de justice générale et de justice relative. Quant à la chose en elle-même, nous voyons qu’après le retour de nos rois on a été forcé de rétablir la conscription. Elle existe dans presque tous les États de l’Europe; elle existait dans toutes les anciennes républiques. Quelles que soient la forme et la dénomination, c’est toujours un enrôlement forcé. Les Français , qui le regardent comme une tyrannie , devraient se rappeler qu’il était inconnu sous nos rois, avant la Révolution, qu’il fut enfanté par elle, et que l’injustice et l'horreur dans l’exécution furent portées au dernier degré pendant les beaux jours de la Révolution.
Dans l’état actuel de l’Europe , à moins de trouver le secret merveilleux d’empêcher les peuples de se faire la guerre , il faut se résoudre à voir les armées formées par des enrôlements plus ou moins forcés. On voit même qu’ils ont été plus sévèrement exigés et les infractions plus cruellement punies dans les républiques que dans les monarchies.
Des préfets , par la crainte très-louable de commettre des injustices , faisaient marcher tout homme qui n’avait pas une
infirmité réelle et apparente. Des hommes d’uue extrême faiblesse , d’une mauvaise constitution , étaient envoyés dans les armées , ou plutôt dans les hôpitaux , je dirais presque à une mort certaine, et sans rendre aucun service à l’État. J’ai toujours pensé différemment; j’ai cru qu’on ne pouvait sans l>arbarie envoyer à l’armée cette espèce d’hommes, et j’ai soutenu ce principe dans les conseils de recrutement .
M. Lacuée de Cessac , directeur de la conscription , me reprocha le grand nombre de réformes qui se faisaient dans mon département, et surtout dans de certains cantons, et il compara ce nombre à un nombre beaucoup moindre du départemeut du Cantal. Je lui répondis que je ne savais pas comparer des choses que je ne connaissais pas ; que je connaissais l’espèce d’hommes réformée dans mon département, mais non celle qu'on faisait marcher dans le Cantal ; qu’ainsi je ne pouvais faire ni admettre aucune comparaison entre elles, mais que j’allais faire examiner de nouveau les hommes réformés du canton qu’il me désignait. Ils habitaient une vallée basse, dans les environs de Metz. Je fis ranger derrière eux des conscrits des hauteurs de Bric : ceux-ci semblaient des géants auprès des autres. Le conseil constata avec la plus scrupuleuse exactitude cette différence : il avait sous les yeux les deux termes de la comparaison; il pouvait comparer et juger ; il décida qu’on ne pouvait faire marcher aucun des hommes déjà réformés.
En France, pendant la guerre , un homme faible doit périr dans les hôpitaux. Il n’en était pas de même à Rome. César écrivait à ses lieutenants : Mille sanos, reddero fortes. Envoyez des hommes sains, je les rendrai forts. Nous ne pouvons dire la même chose; nous ne cherchons pas à les rendre forts. La vie claustrale à laquelle ils sont condamnés dans les casernes , le manque absolu d’exercices propres à déployer et augmenter les forces , l’espèce d’exercice qu’ils font , et dont la base est l'immobilité , c’est-à-dire la chose la plus propre à affaiblir un homme; ce qu’on appelle la tenue, c'est-à-dire uu habillement
qui serre et fatigue les bras, le cou et la poitrine, tout cela est merveilleusement imaginé pour affaiblir les hommes forts avant d’aller à l’armée et pour réduire à rien les hommes faibles. Ajoutez l’ennui qui en résulte nécessairement, cette maladie accablante qui ôte à l’homme toutes ses forces. Tout, dans cette partie, est contraire au plus simple bon sens. Non-seulement les exercices militaires des Romains rendaient forts les hommes faibles, bien constitués, mais encore, comme le dit Cicéron, ils étaient un véritable amusement , et les soldats s’y portaient avec ardeur. Leurs généraux en donnaient l’exemple. Pompée, à cinquante ans , faisait tous les exercices dans le champ de Mars , et , tout armé , se jetait ensuite dans le Tibre.
Comme nous sommes naturellement imitateurs, nous n’avons pu voir les poitrines enflées des Russes sans les admirer et sans nous les donner , et, malgré les dessins dans lesquels d’ingénieux dessinateurs nous les montraient bossus à la poitrine serrés comme des guêpes au-dessus des hanches, nous avons voulu paraître avoir une conformation extérieure dont nous serions désolés et honteux, si la nature nous l’avait donnée. Mais, tandis que nous imitions les Russes, et même avec excès, deux ans après, les médecins de la garde impériale russe s’élevaient , dans un rapport adressé à l’empereur Alexandre , contre ces poitrines enflées , contre les vêtements serrés au cou , déclaraient qu’ils ne pouvaient être supportés par certains tempéraments, et qu’ils occasionnaient de graves accidents.
Qu’on se figure l’effet que doivent produire de tels vêtements dans les colonies. Des officiers revenus de la Guadeloupe m’ont dit que souvent, à l’exercice, ces ligatures leur faisaient monter le sang à la tête au point d’être forcés à se retirer, et qu’ils aimaient mieux passer des soirées dans leurs chambres , vêtus comme l’exigeait le climat, que d’aller dans la ville et dans les sociétés , parce qu’il aurait fallu conserver, dans toute sa rigueur, cette tenue, sans laquelle ils auraient été punis comme d'une grave infraction à la discipline militaire. Le chef qui les
mirait rencontrés un peu déboutonnes, afin de respirer librement, aurait poussé un cri d’horreur.
Des ministresde Bonaparte ont dit, dans des rapports publics, que la population avait augmenté pendant ces guerres continuelles, et l’on a cru qu’ils en imposaient. Cette augmentation • était apparente et réelle. L’apparence venait de ce qu’on faisait les états avec plus d’exactitude qu’auparavant , et l’augmentation résultait de la comparaison des anciens états avec les nouveaux ; mais, en outre, l’accroissement réel était positif. Je crois que la vaccine en était la plus grande cause. Ajoutez le très-grand nombre de mariages contractés pour se soustraire à la conscription.
Cependant , ces états , si exacts , étaient trompeurs en une chose qu’on ne calculait pas, mais qui frappait les yeux des observateurs. J’ai souvent remarqué que, dans les champs, on ne voyait occupés à la culture que des vieillards, des femmes et des enfants. Les jeunes filles et les enfants étaient très-nombreux. Je doute que les garçons fussent assez nombreux pour remplacer toujours les vides occasionnés par le service des armées, bien moins encore pour entretenir l’augmentation réelle de la population. Je crois que, si la guerre avait continué, on aurait aperçu tout à coup un grand changement, que les dénombrements l’auraient manifesté, et que le décroissement de la population aurait été rapide dès l’instant qu’il aurait commencé.
La manie de tout calculer, de parler toujours en mathématicien et en géomètre, s’était introduite, même parmi les littérateurs, avant la Révolution. On prétendait qu’une nombreuse population était la marque la plus certaine du bonheur d’un peuple. J. -J. Rousseau, après l’avoir prouvé à sa façon , s'écrie avec emphase : « Maintenant , calculateurs , comptez ; c’est votre affaire. » D’après ce principe , jamais les Français Sauraient été plus heureux que sous Napoléon ; car, malgré l’extermination des hommes pendant une longue guerre, la population
de la France augmentait. Mais voici un Anglais qui renverse tous ces raisonnements. Il soutient que la population toujours croissante de l’Angleterre vient de la misère , parce que plus les dernières classes du peuple sont malheureuses, plus elles se marient sans réflexion et sans balancer, taudis que , dans les classes un peu plus aisées, on craint de se rendre mal- . heureux en se mariant Non-seulement ce raisonnement paraît juste au premier aperçu , mais encore on pourrait le fortifier par des raisons bien simples , tirées du genre de vie , des habitudes, du logement et des meubles de ces deux espèces de ménages. On y trouverait que les pauvres doivent plus remplir le devoir conjugal et avoir plus d'enfants que les personnes un peu aisées.
Les faiseurs de statistiques ont beau faire : un bon raisonnement vaudra toujours mieux que des chiffres , et même les chiffres ne seront utiles que lorsqu’ils serviront de base et d’appui à des raisonnements justes. Or des raisonnements demandent un style clair et méthodique, que ne comportent point des tableaux.
Après la fameuse campagne de Moscou, les conscrits furent envoyés prestpie tout de suite à l’armée d’Allemagne. J’ai ouï dire à M. le maréchal Marmont que ces jeunes gens, qui voyaient le feu pour la première fois, l’étonnèrent par leur bravoure ; ils remportèrent la victoire à Lutzen ; mais, après la défaite de Leipzig, combien périrent dans la retraite, à Mayence et dans les autres villes, où ils furent entassés dans les hôpitaux !
Après la campagne de Moscou, Bonaparte créa un corps de gardes d’honneur. Les instructions voulaient qu’on y fît entrer tous les jeunes gens de bonne famille qui n’avaient pas encore servi. C’était doublement injuste. D’abord, c’était contraire à la loi, puisqu’ils avaient satisfait à la conscription; en outre, beaucoup d’entre eux étaient faibles et accoutumés à une vie molle , sans fatigue. T. es envoyer à l’armée , c’était les eu-
voyer à une mort cruelle et sans gloire comme sans utilité. Mais, à côté de ces jeunes gens , d’autres se présentaient de bonue volonté. Séduits par ce titre de garde d'honneur, par un bel uniforme et un cheval, pleins de force et de santé*, ils briguaient l'honneur de l'inscription , que d’autres ne voyaient qu’avec effroi. Je ne balançai pas un instant sur la conduite que je devais tenir : je n’enrôlai que des hommes de bonne volonté. On no fit pas de même dans d’autres départements, et à la fin de la campagne on ne parlait que de ces tristes gardes d’honneur mourant sur les chemins et dans les hôpitaux. Les familles étaient dans les larmes, et je recevais souvent des lettres des diverses provinces, dans lesquelles on me priait, parce que j’étais plus près du théâtre de la guerre, de prendre des informations sur ces malheureux jeunes gens, dont on ne recevait pas de nouvelles. C’étaient des victimes , et non des soldats , qu’on avait envoyées à l’armée. On n’avait pas suivi la maxime de César ; ou ne les avait pas rendus forts avant de les envover dans les camps.
Je n’eus pas un semblable reproche à me faire ; je me suis toujours félicité de la conduite hardie, mais humaine, que j’eus alors. Il est vrai aussi que des circonstances particulières me servirent, comme on va le voir -, mais il fallait tirer de ces circonstances le parti que je sus en tirer. J’avoue que j’y employai un peu de ruse, bien pardonnable dans une telle affaire. J’envoyai d’abord au ministre une première liste, où se trouvaient les désignations suivantes : Fils du chef des ouvriers de l’Arsenal, fils de fermiers, fils de cultivateurs peu riches, fils d’un ancien journalier qui avait acquis quelque aisance. Je m’attendais aux reproches ; mes réponses étaient prêtes. On voulait des fils d’anciens nobles , de grands propriétaires , de magistrats, et j’enrôlais des fils d’ouvriers, des cultivateurs. Le ministre s’en plaignit fortement.
Je répondis que dans mon département étaient nés trois maréchaux de France , plus de soixante officiers généraux , un
grand nombre de rolonels ; qu’ils avaient des familles nombreuses; que les jeunes gens de ces familles, fiers de l'illustration militaire de leurs parents, désiraient l’honneur de servir dans un corps d’élite ; que le fils de l’ancien journalier, par exemple , avait pour parent un maréchal et s’appuyait sur cet avantage pour demander cet honneur ; que le chef des ouvriers de l’Arsenal , qui présentait son fils , était un homme d’un grand talent , très-considéré , et que , lorsque j’avais paru balaueer sur son inscription , il m’avait demandé si je voulais le déshonorer ; que tous les parents de ces jeunes gens me faisaient cette même demande. J’insistais d’ailleurs sur ce que tous ceux qui se présentaient ainsi, et que je recevais, étaient forts, pleins de santé , marchaient avec allégresse, seraient promptement instruits, seraient utiles à l’État et à eux-mêmes, puisqu’ils pourraient espérer de l’avancement. Je reçus de nouvelles et fortes observations ; je persistai, et on me laissa tranquille. Une conduite contraire était à mes yeux une violation de la loi, des droits acquis par les familles, et Une injustice révoltante. J’aurais donné ma démission plutôt que d’obéir à de pareils ordres.
On forma le second de ces corps à Metz. L’officier général baron Lepic , sorti de la garde impériale , fut chargé de l’organiser. 11 remarqua la différence de mon choix et de celui de plusieurs autres départements ; il en instruisit le ministre ; il lui dit que , dans un de ces détachements envoyés de l’intérieur, il n'avait pas trouvé un seul homme capable de donner un coup de sabre. Cette opération fut pénible , par mes rapports avec le ministre. Je consentais sincèrement à servir un gouvernement ferme et vigoureux , mais je n’aurais jamais obéi à un ordre injuste. Or, quoi de plus injuste que de contraindre arbitrairement à servir des jeunes gens qui avaient satisfait à tout ce que les lois prescrivaient, et qui la plupart étaient d’une constitution faible qui les aurait condamnés à périr !
J’eus deux antres occasions de me conduire avec la fermeté
d'un honnête homme qui sert un gouvernement, mais qui n’en est pas l’esclave. Je reçus tout à coup du ministre de la police l’ordre de faire arrêter M. de Tschudy, ancien maréchal de camp au service du roi de Naples. Il vivait dans une solitude agréable , où il avait, à l'exemple de son père , cultivé les arbres et les arbustes étrangers qui pouvaient s’acclimater en France. La lettre du ministre l’accusait d’avoir fait fusiller un grand nombre de Français dans l'île de Caprée, après l’évacuation du royaume de Naples. J’étais bien sûr d’avance que c'était une fausse accusation. Je priai le secrétaire général et le commandant de la gendarmerie d’aller à sa maison de campagne , et de lui dire l'ordre que j’avais reçu , en l’invitant à se rendre à la préfecture. Ils revinrent peu d'instant après, et me dirent qu’il était parti pour Metz. J’envoyai à sa maison de la ville: il venait de la quitter; il avait pris des chevaux de poste ; il avait annoncé qu’il allait à la terre de sa sœur, sur les frontières de la Suisse. Je vis rapidement les conséquences de ce voyage , commencé le jour même où je recevais l’ordre de le faire arrêter ; il paraîtrait coupable de la chose dont on l'accusait, puisqu’il prenait la fuite , et peut-être qu’averti ensuite de cet ordre il ferait la faute , très-grave pour ses intérêts , de passer en Suisse. Je paraîtrais aussi l’avoir fait prévenir de l’ordre qui le menaçait, et je perdrais tout moyen de lui être utile. J'estimais beaucoup M. de Tschudy ; je devais beaucoup de considération à sa famille. Proscrit cinq fois , j’avais toujours trouvé des secours généreux ; j’étais bien déterminé à être envers les autres ce qu’on avait été envers moi. Je réfléchis profondément sur le parti que je devais prendre ; toutes mes pensées furent dominées parcelle-ci : « Si je le fois arrêter, je deviendrai le maître de son affaire ; car bien certainement il n’est pas coupable des meurtres dont ou l’accuse. » Je ne balançai plus ; j’ordonnai à un oflicier de gendarmerie de prendre la poste et de courir sur la route qu’il avait prise. L’offieier l'atteignit à une poste où il n’avait pas trouvé de chevaux, et lui remit une lettre que je lui écrivais. Après l’avoir
lue, M. de Tschudy lui dit : « Je me remets avec confiance entre les mains de M. de Vaublanc. »
Lorsque je donnai cet ordre , une personne qui m’était chère était dans mon cabinet ; elle s’écria : « Comment ! vous le faites arrêter! — Oui, répondis-je, pour lui être utile : si l'on peut le joindre, je suis le maître absolu de son affaire ; elle finira promptement. » Je fis avertir et tranquilliser Mn,e de Tschudy. Elle m’envoya , le lendemain, un certificat du médecin sur la faible santé de son mari. Je l’autorisai à rester chez lui, et je lui demandai un Mémoire justificatif; M™* de Tschudy me l’apporta. Je fus convaincu de l’innocence de son mari ; mais je trouvai le Mémoire écrit trop faiblement. J’en rédigeai un autre, dans lequel je le faisais parler du ton d’un, honnête homme indigné. Je le remis à Mme de Tschudy, en lui disant de le faire copier par son mari et de me l’envoyer. J’ajoutai : « Je passe un peu les bornes de mon devoir; mais j’y suis autorisé par l’horreur d’une accusation si atroce. » Le lendemain, j’envoyai le Mémoire au ministre , et je l’accompagnai d’une longue lettre justificative , dans laquelle je peignais l’accusé comme un homme incapable, sous tous les rapports, de se portera de pareils excès. On me répondit qu’on avait écrit à Naples pour prendre des informations ; comme elles pouvaient tarder longtemps , j’autorisai M. de Tschudy à rester à sa maison de campagne , en ayant auprès de lui un homme de la garde départementale. Lorsque les informations arrivèrent, il fut prouvé que l’accusation était une infâme calomnie, qui n’était fondée sur aucune apparence , et qui malheureusement était venue du département qu’il habitait. Je fus heureux d’avoir pris rapidement mon parti dans une affaire si délicate ; l’hésitation pouvait perdre M. de Tschudy.
Quelque temps après, je reçus l’ordre de faire arrêter M. de Fouquet. On l’accusait d’avoir tenu des propos outrageants pour l’armée. Après la lecture d’un bulletin , arrivé le jour même et lu sur le théâtre , il s’était écrié , disait-on , que le récit qu’on venait d’entendre était faux ; que des Français en
DE M. LE COMTE DE V Al! BLANC. 425
si petit nombre ne pouvaient pas avoir battu des Russes beaucoup plus nombreux. Je pris des informations, et j’appris avec certitude que M. de Fouquet n’avait point paru au Sjfcctacle ce jour-là, qu’il n’était pas même à Metz. Cette affaire était bien différente de celle de M. de Tsehudy. Dans la seconde, j’avais une certitude entière. Je n’hésitai pas à déclarer au ministre que je ne pouvais faire arrêter un homme dont l'innocence était évidente; que cette injustice frapperait tous les yeux et rejaillirait sur le gouvernement et sur moi ; que si M. de Fouquet avait tenu hautement le propos dont on l’accusait , d’autres personnes seraient encore plus coupables que lui; qu’il fallait accuser le capitaine de la gendarmerie, le commissaire de police , le chef de l’état-major, le maire de la ville, qui tous étaient présents , n’avaient point parlé de ces discours dans leurs rapports , et qui > interrogés par moi , |>ersistaient à dire que M. de Fouquet n'était pas au spectacle. J’ajoutais que le secrétaire général, M. de Viville, m’avait dit qu’un habitant des environs de Metz avait effectivement , dans un état d’ivresse, tenu des propos un peu semblables à ceux dont on accusait M. de Fouquet, et que lui, M. de Viville, lui avait dit : « Vous avez raison, et l’armée française va se trouver « dans une terrible position ; le roi de Suède envoie trente « mille Lapons au secours des Russes. » Un instant après, on avait forcé cet ivrogne à sortir de la salle. Tout cela portait bien le caractère de la vérité ; le ministre en convenait un peu dans sa réponse ; mais il ajoutait qu’il fallait absolument faire arrêter M. de Fouquet. Je persistai dans une seconde lettre; je soutins que je ne pouvais exécuter un ordre aussi contraire à l’équité , et je priai le ministre d’adresser lui-même au capitaine de la gendarmerie l’ordre qu’il jugeait indispensable. 11 m’envoya l’ordre qu'il donnait à ce capitaine et ne me fit aucun reproche. Quelque temps après, dans un voyage à Paris, j’appris du ministre même qu’un général passant par Metz , pour aller, tejpindre l'année , avait entendu ce conte ri-
dicule dans sou auberge , l’avait débité à l’empereur, qui luimême avait donné l’ordre d’arrêter M. de Fouquet. C’était par cette raison que le ministre n’avait pu révoquer cet ordre, quoique ma correspondance l’eût convaincu de la fausseté du récit. Il voulut que l’ordre fût exécuté d’abord ; il lit ensuite un rapport d’après lequel M. de Fouquet fut mis en liberté.
Ces ordres arbitraires étaient la partie la plus cruelle de mon administration ; mais je trouvais une vraie jouissance dans la manière dont je les exécutais. J’eus la même conduite quand je reçus l’ordre de faire arrêter M. l’abbé de Touruefort , qui depuis fut nommé évêque par Louis XVIII. Je craignais qu’il ne se fût compromis par quelque correspondance imprudente. Outre l’estime particulière que m’avait inspirée M. l’abbé de Toumefort, je savais combien nous avions besoin de conserver les anciens ecclésiastiques. Je pris toutes les précautions possibles pour le mettre à l’abri de soupçons qui auraient pu lui être funestes, et je donnai l’ordre de le transférer à Paris . mais dans une bonne voiture, et en poste, accompagné d’un oflicier de gendarmerie , à qui je recommandai les procédés les plus délicats. Je le chargeai d’une lettre pour le ministre; j'eus le bonheur de porter la conviction dans son esprit , et ce vertueux ecclésiastique fut mis promptement en liberté. Depuis cet événement j’ai eu le plaisir d’en causer souvent avec lui.
Dans ces fonctions de la haute police , exercées loyalement et avec une sorte de courage, un préfet trouvait souvent l’occasion de se féliciter de ses fonctions , en se disant qu’un autre, peut-être, les remplirait différemment, et que, dans quelque position qu’on soit placé, on satisfait à sa conscience en faisant tout le bien qu’on peut faire, en évitant le mal, et surtout en refusant de le faire.
On m’amena un jour un jeune homme qui n’avait point de passe-port ; il était daus une grande agitation. J’eus beaucoup de peine à le tranquilliser. J’obtins cependant sa con-
fiance. Émigré rentré, mais n’ayant rien fait pour se mettre en règle , il se croyait encore au temps de la Terreur ; il errait dans les provinces frontières ; il avait épuisé ses ressources ; il était sans argent; mais il avait des parents à Paris. Je le plaçai dans un hospice ; j'arrangeai aisément son affaire , et , avec un léger seeours , je le rendis à ses parents.
Le désir et le devoir d’être juste m’imposent ici la loi d’ajouter que M. Fouché, ministre de la police, M. Savarv, qui lui succéda, et M. Réal, chargé des provinces dans lesquelles était compris mon département , ont toujours mis dans leur correspondance avec moi autant de confiance dans mes rapports que de modération envers les j>ersonnes accusées ou suspectes au gouvernement. Je n’eus à leur reprocher ni injustice ni persécution. Les ordres qu’ils donnaient étaient promptement adoucis, d’après mes rapports, et, si je ne craignais pas de me compromettre par de fortes représentations , iis ne craignaient pas non plus de se compromettre en se rendant à mes raisons et à mes demandes.
Bientôt après Ses affaires dont j’ai parlé , j'eus une occasion différente d’exercer ces fonctions de la haute police. Un homme se présenta, comme étranger, pour faire viser sou passe-port ; il était Italien. Je l’interrogeai ; j’aperçus de l’embarras dans scs réponses autant que dans sa figure. Il cherchait à justifier cet embarras par la difficulté de s’exprimer eu français ; mais je détruisis cette petite finesse en l’interrogeant dans sa langue. Je fis venir un officier de gendarmerie. On trouva sur lui des papiers écrits en style énigmatique. Je l’interrogeai sur ces papiers; son embarras fut bien plus grand encore. Je vis dans un de ses papiers, malgré l’obscurité de l'expression italienne, que des lettres lui étaient adressées à Thionville, poste restante; elles furent envoyées à Paris. Le ministre m’écrivit que cet homme était un chef de carüunari ; qu’il était non-seulement i iitié dans des intrigues politiques , mais qu’il avait commis des crimes; qu’on le cherchait depuis longtemps, et qu’il avait
échappé à toutes les poursuites dirigées contre lui. Il donna l’ordre de l’envoyer à Milan , où il devait être livré aux tribunaux. Je fus étonné qu’un homme assez imprudent pour garder sur lui des lettres énigmatiques fût un chef de bande renommé et dangereux. Dès le premier instant que je le vis, j’aperçus de l’inquiétude dans ses traits. Ses papiers indiquaient le projet de bâtir une église en Italie ; mais la description de cette église , et les moyens qu’on voulait employer pour la bâtir, me firent voir clairement que cette église était une association contre tous les gouvernements monarchiques, et l’établissement d’une république universelle. D’autres parties de ce plan annonçaient qu’il fallait employer toute espèce de moyens pour parvenir au succès. Longues années après je retrouvai, dans le beau réquisitoire de M. de Marchangy, des passages sur la secte des carbonari qui me rappelèrent l’homme dont je parle et ses papiers.
Dans le même temps à peu près, des prêtres prêchaient ouvertement contre le pape et contre les évêques, dans le département des Forêts , qui faisait alors partie du diocèse de Metz. J'écrivis une circulaire pour les empêcher de pénétrer dans mon département; ils n’y parurent pas, mais ils portèrent le trouble dans le duché de Luxembourg. On les appelait stévénistes, du nom de Steve n , prêtre du diocèse de Namur, dont ils suivaient les principes. Bonaparte , voyant que les autorités civiles et la gendarmerie ne pouvaient empêcher les prédications des stévénistes dans le Luxembourg , chargea M. I’évêque de Metz de les combattre avec les mêmes armes et d’envoyer une mission dans ce pays. Ce prélat en confia le direction au Père Élie , ancien petit carme de Metz , à qui je fis remettre 2,000 francs, par ordre du gouvernement.
Longtemps après, au mois de décembre 1829, le Constitutionnel fit de ces circonstances un récit entièrement faux, dans lequel il prétendait que j’avais persécuté des missionnaires, l’en démontrai la fausseté par un article inséré dans la Quo-
tidienne. J’y rétablissais la vérité des faits, et j’ajoutais que ces prêtres n’étaient point des missionnaires; que le vrai caractère d’un missionnaire est d’être autorisé par l’autorité civile et religieuse ; que je protégeais , par ordre du gouvernement, les bons missionnaires, et que j’empêchais d'ignorants fanatiques d’alarmer les consciences par des prédications dangereuses. Je terminais cet article par ces mots : « Si j’avais reçu « l’ordre de persécuter des prêtres religieux et utiles, j’aurais « désobéi , comme j’ai refusé deux fois d’obéir à des ordres « évidemment injustes ; j’aurais quitté ma place avec honneur, « comme je suis sorti d’un ministère dont la marche n’était « pas conforme à mes principes, et sans avoir rien fait qui « tendît uniquement à conserver ma place. »
Une chose singulière se renouvelait souvent à Metz. Je recevais des lettres anonymes qui renfermaient des calomnies contre les fonctionnaires publics, et même contre des femmes. J’en parlai à M. le sénateur Eymerie, qui était de Metz et habitait une maison de campagne aux environs. Il nie cita plusieurs anecdotes qui me firent espérer d’en découvrir les auteurs. Je reçus une de ces lettres , dont je fus très-frappé à cause de l’extrême méchanceté qui l’avait inspirée. L’écriture ne paraissait pas contrefaite. Je la gardai plusieurs années, et, toutes les fois que je voyais une écriture qui me rappelait cette lettre , je la confrontais avec celle qui m’offrait quelque ressemblance dans l’écriture. Une jeune personne, non mariée, me présenta un jour, pour son père, une pétition dont l’écriture me frappa. Je lui demandai si elle l’avait écrite. D’après sa réponse affirmative, je pris dans mon bureau la lettre gardée si longtemps; je confrontai les deux écritures, et je n’eus aucun doute. Je la présentai à cette personne et je l’interrogeai. Elle hésita d’abord ; mais accablée bientôt par mes questions , elle s’avoua l’auteur de la lettre et perdit presque connaissance. Je lui reprochai son indignité , en lui remettant la lettre accusatrice.
430 MÉMOIHES DE M. LE COMTE DK VAUBLANC.
Dans une de mes tournées j’allai à Luxembourg : j’étais curieux de voir cette forteresse. Je vis auprès de cette ville une cérémonie annuelle très-singulière. On raconte dans ces contrées qu’au quatorzième siècle tous les troupeaux furent saisis d’un désir violent de danser, qu’ils se mirent à sauter et danser jusqu’à perdre leurs forces et mourir. On invoqua un saint, qui fit cesser cette maladie. Depuis co temps , afin que les animaux ne se mettent plus à danser, les hommes , et surtout les femmes , dansent un certain jour de l’année. Le clergé arrive , en chantant des psaumes, dans le fieu destiné à la cérémonie. I/CS danseurs parcourent plusieurs fois une certaine enceinte , en avançant de trois pas et reculant d’un pas , toujours sautant. C’était au mois de juin ; la chaleur était trèsforte. Les danseurs furent bientôt en nage ; des femmes, épuisées de fatigues, haletantes, continuaient ce pieux exercice, buvaient de l’eau fraîche qu’on leur offrait , et sautaient encore eu avant, puis eu arrière, jusqu'à l'extinction totale de leurs forces. La nuit se passait sous des tentes et dans les plaisirs , et l’on se quittait, bien convaincu que les troupeaux ne danseraient point cette année.