‹ Mémoires de M. le comte de VaublancChapitre 22 sur 36 · M R MOI K ES · texte numérisé non relu

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conçut de cotte retrnilo. Il crut la coalition dissoute; il e8[>éra on (Icliichcr rcmiMTciir d'Aulriclio. Il lui écrivit, aiiLsi qu'au prince do Schwartzoïnhorg, gcncra^issime ; mais ses lettres, diton, étaient (lictccs par une conliance présomptueuse.

Ix»s couih.'its reconuiH'ncerent ; la >ille de .Méry, prise et reprise, fut la proie des flanirues. Kn même temps le maréchal Augereau , dont l'armée augmentait tous les jours , semblait destiné à couper la retraite des alliés sur la Suisse et la Franche- Comté. Bonaparte entra. dans Troyes , en repoussa l'arrieregarde ennemie, et fit fusiller sans forme de procès M. Gouauit, qui périt avec un courage héroïque. Ce brave homme allait partir et se mettre en sûreté lorsqu'il fut arrêté par la tendresse de sa femme; il ne put résister à ses larmes.

Les alliés recommencèrent alors une guerre offensive. Le maréchal Bliicker porta l'armée de Silésie vers la Brie et repoussa des corps français jusqu'à Meaux. Il fut joint par deux corps d'armée qui arrivaient de la Belgique. C'était la troisième fois que Paris était menacé.

Le combat sanglant de Craonne ne fut pas décisif ; les Français n'en tirèrent d'autre avantage que de rester maîtres du champ de bataille. On prétend que Bonaparte dit alors : « Je « vois bien que cette guerre est un abyme ; mais je ne m'y en- « gloutirai que le dernier. »

Peu de jours après il attaqua les Prussiens près de Laon. Son aile droite fut forcée à la retraite ; il se retira lui-même , après deux jours d'attaques continuelles contre une armée supérieure en nombre et placée dans une position avantageuse.

La grande armée alliée prit enfin l'offensive , comme l'armée prussienne. Un combat sanglant à Bar-sur- Aube couvrit de gloire les troupes françaises et les généraux Oudinot et Gérard ; mais il fallut céder à des forces supérieures. Dans le même temps, le maréchal Macdonald, qui avait reçu l'ordre de s'opposer aux mouvements de la grande armée austro-russe , fut

dans un [>éril itniuiiicnt par Tissuc du conthjt de Har-sur- Aubc. Il se replia en bon ordre, et par de belles manœuvres , sur la ville do Troyes , toujours attaqué par des forces supérieures, qui sVinj)arèrent de cette ville.

Ce fut alors (jue les souverains alliés resserrèrent leur union par un nouveau traité : ils s'engagèrent à porter six cent mille liommes sur le champ de bataille. Ils cherchèrent en même temps à traiter avec Bonaparte. S'il avait voulu consentir à la reddition des places nombreuses qu'il occupait encore en Allemagne, en Italie, en Hollande et dans les Pays-Bas, la paix aurait été conclue , et toute espérance enlevée aux Bourbons. Tandis que les alliés resserraient leur alliance , ils reprenaient l'offensive sur tous les points.

Bonaparte eut encore un avantage, à Reims , contre quinze mille Russes, commandés par le comte de Saint-Priest, qui fut tué d'un boulet de canon. L'empereur d'Autriche (it de nouvelles tentatives pour amener son gendre à conclure la paix ; il lui envoya une seconde fois le prince AVenzel-Lichtenstein : nouvelle et forte preuve que les alliés ne combattaient pas [)our les Bourbons. Tout fut inutile. Vulfimatum de Bonaparte révolta les souverains : il exigeait des conditions impossibles ; il voulait des trônes et des dédommagements pour tous les membres de sa famille. Sans cette obstination , il pouvait encore , le 15 mars, signer la paix comme souverain de la France. Il essaya , par plusieurs proclamations, de soulever les peuples et de les appeler à une guerre d'extermination. Par un décret, il (hx'Iara traîtres a la patrie tous les maires , les fonctionnaires publics et les habitants qui n'exciteraient pas le peupleà s'armer ou qui l'en dissuaderaient.

Les généraux alliés publièrent des proclamations dans les- (pielles ils déclaraient qu'ils ne voulaient pas conquérir la France, mais la paix. « Notre gouvernement, disaient-ils, vous « excite à vous soulever contre nous. Songez que tout ce qui rc- « sisterait à nos armes s'exposerait à une destruction inési-

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•' tablo. » D.'iris cette proHnmatiori ou ik* voit pas un seul mot on faveur des Hourhous.

Dans le mois d'octobre 1813, Wellington «Hait dans le nndi de la France à la tête d'une année victorieuse. Bonaparte venait de traiter avec le roi Ferdinand et de le rendn- a l'Espagne. T.e duc d'Anf^ouldme était à Saint-Jean de Luz , et des confédérations royalistes se formaient dans le Midi. AVellinpton, vainqueur à Orthez, avait envoyé le maréchal Beresford à Bordeaux. Cette ville reçut dans ses murs le duc d'Angouléme, et Louis XVIII y fut proclamé.

Bonaparte, vers le 15 mars, semblait vouloir livrer une bataille décisive à l'armée austro-russe. De son côté, l'empereur Alexandre fit changer les déterminations des alliées, et, appuyé du roi de Prusse, il ordonna lui-même la concentration de toutes les troupes à Arcis-sur-Aube, dans le dessein de livrer une bataille générale. Bonaparte crut attaquer à Arcis-sur-Aube des coq)S séparés ; il fut bientôt détrompé. Il s'exposa beaucoup dans cette affaire sanglante; il eut un cheval tué sous lui. Le lendemain , les deux armées furent longtemps en présence , prêtes à commencer une bataille générale. Bonaparte parut changer plusieurs fois de dessein, et enfin il se détermina tout à coup à se retirer sur Vitry et sur Saint-Dizier. Cette retraite le perdit. Les alliés venaient d'apprendre les événements du Midi et la prise de Lyon par les Autrichiens ; ils résolurent de marcher sur Paris. Deux cent mille hommes se mirent en mouvement vers cette ville. Elle capitula, après une résistance honorable des faibles corps de troupes charges de la défendre.

Aussitôt que Bonaparte connut la marche des alliés sur Paris, il retourna sur ses pas avec la plus grande précipitation et arriva auprès de Paris après la capitulation ; il se retira ensuite à Fontainebleau , et signa quelques jours après l'acte de son abdication.

Bloqués à Metz pendant tous ces événements , nous n'en étions instruits que très-imparfaitement. Nous avions des rap-

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ports contradictoires qui se détruisaient d'un jour à l'autre. Lorsque Bonaparte parvint à Saint-Dizier, nous enlendirnes le canon et nous vîmes qu'il se rapproeiiait de nous. Je m'entretenais souvent, avec les généraux qui étaient à Metz, des desseins que pouvait avoir Bonaparte en entrant en Lorraine. JNous crûmes qu'il allait venir à 3Ietz, y prendre des troupes fraîches, des munitions de toute espèce, ap|)eler à lui une partie des garnisons des places nombreuses de la Lorraine et d(^ l'Alsace , donner du repos à son armée , i)rotéi^ée par ces forteresses, et recommencer la guerre au* printemps avec de nouvelles forces; mais son caractère ne lui permettait pas de se conduire ainsi.

D'autres pensaient qu'après avoir rafraî(;lii et renforcé son armée il passerait le llhin à jMayence, dont il était le maître, pénétrerait en Allemagne, où il dominait un grand nombre de places fortes remplies de troupes françaises , dont il i)ouvait prendre une ()artie, et qu'il contraindrait ainsi les alliés à repasser en Allemagne pour défendre leurs États

.l'entends souvent exalter cette campagne de 1814; elle est au-dessus de tout éloge sous le rapport de la bravoure , de la constance des troupes et des entreprises hardies du chef. IMais en toutes choses ne faut-il pas avoir un plan avoue par la prudence et qui puisse promettre un résultat heureux et probable? Quel était le plan de Bona|)arte en combattant ainsi sans cesse? Quel était son espoir? Ktait-ce de détruire les différents corps des alliés les uns après les autres? Il réussit une fois contre le corps du général Sacken ; mais ensuite, quand il attaqua l'armée du maréchal BliicKer, en vain fut-elle dans le plus grand danger, elle condjattit pendant trois jours et se retira sur Chàlons. ^lais la grande armée autro-russe n'avait pas encore combattu et recevait même des renforts. Elle se retirait et offrait la paix. Que pouvait-il espérer en la refusant? Pensait-il que l'empereur Alexandre, l'empereur d'Autriche et le roi de Prusse, n'ayant plus l'espoir de la paix, continueraient

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leur rctniilc et .'uiniicut i,-i lîulirN* (r.ib.iiidoinMT l'armi-c de niilcUcr l't |)lusi('urs iiutn-s corps, pour les laisser t-xU-rmiiicr par les Franrais? (Irla clait impossible. Aussi, après !<• refus de la |)ai\ , il vii les alliés se coucentrer, appeler a la grande armée l'armée de Silésie , et recommeruter une guerre offensive. Hliieker repoussa des eorps franrais jusqu'à AIe<au\ et menaea eiieore la capitale. Les combats sanglants de Craonnc, de Laoïi, d'Arcis-sur-Aube , de Reims, étaient glorieux, mais n'étaient pas décisifs. Leur résultat le plus certain était d'affaiblir l'armée française. •

Lorsqu'il fut en présence de la grande armée austro-russe, il ne voulut pas compromettre sa fortune dans une bataille générale; il se retira sur Saint-Dizier. Après avoir défendu les aj)proehes de la capitale avec tant d'acharnement, voulait-il attirer l'ennemi loin d'elle? I^onsait-il que Teniiemi le suivrait? L'événement a prouvé combien il s'était trompé. Il aurait dû penser que, les alliés s'étant présentés pour une bataille générale à Arcis-sur-Aube, et sa retraite ayant prouvé son infériorité, les alliés ne craindraient point de marcher sur Paris et de le faire déclarer. Il paraît que l'idée principale de Bonaparte fut de se conserver la capitale , d'abord par des combats partiels, et ensuite en s'éloignant. Ces deux moyens étaient mauvais, puisqu'ils n'ont point réussi, malgré ses talents et la valeur de ses troupes.

IMais la plus grande faute peut-être, celle qui prouva qu'il agissait sans réflexion et par des inspirations passionnées , ce fut de repartir précipitamment de Saint-Dizier, et de courir vers la capitale avec une rapidité que ne pouvait suivre son armée. Il devait bien savoir que Paris, n'étant pas une place fortifiée, ne pouvait tenir que peu de jours contre deux cent mille hommes, maîtres des hauteurs qui le dominent. Son armée était à plus de soixante lieues; elle était réduite à moins de quarante mille hommes. Une marche rapide de Saint-Dizier à Paris de- \ait encore l'affaiblir. Croyait-il pouvoir avec elle défendre une

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\illo vaslc et ouverte contre une armée de deux cent mille liommes? Ou peut done penser qu'il agit sans réflexion et sans aucun |)lan , à In fin de cette campagne. Si, en se plaçant au milieu des places fortes de la Lorraine et de l'Alsace, et en augmentant son armée, il avait traîné la guerre en longueur, ou ne peut dire quel en aurait été le résultat ; mais ce genre d'opérations ne convenait point au génie de Bonaparte. C'est peutêtre un défaut dans un grand général , qui doit être ca[)al)le de se conduire suivant les lieux et les circonstances.

La France avait vu le maréchal de Villars, connu par son imj)étuosité, manœuvrer sur les Vosges, faire une guerre de position, et arrêter ainsi un ennenu qui avait eu tout l'avantage dans la campagne précédente. Après la mort de Turenne, l'armée était découragée; le grand Condé,si hardi, si audacieux, calma son impt'tuosité et fit une campagne sage et défensive. " L'Kurope, dit Bossuet, qui admirait son ardeur, s'é- « tonna qu'il en fiU le maître , aussi ca|)al)le de ménager ses « troupes que de les pousser dans les hasards, et de céder à « la fortune que de la faire servir à ses desseins. » Le même prince ne gagna la bataille de Lcns qu'après avoir fait une sage et belle retraite devant un ennemi supérieur en nombre.

Il semble que cette qualité d'un grand général ait manqué à Bonaparte, surtout en 181 L A la baUiille de Laon, ce n'était pas lui qui avait pris une position avantageuse; c'était Bliicker; aussi fut-il forcé à la retraite après deux jours d'attaques continuelles. Il me semble que cette course sur Sainl-Dizier, sans but , sans dessein , et ce retour précipité , annoncent une tête exaltée, qui , sans réflexion , obéissait à un mouvement passionné, .le pourrais le prouver par des récits que jo tiens de généraux renommés et présents ; mais je ne peux les publier sans leur agrément.

T /histoire ancienne nous présente de curieux rapprochements avec les choses que nous avons vues. Ou sait dans quelle admirable position était Pompée avant la bataille de Pharsale.

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Il >()iilail tr.iîiior In ^ii erre en longueur; nuis il n'eut |ms la lorce de résister aux plaisanteries des jeunes Koniains. H comb.'ittit, et tout Ait perdu.

Après eetfe bataille, Seipion, à la tête d'une b<*lle armée, rejeta les conseils de (laton, qui voulait traîner la guerre eu longueur, et une bataille ruina ses affaires.

Hrutus et Cassius les rétablirent. T^'armée d'Octave et d'Antoine, (fui leur était 0|)posée, était prête à périr de misère. Ils livrèrent une grandi; bataille, et furent perdus sans ressource.

Ainsi , trois fautes semblables amenèrent les mêmes résultats.

Nos jeunes militaires, qui s'imaginent et qui disent que l'art de la guerre n'est connu que de nos jours, souriront de pitié en me voyant citer conmie un modèle la campagne de Dugue.sclin, que l'on peut comparer à la célèbre campagne de Turenue. Avec une armée légère de ses braves Bretons, il entreprend de résister à soixante mille hommes débarqués à Calais sous les ordres du duc de Lancastre. 11 les harcèle, enlève leurs convois, ne les laisse pas respirer un instant, et, sans jamais compromettre sa petite armée , il les pousse devant lui à travers l'Auvergne, le Limousin, et les jette dans les murs de Bordeaux , réduits à un petit nombre dans l'état le plus déplorable. Il me semble qu'une telle conduite et un tel résultat prouvent le vrai talent de la guerre. Sa campagne précédente , c.vécutée sur un plan diftérent, ne montre pas moins d'habileté ; il fut aussi grand général aux batailles de Cocherel et de IMoneiel ; il était d'autant plus étonnant qu'après avoir fait les dispositions qui lui assuraient la victoire il combattait comme un simple soldat. 11 y était contraint, parce qu'une troupe d'élite de l'armée ennemie s'attachait à le chercher et à le combattre. Mais il était environné de ses frères d'armes, fidèles au pacte de fraternité qui les unissait à sa destinée par le serment d'une défense commune. Je ne crois pas qu'on ait jamais vu réunis ensemble autant de présence d'esprit , de bravoure et

de rapidité qu'il en développa dans la fameuse bataille de Mouciel. Je ne sais s'il savait lire et écrire, mais je sais qu'il serait difficile de trouver, dans les temps anciens et modernes , un honniie qui ait plus honoré sa patrie, et je suis heureux d'avoir mis mon nom au bas de l'ordonnance qui lui a érigé une statue dans cette capitale, où Charles V déployait tant de sagesse, tandis que Duguesclin commandait ses armées.

Les divers exemples que j'ai cités, de Condé, de Villars, de Duguesclin, et les trois exemples contraires de l'histoire romaine, me font penser, par leurs résultats, que, si Bonaparte avait traîné la guerre en longueur, sa destinée aurait pu être bien différente. Je suis persuadé qu'en lisant ces réflexions le lecteur se rappellera la temporisation du dictateur Fabius. Les généraux renfermés à INIetz avec moi pensaient que, placé au centre des places fortes si nombreuses de la Lorraine et de l'Alsace, il aurait pu ramener la fortune au printemps. Lorsque nous eutejidîmes le canon si [)rès de nous, nous fOmes persuadés qu'il allait temporiser pour se préparer à une guerre offensive avec de nouvelles forces jointes à sa glorieuse armée, affaiblie partant de combats.

J'ai appris d'un ancien officier du génie, camarade de Carnot, que celui-ci lui avait dit qu'au moment de partir pour Anvers, dont il venait d'être nonuné gouverneur, il avait conseillé à Bonaparte de se tenir constamment appuyé sur les places fortes de l'Flst et du Nord, et de faire une guerre défensive. Il avait ajouté, disait-il, que si, dans cette position, contraint à une bataille, il la perdait, elle ne serait pas décisive.

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