‹ Mémoires de ma vieChapitre 25 sur 44 · Le chiffre est en blanc dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Le chiffre est en blanc dans le manuscrit

3. Ancienne principauté, actuellement commune du canton de Saint-Agnant, arrondissement de Marennes.

4. Petit port, aujourd hui fort déchu, sur le chenal de Brouage, à i3 kilomètres de Rochefort, à a kilomètres et demi de l'Océan, en face de l'île d'Oléron .

nous nous descendîmes au port, au droit de la porte, et ayant été arrêtés par la sentinelle à la palissade, nous donnâmes une lettre que nous avions de M. de Terron à M. de Campana, qui commande dans la place, qui envoya le capitaine de ses gardes et laide du major nous complimenter et faire excuse de ce qu'il ne nous pouvoit recevoir lui-même à cause de son indisposition. Le soir, il nous envoya encore complimenter avec des présents de vin. Il y eut un grand bruit au corps de garde, à cause que l'on n'avoit pas pris nos noms en entrant. Nous soupàmes au chevet du lit de M. de Gomont qui se trouvoit mal. MM. de La Framboisière, commissaire des guerres de la province, et de Villeneufve, parent de M. de Gomont, soupèrent avec nous. Ces messieurs, que nous avions déjà vus à La Rochelle, nous vinrent trouver à Brouage pour nous accompagner quelque temps.

27. La ville. Les bastions. Les dehors. Les magasins. — Le vendredi 27, nous fûmes voir la ville et les fortifications, conduits par plusieurs officiers. La ville est un village dont les rues sont allignées. Au milieu de la ville il y a une église qui est la paroisse, et, proche l'église, une fontaine. Les fortifications sont belles et achevées, qui consistent en sept grands bastions qui ont trente-six toises de face; il n'y en a qu'un qui soit rectangle, les autres sont plus obtus. Il y a une grande demi-lune détachée au milieu d'une grande courtine. Toute la place est environnée de la mer ou de marais salants, excepté l'endroit qui regarde la Saintonge qui est fortifié par un ouvrage à corne fort éloigné de la place. Le tout est revêtu de pierres de taille. Le corps des parapets est en briques, à la réserve du glacis et des embrasures qui sont de six toises en six toises dans les bastions. Il n'y a point de contrescarpe revêtue. Chaque bastion a trois guérites, l'une à chaque angle. Toutes les embrasures

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sont garnies de canons. Il y a deux grands magasins, l'un où il y a trois cents muids de vin, l'autre qui est rempli d'armes pour la cavalerie et pour l'infanterie.

Remarques générales $ur le pays. La manière de labourer, de couvrir les maisons. Les tuiles. Le pain. Les fruits. Le langage. — Avant qu'entrer plus avant dans la Saintonge, nous fîmes les remarques générales du Poitou, qui sont que le pays que nous avons vu est désagréable et semblable à la Beauce, ayant peu de rivières, de ruisseaux et de fontaines, point de prairies, ni d'arbres, ni de collines ; que les terres sont labourées par des sillons tortus en garde de poignard ; que ces sillons sont faits et composés de deux sillons opposés qui laissent une élévation au milieu, de la largeur de six ou sept pouces ; que toutes les maisons sont couvertes de tuiles courbées, non pas à la manière de Flandre en S, mais seulement en G, en sorte que les bords de deux rangées qui sont couchées sur des planches qui tiennent lieu de lattes en travers sur les chevrons sont couvertes par une rangée de tuiles dont la convexité regarde le ciel. Gela fait que l'eau qui est toute rassemblée dans les canaux que font les tuiles du dessus coule fort vite et qu'il n'est point nécessaire de donner beaucoup de pente aux toits. En effet, les pignons des maisons n'ont point d'autre figure que celle des frontons de l'architecture antique, et cette pente est si douce que les tuiles sont simplement posées sans être accrochées ni clouées aux lattes comme les nôtres. Que le pain sent partout l'ivraie et la nielle. Que le raisin est vert et a la peau dure, qu'il n'y a de bon que le muscat. Que le parler môme des villageois n'est guère plus différent du français que celui des paysans d'autour de Paris.

Les marais salants. — De Brouage nous fûmes coucher à Royan et vîmes en passant les marais salants, qui tiennent quatre ou cinq lieues de pays. Ce sont des lieux creusés d'environ trois ou quatre pieds, aplanis à niveau, de 5o ou 60 toises en carré. Cette place est partagée en plusieurs carreaux AA d'environ 100 pieds de surface, les uns carrés, les autres oblongs, qui sont séparés les uns des autres par de petites digues BB, larges d'un pied et demi, hautes de deux ou trois pouces. Le long de ces carrés il y a comme des

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allées CC, qui sont séparées des carreaux par des digues DD un peu plus hautes que celles des carrés, afin de contenir une eau plus haute que celle qui est dans les carreaux.

Ces allées sont larges de trois ou quatre pieds ; leur usage est de recevoir l'eau de la mer qui emplit cette allée comme un canal , où l'eau est

haute de quatre ou cinq pouces, afin de la faire entrer de là dans les carrés par des brèches qu'on fait aux petites digues et qu'on ferme quand il en est entré environ deux pouces d'épaisseur. On appelle l'eau qui est dans le canal la nourriture, parce que la chaleur du soleil ne produit le sel que dans les carreaux où l'eau est peu épaisse et il dispose seulement celle qui est plus épaisse dans le canal à se changer en sel plus facilement lorsqu'on la fait entrer dans les carreaux après que celle qui y étoit a été endurcie en sel, ce qui se fait d'ordinaire en douze heures, mais toute l'eau ne s'endurcit pas. On

amasse avec des râteaux ce qui est dans chaque carreau eu un monceau sur la petite digue, où on le laisse égoutter, et de là on le porte sur la grande digue EE et on fait des monceaux comme de foin dont quelques-uns sont ronds, appelés pilotes, d'autres sont en long, appelés vaches.

San /on. — Avant que d'arriver à Royan, nous vîmes le château de Saujon1, bâti par le cardinal de Richelieu et qui appartient à présent au duc de Richelieu. C'est un bâtiment qui a trois corps de logis, flanqués par quatre pavillons, ayant seulement au-devant un mur de clôture et un portail, le tout enfermé de grands fossés à fond de cuve sans jardin.

Royan. Le château. La tour de Cordouan. — Royan est un petit village sur le bord de la Garonne, assez proche de son embouchure, qui a un château bâti sur un rocher qui est tout à fait ruiné et dont il n'y a de reste que les moitiés de deux tours fort hautes. Les moitiés qui sont abattues sont celles qui étoient du côté de la mer. Par delà le château qui est hors la ville, il y avoit sur un pointe de rocher une pièce de canon fort grosse et fort rouillée qui avoit écrasé son affût, qui étoit aussi fort pouri. De cet endroit nous vîmes avec des lunettes d'approche la tour de Cordouan, qui est à deux lieues de là. Nous fûmes voir pêcher des squilles, qu'on appelle chevrottes en Normandie et de la santé en ce pays-là. Le temps étoit si beau que nous prîmes résolution de nous embarquer le lendemain pour aller voir de plus près ce merveilleux édifice, quoi qu'on n'ait pas accoutumé d'y aller après la mi-septembre. Nous fîmes marché le soir avec les matelots pour nous tenir une chaloupe prête dès le matin pour partir avec la marée ; mais le temps chan-

i. Chef-lieu de canton de l'arrondissement de Saintes (Charente-Inférieure).

gea la nuit et le bruit de la mer nous éveilla et nous fit changer de résolution. Nos matelots mômes ne nous conseillèrent pas aussi, quoique ayant beaucoup de regret, d'entreprendre ce voyage.

28. Le port de Roy an. — Le samedi 28 nous partîmes sur les huit heures du matin, que la mer s'étoit tellement retirée que nous traversâmes le port en carrosse sur un sable qui est aussi noir et aussi menu que de la cendre, et qui, étant mouillé, est si ferme qu'à peine pouvoit-on y voir la trace des roues du carrosse et des pieds des chevaux, quoique, quand il est sec, on y enfonce jusqu'à la cheville du pied, comme dans delà boue. Nous remarquâmes que la mer en se retirant laissoit sur le sable des traces en ondes en quelques endroits, et en d'autres elle en laissoit en forme de point de Hongrie ou de chevrons brisés. Le long du chemin mon frère se trouva mal. Il avoit déjà commencé à être inquiété toute la nuit, ce qu'il attribuoit à la senteur des draps qui avoient été parmi des roses.

Saint-Fort. Saint-Disant. Le château. Saint-Bonnet. — Nous fûmes dîner à Saint-Fort ', qui est un petit bourg. Le seigneur du lieu, nommé de Bonnefoy, vint avec beaucoup de civilité nous offrir son logis. Nous trouvâmes que c'étoit un huguenot et le prévôt de Saint- Disant2, où nous descendîmes, nous assura qu'il étoit des plus entêtés. Nous trouvâmes ce prévôt dans le château, qui appartient à M. de Nesmond. Le château est une maison platte, non pas seulement parce qu'elle n'est pas fossoyée, mais parce que c'est fort peu de chose, et le prévôt encore moins : il avoit un justaucorps gris qui n'étoit point rapiécé à son grand préjudice. Le temps que nous

1 . Saint-Fort-sur-Gironde, sur la rive droite du fleuve (Charente-Inférieure) . a. Saint-Disant du Gua, proche de Saint-Fort.

mîmes à visiter ce château fut cause que nous nous anuitàmes et que, nonobstant un guide que nous avions pris, et nos flambeaux et nos lanternes, nous nous égarâmes sur les neuf heures dans un bois où nous fûmes longtemps à attendre nos cavaliers, qui trouvèrent une maison d'où personne ne voulut sortir pour leur indiquer le chemin, mais on leur présenta seulement le bout d'un fusil par dessus une méchante porte à demi rompue. Nous fûmes contraints d'avoir recours au ciel et de nous redresser par les étoiles qui nous furent assez favorables pour nous faire rencontrer un grand chemin à cent pas du lieu de l'observation des étoiles. Ce chemin, dans l'espace de moins d'un demi-quart de lieue, nous conduisit dans Saint-Bonnet1, qui étoit le lieu pour lequel nous étions partis à dessein d'y coucher.

Nous fûmes heurter au Lion où tout étoit couché. En entrant dans la cuisine, nous ouïmes le maître qui étoit dans son lit, qui nous offrit des perdrix et des pigeonneaux pour notre souper. G'étoit un samedi, en un lieu plein de Huguenots. Nous fûmes assez peu avisés pour dire que nous ne voulions point souper, comme en effet nous ne soupâmes point parce que nous avions fort bien dîné et fort tard. Cela fit que nous eûmes toutes les peines du monde à faire lever la maîtresse et sa servante pour faire nos lits. Cependant qu'on les apprêtoit, M. de Gomont fut dans la cour pour quelque affaire où il tomba dans une fosse creuse de cinq ou six pieds, où il se pensa tuer, et d'où on le retira tout froissé. Dans ce moment mon frère commença à se mieux porter.

29. Blaye. Le château. Les Minimes. Le logement du gouverneur. — Le dimanche 29, nous fîmes tant que nous

1. Saint-Bonnet, commune du canton de Mirambeau, arrondissement de Jonzac.

mîmes M. de Gomont dans notre carrosse de fort grand matin et nous arrivâmes à Blaye sur les dix heures. A demi-lieue de cette ville, nous rencontrâmes un train composé de trois carrosses, dont il y en avoit un à six et deux à quatre chevaux. Dans les trois carrosses il n'y avoit pas plus de six ou sept personnes. Le premier étoit garni de deux ou trois Espagnols et les deux autres de quatre ou cinq femmes fort laides. Il y en avoit une à la portière qui avoit une capeline de plumes blanches et violettes, et une guenon auprès d'elle. Ce train vint descendre à l'hôtellerie où nous étions et entendit avec nous une messe que nous avions envoyé retenir. Nous apprîmes que ces dames étoient la marquise de Spinola et la signora dona Francesca, avec leurs demoiselles, qui passoient de Flandre en Espagne.

Il arriva après le dîner que, lorsque M. de Gomont étoit dépouillé pour se faire frotter par son valet de chambre, avec de l'esprit de vin, aux endroits où il s'étoit blessé, on frappa à la porte de notre chambre qui étoit joignant celle des dames espagnolles. G'étoit un de nos laquais qui introduisoit des dames que nous prîmes d'abord avec assez d'étonnement pour les Espagnolles lorsqu'une d'entre elles nous présenta une tasse d'argent en nous demandant pour les pauvres malades de la ville.

Nous fûmes au château qui est grand et fort et bien gardé par deux cents hommes qui y sont en garnison. Il commande et bat sur la rivière qui a plus de deux lieues de large en cet endroit, ayant deux terrasses l'une sur l'autre garnies de canons. Ce château étoit autrefois la ville, mais à présent on a fait retirer les habitants dans le faubourg. Il y a dans le château un couvent de Minimes et au milieu de la place est le logement du gouverneur qui est encore enfermé de fossés ; nous le trouvâmes assez logeable pour un vieux château. M. le duc de

Saint-Simon1 y a fait ajuster deux beaux appartements qui ont chacun un bel escalier. Nous montâmes au haut dune tour d'où nous découvrîmes le pays d'alentour, qui est si plat que nous voyions jusqu'à Bordeaux, qui est à plus de huit lieues de là. Tout le château et les lieux d'alentour sont pleins de l'herbe appelée abslnthium latlfollu/n, qui y croît naturellement, de même que tous les bords de la mer et les terres marécageuses du pays d'Aunis autour de Brouage sont pleins de tamaris, dont il y en a qui ont des troncs de plus de i5 pouces de tour. Bordeaux : la rue du Chapeau Rouge. — Sur les trois heures, lorsque la mer fut assez haute, nous nous embarquâmes dans la chaloupe du Roi, avec un archer du bureau de la douane et sept matelots, qui, ayant levé les voiles et pris les rames, nous firent arriver sur les sept heures à Bordeaux2. Quoique nous fussions fort à notre aise, étant bien assis et à couvert dans la chambre de la poupe, mon frère se trouva mal et vomit une partie de son dîner, et fut contraint de se mettre dans un lit en arrivant, et M. de Gomont dans un autre. Nous logeâmes au Chapeau rouge, la plus célèbre hôtellerie de la ville", et qui a donné le nom à la rue où elle est, qui est la plus belle de Bordeaux ; car on la compare à la rue Saint-Antoine et, en effet, elle est presque aussi large, ayant deux ruisseaux et elle est bordée de quantité de belles maisons.

3o. Saint-Pierre. Les Carmes. Grandeur d'un géant. — Le lundi 3o, je fis soigner M. de Gomont et mon frère,

i. Claude de Rouvroy de Saint-Simon, gouverneur de Blaye depuis i63o, duc et pair en i635. IN'é le 16 avril 1607, i' mourut le 3 mai i6g3.

1. Sur Bordeaux, voyez V Histoire de Bordeaux par Camille Jullian (i8g5, in-.p), qui indique toutes les sources de renseignements, et aussi la monographie de Charles Saunier, dans la collection les Villes d'art célèbres.

3. C'est également dans cette hôtellerie que logèrent Chapelle et Bachaumont, lorsqu'ils séjournèrent, à Bordeaux, en i636.

que la fièvre avoit quitté, mais qui étoit encore beaucoup échauffé. Je sortis sur les neuf heures avec M. du Laurent et M. Abraham. Nous fûmes à la messe à Saint- Pierre, qui est une paroisse d'où nous fûmes aux Carmes1, où on nous montra un anneau de fer attaché contre un pilier par une chaîne de fer qu'un carme nous dit être le collier d'un géant qui fut tué par un gentilhomme de la maison de la Lande, il y a cinq cents ans, qui fit vœu de bâtir cette église, s'il demeuroit victorieux. Cet anneau a bien neuf pouces de diamètre par le plus large, car il est un peu ovale. La hauteur du géant est aussi marquée sur le pilier, qui est de huit pieds. Il y a à côté du grand autel un tombeau avec l'effigie d'un homme armé de toutes pièces couché, et au-dessus est un épitaphe. Le carme nous dit que ce tombeau étoit celui du vainqueur du géant et que l'histoire en étoit écrite dans l'épitaphe, ce que nous trouvâmes n'être point vrai.

Le Palais. — Nous vîmes le Palais des plaideurs, qui consiste en une salle assez médiocre qui a une rangée de piliers par le milieu qui fait deux allées de différente largeur, le tout sale et malpropre, de même que les chambres qui sont petites, obscures et sales presqu'autant qu'à Poitiers.

UHôtel de ville. Monuments antiques. Les statues de l empereur Claudius, de Messaline et de Drusus. La salle où sont les tableaux des jurais. — L'hôtel de ville est un peu moins hideux. A l'entrée de la porte il y a un corps de garde de sept ou huit archers qui ont des hoquetons rouges avec des hallebardes. Sous l'arcade qui leur sert

1. Il y avait alors à Bordeaux deux couvents de Carmes : les Grands Carmes qui n'étaient pas éloignés de l'église Saint-Pierre, et les Carmes déchaussés situés dans le quartier actuel des Chartrons. Ce sont les premiers que Perrault visita. Leur chapelle est aujourd'hui détruite. Elle avait été fondée, diton, en 1217 par Gaillard, seigneur de La Lande (H. Lopès, L'église métropolitaine et primatiah Sainct-André de Bourdeaux, éd. Callen, t. II, p. 23a).

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de corps de garde, il y a trois ou quatre gros canons sur leurs affûts en assez bon ordre. Par delà cette arcade, sur la gauche, il y a une pierre enchâssée dans la muraille où il y a deux tètes en bas-relief assez mal faites. Il y a apparence que cette pierre, dont la sculpture est fort antique, a été prise de quelque tombeau. Il y a au-dessus gravé d m et au-dessous d'une tête tarqvn, etc. Le reste n'est pas fort lisible. Un peu plus avant dans la cour, à la hauteur du rez-de-chaussée, à main droite, est la chapelle qui est petite et obscure. Du même côté, un peu plus avant, il y a dans trois niches des figures antiques de marbre hautes de six pieds1. Les deux des côtés n'ont ni tête ni mains ; celle du milieu, qui est d'une femme, n'a que les mains de manque. Elles ont été trouvées dans la terre, il y a environ soixante ans. On dit qu'elles sont de l'empereur Claudius, de Messaline, sa femme, et de Drusus, son père. Elles sont vêtues de robes à petits plis, selon l'antique. Au bout de la cour qui est longue et étroite, on entre dans la salle qui n'est pas plus large ni plus élevée que la cour. Il y a à droite et à gauche dans cette salle des tableaux de jurats qui sont trois dans chaque tableau ; le premier a l'épée au côté et tous trois ont de longues robes de damas moitié rouge et moitié blanc. Dans le premier et plus ancien de ces tableaux, qui est en entrant à main gauche, au-dessus de la tête du jurât d'épée, il y a ses armes qui sont d'or à la couleuvre de sinople, qui est de Colbert2.

La Bourse. — La Bourse3 est un lieu qui consiste en

i. Perrault, qui reviendra encore plus loin sur ces statues, les signale dans la seconde édition de son Vitruve (1684, p. 217)- La statue de Messaline sombra dans la Gironde tandis qu'on la transportait à Versailles en 1686. Voy. E. Espérandieu, La « Messaline » de Bordeaux, dans Revue archéologique, 1908, p. i3.

a. Note de Perrault : « Colbert est azur. »

3. La Bourse se trou .ail alors sur la place de l'Ombrière, à côté de l'hôtel

une cour de dix ou douze toises en carré, qui a des boutiques tout autour, enfoncées sous des saillies sur lesquelles il y a des chambres pour les marchandises qui se vendent en gros, et les boutiques d'en bas sont pour les moindres, mais elles ne s'ouvrent qu'aux foires solennelles. Ce jour-là étoit celui de la foire aux oignons qui se tient clans un marché.

L'urinée. La tour de la pyramide de Dureteste. Le château du Hâ. — Nous fûmes ensuite à l'Ormée l, qui est un lieu élevé proche les remparts du château du Hà, qui fait une partie de la clôture de la ville. Ce lieu a environ 70 toises de long sur 20 de large ; il est planté de quelques vilains ormes étrognonnés et mis sans ordre. A un des bouts il y a une tour médiocrement haute, couverte en plateforme, sur le haut de laquelle il y a une longue barre de fer plantée où étoit naguère la tête d'un séditieux nommé Dureteste2. Au pied de cette tour il y aune pyramide de i5 ou 20 pieds de haut, au-dessous de laquelle il y avoit un marbre avec l'inscription contenant le procès de Dureteste, mais ce marbre n'y étoit plus. A l'autre bout de l'Ormée est le donjon et l'entrée du château du Hâ' bâti par Charles VII, qui est un gros pavillon couvert d'ardoises, fort bien bâti de grandes et belles pierres.

Saint-André. La grosse cloche de l'hôtel de ville. — De là nous fûmes à Saint-André qui est l'église cathédrale v. On fait grand état de sa structure, à cause qu'elle

de la Monnaie. On trouvera un plan et une description détaillée de l'ancienne Bourse de Bordeaux dans le compte rendu de la Commission des monuments et documents historiques du département delà Gironde, i85a, p. 16-17.

i. Plateforme élevée entre l'église Sainte-Eulalie et le château du Hà, qui tirait son nom de ce que le maréchal de Roquelaure y avait fait planter des ormes en 1620.

1. C'était un boucher qui dirigea la Fronde bordelaise, nommée aussi Ormée.

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