L'OBSERVATOIRE
« M. Colbert, qui était persuadé que les sciences et les beaux arts ne contribuent pas moins à la gloire d'un règne que les armes et toutes les vertus militaires, n'eut pas plutôt établi la petite académie des inscriptions et des médailles, qu'il porta Sa Majesté à former une autre académie plus ample et plus nombreuse, où, à la réserve de la théologie qui a des universités et des sociétés pour être enseignée, et la politique, dont il est malaisé de parler beaucoup sans émouvoir des disputes de périlleuses conséquences, toutes les autres sciences seraient soigneusement cultivées et portées, s'il se peut, à leur dernière perfection, particulièrement l'astronomie, la géographie, la géométrie et toutes les autres parties des mathématiques, la physique, la botanique et la chimie, à l'exclusion néammoins des secrets de la pierre philosophale, à quoi il serait défendu de s'appliquer en faisant les autres opérations de la chimie, de même qu'à l'art de deviner et de prédire en travaillant aux observations de l'astronomie.
« La première chose que M. Colbert fit entendre à ceux qui furent choisis et dans la France et dans les pays étrangers pour composer cette académie, fut qu'il ne tiendrait qu'à eux que leur compagnie ne se rendit la plus savante et la
i. Voici un autre récit par Charles Perrault lui-même de la construction de l'Observatoire. Il est intitulé : Pourquoi et comment l'Observatoire a été bâti, et daté d'août 1667. Il avait été inséré par Perrault dans le recueil manuscrit de la bibliothèque du Louvre aujourd'hui brûlé.
av>o APPENDICES
plus célèbre qu'il y eut au monde, parce que le Roi leur fournirait de son côté tous les secours qu'ils pourraient désirer; qu'on avait commencé à les établir dans la bibliothèque du Roi, où rien ne leur pouvait manquer du côté des livres et des manuscrits, et que les ordres allaient être donnés pour construire dans le même lieu un laboratoire, avec tous les accompagnements et les commodités qu'ils pourraient souhaiter. Que, pour un observatoire, dont l'astronomie ne pouvait se passer, ils n'avaient qu'à choisir un lieu qu'ils jugeassent propre pour y bien observer, et qu'aussitôt il y serait construit un édifice qui non seulement surpasserait en grandeur, en beauté et en commodité, les observatoires d'Angleterre, de Danemark et de la Chine, mais, ce qui était tout dire, qui répondrait en quelque sorte à la magnificence du prince qui le faisait bâtir.
« On pensa d'abord à placer l'Observatoire sur le tertre de Montmartre, comme le plus proche de Paris qui fut assez élevé pour bien découvrir tout l'horizon. Mais on trouva que les fumées qui s'élèvent continuellement de Paris, situé au midi de Montmartre, étaient un obstacle perpétuel à toutes sortes d'observations. De sorte qu'il fut conclu qu'il fallait choisir une situation tout opposée à celle-là et qui eût Paris à son nord, pour avoir le levant, le midi et le couchant entièrement libres et dégagés de toutes les fumées et de toutes les vapeurs qui s'élèvent continuellement de la ville. Gela fut cause que l'on se détermina à placer l'Observatoire à l'issue du faubourg Saint-Jacques, sur une place de 7 arpents ou environ, que les anciennes fortifications de la ville ont rendu un peu plus élevée que le reste du terrain, et d'où, sans monter davantage, on découvre tout l'horizon du levant, du midi et du couchant. Elle a encore cet avantage qu'on y arrive par les deux plus grandes rues qu'il y ait à Paris, la rue Saint- Jacques, en continuant tout le long du faubourg du même nom, et la rue de la Harpe, en continuant le faubourg Saint- Marcel.
« La résolution ne fut pas plutôt prise qu'il se trouva une grande difficulté à son exécution. Le terrain était creux par dessous, par de grandes carrières, en sorte qu'il n'était pas en état de porter le fardeau du grand édifice qu'on proposait
Dessin architectural pab Claude Perrault,
Dans -on livre I iril.iiin.i me <l>'- ciiii] i'-]i.'ces de colonnes ». (Bibliothèque de 1 arsenal .
LE LOUVRE aui
d'y construire. Cependant, comme il n'y allait que de faire la dépense de remplir ces carrières de maçonnerie aux endroits où l'édifice serait planté, on passa outre. On trouva même que cette rencontre était heureuse, parce que cela donnerait des lieux souterrains où l'on pourrait faire plusieurs expériences pour la physique et les mathématiques. »
A la suite de cette note, se trouvait, dans le manuscrit original, plusieurs plans de l'Observatoire tracés par Claude Perrault. On lisait en marge du plan principal:
« Le bâtiment de l'Observatoire est bâti de telle sorte qu'il peut suppléer tout seul à tous les principaux instruments d'astronomie dont on se sert pour les observations.
« Sa situation donne une ligne méridienne dans l'étage haut, depuis la fenêtre du milieu qui regarde le midi jusqu'à celle qui regarde le septentrion, de 17 toises de longueur, le plus juste qui se puisse faire.
« Les deux pavillons octogones sont coupés de manière qu'un de leurs pans donne le lever du soleil au solstice d'hiver, et l'autre son coucher au même solstice; qu'un autre donne le lever du soleil à l'équinoxe et l'autre le coucher au même équinoxe; que deux autres pans donnent l'un le lever du soleil d'été et l'autre le coucher du même soleil.
« Le trou ou ouverture qui perce l'Observatoire depuis le fond des carrières jusqu'au-dessus de la terrasse donne juste le zénith, sans qu'il y ait besoin pour tout cela de quart de cercle ni d'aucun autre instrument. » (Passage extrait du manuscrit de la bibliothèque du Louvre, intitulé : Notes et dessins de Claude Perrault, recueillis et annotés par Charles Perrault. Ces extraits ont été insérés dans les Lettres, instructions et mémoires de Colbert, par Pierre Clément, t. V, p. 5i5.)