LE PLAN DU LOUVRE
« Tous les bâtiments qu'exprime ce projet, dit Perrault, sont séparés en quinze cours, indépendamment de la grande place E et de la rue F qui sépare ce palais d'avec celui des Tuileries. De ces cours, il y en a trois grandes dont la première A, qui a soixante-trois toises en carré, est environnée des appartements destinés pour les personnes royales1. La seconde B, qui est octogone, de quarante-six toises et demie de diamètre, a dans deux de ses côtés les appartements de cérémonie, l'un pour Tété, l'autre pour l'hiver, et dans lesquels on entre par une grande salle des gardes I, de 24 .toises de longueur sur 9 de largeur, qui leur est commune, et qui occupe le côté de l'entrée de cette cour; dans celui qui lui est opposé est placée une grande chapelle M, composée de deux étages, celui de dessous pour servir de paroisse aux officiers de l'enclos du Louvre, celui de dessus pour les appartements du premier étage2. Entre ces deux
1. Perrault rapporte dans son manuscrit, « que plusieurs personnes ayant prétendu que le diamètre de cette grande cour était trop considérable, eu égard au module des ordres et à l'ordonnance de 1 architecture de ses façades, cela l'avait engagé à la diviser en cinq cours chacune de 26 toises de diamètre, dont celle du milieu était circulaire, et les quatre autres de forme irrégulière, ainsi que l'expriment les lignes ponctuées marquées légèrement; il convient néanmoins que cette considération lui avait paru peu importante, mais que cependant, comme cette opinion avait fait beaucoup d'impression sur les esprits, il avait usé de ce moyen, autorisé, dit-il, par l'exemple du palais de l'Escurial, dont la principale cour n'esfcque de 26 toises sur 14 ou i5 de large, et dont la plupart des autres n'en ont que 8 en carré; que par ce projet d'ailleurs on ne touchait pas aux pavillons des angles extérieurs de la cour du Louvre, qui se conservaient entièrement, ce qui était essentiel alors, le projet du cavalier Bernin ayant déplu pour la grande partie, parce qu'il fallait démolir presque toutes les façades de ce palais ». [J.-F. Blondel, Architecture française, t. IV (1756), p. 24.]
1. Les dessins de cette chapelle projetée par Perrault sont peut-être ce que cet artiste célèbre nous a laissé de plus parfait en architecture ; il y règne une pureté et une élégance dans les parties, qui est si bien d'accord avec la majesté des masses, que le tout présente l'assemblage le plus accompli qu'il soit possible d'imaginer. La décoration de la cour octogone B s'y trouve
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grandes cours A, B, est un corps de bâtiment qui les joint l'une à l'autre, et dans lequel devait être compris un grand et magnifique escalier double, marqué G, enfermé dans un péristyle1 de 3a colonnes, hautes de 36 pieds, lesquelles
aussi dans le même genre de perfection ; l'ordonnance principale de cette dernière consiste dans un grand ordre corinthien de 6 pieds de diamètre et de 54 pieds de hauteur qui embrasse deux étages. La répartition des ornements de ces façades, leur proportion en général, le choix des profils et la similitude des parties, sont autant de chefs-d'eeuvres et d'exemples à imiter. A l'égard de la chapelle, elle devait avoir 19 toises de largeur hors d'œuvre. Son plan extérieur est octogone, et son intérieur est composé d'une coupole, dont les angles, qui sont à pan au rez-de-chaussée, portent les panaches du dôme. Les dehors sont décorés d'un ordre de pilastres corinthiens, élevé sur un soubassement formant un double piédestal dans chaque face de l'octogone, et au-dessus des pilastres est un fronton triangulaire, derrière lequel règne un attique orné de bas-reliefs et couronné d'une balustrade.
Au-dessus de cette balustrade s'élève la coupole, d'un plan circulaire, et décorée de colonnes composites isolées : derrière règne le mur aussi circulaire qui forme la coupole ; ce mur sert à soutenir le dôme en pierres qui s'élève au-dessus et qui est terminé par une lanterne surmontée d'une croix élevée du sol de la cour de 38 toises ; élévation plus considérable de 5 toises cfùe les tours de Notre-Dame à Paris. On voit encore dans ce même livre un autre projet pour celte chapelle, d'une ordonnance plus colossale, quoique centenu dans les mêmes dimensions. Ce dernier projet a peut-être quelque chose de plus ferme, de plus imposant et de plus analogue à la grandeur de tous les bâtiments qui environnent cette chapelle, que le précédent ; mai» on peut dire en général que ces deux productions ne peuvent avoir de rivales en France que le Val-de-Grâce et la chapelle du château de Fresne, édifices élevés sur le dessein de François Mansard, et qu'il semble que Perrault ait pris pour modèles dans ses deux compositions ; mais qu'il a perfectionnées avec tant de succès, de goût et d'intelligence, qu'elles mériteraient les plus grands éloges, si les talents supérieurs de cet homme illustre n'étaient au-dessus de toute apologie.
Nous n'avons pu graver ces desseins originaux, parce qu'ils font partie des œuvres manuscrites de Perrault qui appartiennent à Sa Majesté; nous dirons seulement qu'ils méritent l'attention de tous les amateurs. D'ailleurs ils sont dessinés avec beaucoup de soin, d'exactitude et de goût. On les trouve dans les pages 63, 65, 67, 69, 73 et 75 du premier volume des œuvres que nous venons de citer. (Note de J.-F. Blondel.)
1. Cet escalier d'une très belle composition, devait avoir dans œuvre 19 toises de longueur sur 17 de largeur, avoir deux rampes, être éclairé par en haut et enrichi de 3a colonnes d'ordre composite; il devait aussi être terminé par une calotte, et couvert de dalles de pierre, ainsi qu'on en voit les desseins dans le premier volume original déjà cité, pages i3, 5g et 61. Cet escalier a été gravé en plusieurs planches ; mais elles sont devenues très rares. On a vu aussi pendant longtemps le modèle de cet escalier au Louvre, taillé en pierres, d'une grandeur très satisfaisante : mais ces gravures et ces modèles n'existent plus. On voit encore, p. 101, dans le recueil de Perrault, un autre projet d'escalier pour la même place, mais d'une forme circulaire et
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forment une galerie tout à l'entour, par laquelle les habitants de la cour carrée et ceux de la cour octogone devaient se communiquer.
« La troisième des grandes cours marquée H, qui a 93 toises de long et 82 de large, est la cour du palais des Tuileries ; ce palais est joint à celui du Louvre par une galerie, marquée 0, bâtie le long de la rivière, dont nous parlerons dans son lieu.
« Les douze autres cours D, C, environnent la cour octogone, dont les six C, vers la rivière, sont pour éclairer les cuisines et offices, en faveur de la commodité du port; celles D sont pour la communication des bâtiments des officiers logés dans le Louvre, pour ceux destinés aux assemblées du Conseil, pour les différentes Académies, la Bibliothèque, les cabinets de tableaux, de figures antiques, les salles de bal, de comédie, de festins ; enfin pour les salles de bains, les jeux de paume, etc.
« Quoiqu'il n'y ait qu'environ le tiers de ce palais qui soit bâti, et que le grand escalier G, la cour octogone B, où sont les grands appartements de cérémonie, et la grande chapelle M qui doit s'élever au milieu de ce superbe palais, soient des pièces qui surpasseraient de beaucoup ce qui est déjà fait, on peut dire néanmoins qu'il ne se voit rien dans le monde qui égale la grandeur et la majesté des bâtiments qui sont achevés.
« Les bâtiments qui environnent la grande cour carrée du Louvre ont 90 toises de face hors œuvre, de chaque côté, sur 10, 12 et i4 toises de profondeur.
« La face principale du côté de Saint-Germain TAuxerrois1 est composée d'un grand avant-corps au milieu, de deux ailes et de deux pavillons aux extrémités 2... Le soubassement
d'un très beau dessein. Voyez-en le plan en petit, marqué C dans la planche II, où nous l'avons inséré à la place de l'escalier carré dont nous parlons, et qu'il paraît que Perrault préférait, puisqu'il l'avait répété dans ses deux projets. Voyez aussi dans ce recueil de desseins de Perrault, premier volume, une suite assez considérable de plans et élévation d'escaliers projetés pour le Louvre, tous d'une composition fort ingénieuse, et d'un goût de décoration qui prouve à plus d'un titre la capacité de cet excellent génie. (Note de J.-F. Blondel.)