‹ Mémoires de ma vieChapitre 35 sur 44 · LA COUR DU LOUVRE · texte numérisé non relu

LA COUR DU LOUVRE

Charles Perrault, dans le manuscrit des œuvres que nous avons cité précédemment s'explique ainsi : « La pensée de faire un troisième ordre au Louvre avait pour fondement une raison que M. Perrault n'a jamais bien goûtée. On prétendait que

1. Ce passage a été reproduit, d'après le manuscrit de Perrault, dans les Lettres de Colbert, publiées par Pierre Clément, t. V, p. xxxv, note 3.

•1. « Et dont il est revenu le plus habile interprète qu'il y ait eu il y a très longtemps », disait encore Perrault, en parlant du célèbre Pétis de La Croix.

53o APPENDICES

les façades du dedans du Louvre étaient assez élevées avec l'attique, lorsque la cour du Louvre ne devait avoir que le quart de sa superficie actuelle; au lieu que cette cour ayant été agrandie, il fallait donner plus de hauteur aux corps de logis qui l'environnent; mais, continue notre écrivain, il n'est point vrai que la hauteur d'un bâtiment doive être proportionnée avec son étendue; car il faudrait par cette raison que la galerie du Louvre sur la rivière fut deux ou trois fois plus élevée que les tours Notre-Dame. D'ailleurs, il n'est point convenable qu'au dessus du logement du prince qui doit être tout de plain-pied, et dans un même étage, il y en ait un autre aussi beau, aussi grand et d'un plancher aussi élevé que celui qu'il occupe, et où il faille monter près de 126 degrés. Il est certain qu'un attique, tel que celui qu'on voit exécuté, est plus convenable pour y loger les officiers qui doivent être proche la personne du prince, que ce grand étage formé par le troisième ordre qui paraît trop beau pour ces espèces de logements. Cependant, malgré cette considération qui n'est pas du tout indifférente, le cavalier Bernin ayant été aussi d'avis qu'il fallait donner au bâtiment de la cour du Louvre plus d'exhaussement qu'il n'en a, non seulement parce qu'il était bien aise de trouver à redire à tout ce qu'il voyait à Paris, mais encore parce qu'en Italie, où l'on aime l'ombre, on aime aussi les bâtiments fort élevés, la chose fut résolue ainsi.

« Néanmoins, comme plusieurs personnes n'approuvaient pas qu'on fit un nouvel ordre français, Claude Perrault proposa des cariatydes dans tout ce troisième étage1. Ce genre de décoration fut fort applaudi ; mais, ayant considéré néanmoins que cent quarante figures de femmes rangées sur la

1. « On voit dans le premier volume manuscrit de Perrault, page 5i, une élévation où il avait substitué aux colonnes des figures de femmes ; mais bien loin d'applaudir à cette décoration, nous ne pouvons qu'en blâmer l'usage ; ces ouvrages, quelqu'estimables qu'ils puissent être, relativement à 1 habileté des sculpteurs, sont toujours contraires à nos mœurs, qui ne nous permettent pas d'asservir nos pareils à des emplois si pénibles. Certainement on ne doit regarder cet ornement, dans l'architecture, que comme un accessoire qui demande à être placé avec beaucoup de discernement : autrement de tels objets, qui supposent à toutes figures du mouvement et de l'action, s'accordent mal avec la solidité qu'on doit observer dans les bâtiments. » (Note de J.-F. Blondel.)

L'ARC DE TRIOMPHE a3i

même ligne, et dont il serait impossible de varier les attitudes, feraient une décoration monotone, on décida l'ordre composé français, qui se trouve élevé aujourd'hui sur Tordre composé italique.

« On prévit néanmoins tant de difficultés pour l'invention de ce nouvel ordre, qu'on proposa un prix de 3 ooo livres à celui des architectes qui le composerait plus heureusement. Il en fut fait un grand nombre de desseins et de modèles, tant en France qu'en Italie ; la plus grande partie fut trouvée extravagante, et quelques-uns reçurent assez d'approbation, mais celui de Claude Perrault fut préféré. »

J.-F. Blondel, Architecture frantoise, t. IV (i756), p. 63.

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