L'ARC DE TRIOMPHE
« Quand M. Colbert entra dans la surintendance des bâtiments, il ne se proposa pas seulement de continuer le bâtiment du Louvre et de mettre toutes les autres maisons royales au meilleur état qu'il serait possible. Comme il avait une passion démesurée pour la gloire de son maître, il fit aussi dessein de lui faire élever tous les monuments qu'il croirait les plus convenables et les plus propres pour conserver et transmettre à la postérité la mémoire de ses grandes actions. Dans cette vue, il commença dès le mois de janvier de l'année i663 (un an entier avant qu'il ne fut pourvu de la charge de surintendant des bâ-timents du roi) à former chez lui une assemblée de gens de lettres afin de les consulter sur tout ce qu'il aurait à faire pour donner de l'esprit, de la majesté et de la grandeur à tous les ouvrages qui s'entreprendraient, soit aux dessins de peinture et de sculpture dont il faudrait orner les édifices, soit peur faire des médailles et des devises pour l'histoire du Roi, soit enfin pour bien diriger les divers monuments que les diffé-
■rt* APPENDICES
rentes actions de Sa Majesté donneraient occasion d'imaginer pendant le cours glorieux de sa vie. Cette académie continue encore depuis plus de trente ans qu'il y a qu'elle est établie.
« Les conquêtes que le Roi fit en Flandre pendant les années 1666 et 1667 et celle qu'il fit de la Franche-Comté dans le môme temps firent penser M. Colbert à construire un arc de triomphe, comme le monument le plus convenable de tous pour célébrer des actions semblables. Il en fit faire des dessins à M. Le Vau, premier architecte du Roi, à M. Le Brun, son premier peintre, et à M. Perrault, de l'Académie royale des sciences, dont le dessin fut préféré à ceux des deux autres et à plusieurs encore que divers architectes firent deux-mêmes, sans en être sollicités.
« On choisit l'extrémité du faubourg Saint-Antoine pour placer l'arc de triomphe, comme étant un des plus beaux endroits par où l'on aborde Paris et le plus propre pour la cérémonie d'un triomphe. Ce fut aussi par là que le Roi et la Reine firent leur entrée triomphante en l'année 1661, après leur mariage et la conclusion de la paix générale. Le Cours de Vincennes qui lui sert d'avenue y ajoute encore un grand ornement, joint à cela que le château qui est à l'autre extrémité de cette avenue est très propre pour recevoir et loger le triomphateur jusqu'au jour de son entrée, et pour y disposer toutes choses pour le jour de la cérémonie. »
On lisait le passage suivant dans une autre note relative au même monument:
« Comme M. Colbert affectionnait extraordinairement l'ouvrage de l'arc de triomphe, il voulut qu'on n'omît rien de ce qui pouvait lui donner de la beauté et de la solidité. Pour cet effet, les fondations en ayant été creusées jusqu'à vingtquatre pieds de profondeur, où le fonds se trouve aussi bon que l'on pouvait le souhaiter, elles furent remplies de grands quartiers de pierre, la plupart d'une à la voie, taillées toutes par leurs lits, leurs joints et leurs parements et posées en liaison avec le meilleur mortier que l'on put faire. M. Colbert en posa la première pierre et mit dessous une médaille d'or et cinq ou six d'argent ayant la tête du Roi d'un côté, et de l'autre la représentation de l'arc de triomphe, avec ces paroles autour : Pour les conquêtes de Flandre et de Franche-
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Comté. Jamais fondations n'ont été faites si solides... Toutes les pierres des quatre piles, depuis le rez-de-chaussée jusqu'aux bases des colonnes, sont de huit ou dix pieds de longueur, posées l'une sur l'autre et l'une contre l'autre, sans aucun mortier entre deux. » (Extrait du manuscrit de la bibliothèque du Louvre, Notes et dessins de Claude Perrault, recueillis et annotés par Charles Perrault. Cité dans Lettres, instructions et mémoires de Colbert, publiés par Pierre Clément, t. V, p. 522).