Comme disait Michel-Ange Buonarotti
3. L'abbé Butti était né à Rome. Naturalisé en i654, le roi lui accorda, le 9 novembre de cette année, une pension de 2000 livres sur l'évêché de Carcassonne. Sur sa promesse de résider en France, Butti obtint en 1673, permission de disposer des biens qu'il y pourrait acquérir (Léon Mirot, Le Bernin en France, dans les Mémoires de la société de l'histoire de Paris, t. XXXI, p. 168, n<> 1).
tisan du cavalier, cet abbé eut la hardiesse de dire au roi que c'étoit M. Le Brun qui faisoit courir ce bruit là, parce que le cavalier ne louoit pas ses ouvrages, qui en effet ne valoient rien. J'ai toujours remarqué dans les Italiens un grand acharnement sur M. Le Brun. J'en rapporterai dans la suite plusieurs exemples et dirai seulement ici que c'est une marque bien assurée qu'ils regardoient M. Le Brun comme un des plus grands hommes qu'il y ait jamais eu pour la peinture.
Revenons au buste du Roi k. Le cavalier y réussit heureusement quoiqu'il y ait plusieurs défauts. Le front est trop creux et diminue quelque chose de la belle physionomie du Roi. M. Varin2 fut le premier qui s'en aperçut, ou du moins qui osa le dire. Le nez est un peu trop serré, et l'écharpe, à laquelle on donne tant de louanges, n'est pas bien entendue. Comme elle enveloppe le bout du bras du Roi, ce ne peut être qu'une écharpe qu'on a mise sur le buste du Roi, et non pas l'écharpe qui étoit sur le corps du Roi quand on a fait son buste, parce que cette écharpe alors n'environnoit pas son bras de la manière qu'elle l'environne.
Devis pour le bâtiment du Louvre fait par le cavalier Bernin. — Pendant qu'il travailloit à ce buste, on disposoit toutes choses pour l'exécution de son dessein pour le devant du Louvre. Il fit un devis, le plus ample qu'on ait jamais fait et le plus rempli de précautions inutiles, qu'il falloit cependant regarder comme des effets d'une prudence consommée. Il fît venir de Rome des Murateurs3; c'est ainsi qu'on nomme là ceux que nous appe-
i. Ce buste est à Versailles dans la salle de Vénus.
2. Jean Varin, le célèbre graveur en médailles, sculpteur, contrôleur général et graveur général des monnaies de France, né à Liège en 1604, mort à Paris le 22 août 1672.
3. Ils se nommaient Pietro Fassi, Jacomo Patriarca, Bellardino Rossi et
Ions ici des maçons, prétendant que nous n'entendions rien à bâtir.
Manière de bâtir des Italiens. — Il vouloit qu'on observât deux choses, qu'il est bon de pratiquer en Italie, où l'on se sert de possolane au lieu de sable, mais qui ne valent rien en ce pays : la première, d'employer le moi- Ion dans les fondations sans le dresser un peu avec le marteau et le poser par assises, mais comme il se présente, tout biscornu et sans aucun arrangement, parce, disoit-il, qu'étant jette à Tavanture, il faisoit une meilleure liaison avec le mortier, et un corps plus solide. Et la seconde étoit de* mouiller le moilon en le mettant en œuvre. Nos entrepreneurs soutenoient vigoureusement le contraire, en sorte qu'il fut résolu * qu'on feroit un essai des deux constructions dans une place du palais Mazarin.
Deux essais de mur et de voûte, Vun par les Italiens, Vautre par les Français. — Les murateurs bâtirent à leur manière deux murs de cinq à six pieds de haut, sur lesquels ils construisirent une voûte de la même construction que les murs, c'est-à-dire de moilons posés à l'avanture ; nos entrepreneurs élevèrent des murs de la même hauteur, et firent au-dessus une voûte de la même forme et figure que celle des Italiens, avec les mêmes matériaux, mais employés en la manière qu'on le pratique en France.
Celui des Italiens tomba au premier dégel et celui des Trançais demeura ferme et en son entier. — Il est vrai que l'hiver ayant passé sur ces deux édifices, la voûte des Italiens tomba d'elle-même au premier dégel, et que celle de nos entrepreneurs demeura ferme et
arrivèrent le 16 septembre i665. Fassi avait déjà travaillé en France (Chantelou, Journal, p. 164).