‹ Mémoires de madame de GenlisChapitre 2 sur 20 · VIII AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

VIII AVANT-PROPOS

triomphe y fut complet. A Chantilly, chez le prince de Condé, madame de Genlis prit le goût de la botanique ; de son côté le prince y prit trop de goût pour la comtesse. N'eut-il pas des raisons pour renoncer à ses assiduités? Madame de Genlis vous les dira (i). Elle, au contraire, continua d'aimer les plantes. Seule, en les cherchant sous les ombrages, au fond des bois, aux bords des eaux, elle pouvait satisfaire une des passions innocentes et dominantes de sa jeunesse. Écoutez- en la révélation. « Ce qui me charmait dans mon habit d'Amour, un de mes pins grands plaisirs dès mes jeunes ans , était de faire des châteaux en Espagne, Je me composais une destinée.; non-seulement je la remplissais d'événements singuliers, mais j'j^ plaçais des renversements de fortune, des persécutions ; j'aimais à me figurer que j'aurais la force d'y résister. Je me suis supposée mille fois proscrite, calomniée, errante, forcée de me cacher sous des noms supposés et de vivre de mon travail. A la fin de ces romans je ne manquais pas de triompher du sort et de mes ennemis ; mais cette partie de mon histoire m'amusait peu; elle éteignait mon imagination : je la terminais brusquement. Ces espèces d'exercices de tète , ces inventions, qui m'accoutumaient à me familiariser avec l'idée de la persécution et du malheur ne m'ont pas été inutiles par la suite.

« Je dois dire une chose à ma louange, et qui m'a distinguée de toutes les personnes d'une imagination romanesque : c'est que je ne désirais les événements que pour déployer certaines qualités de l'âme que j'admirais, la patience , le courage , la présence d'esprit , et c'est pour-

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quoi je me plaçais toujours dans des situations malhevireuses. Ainsi il y avait dans ces rêveries un fond d'amour pour la gloire et pour la vertu qui , surtout dans l'enfance, les rendait remarquables. »

Ainsi naissaient pour ainsi dire avec madame de Genliset se développaient rapidement des vocations bien distinctes, qui marqueraient dans sa vie par des occupations utiles , d'agréables succès et beaucoup de compositions littéraires. On ne peut nier qu'elle n'ait porté dans l'éducation de très-désirables réformes , avec une foule d'idées justes, nouvelles et pratiques : on va les retrouver dans les pages qui suivent. De ses talents d'actrice dans la société qu'en reste-t-il? Rien que ce qu'elle en dit : talents fugitifs , qui, même pour les plus grands comédiens, ne laissent après eux qu'un souvenir ! Auteur dramatique, son théâtre ne dépasse pas le proverbe et i*este dépourvu de comique ; mais dans un récit elle rend avec clarté, finesse et vivacité les scènes de mœurs qui passent sous ses yeux et qui plaisent à l'esprit en l'occupant. Ces peintures d'un autre âge font le charme de Félicie et répandent beaucoup d'agrément dans les pages variées qu'on va lire. A ses romans, qui sont nombreux, manquent la simplicité dans l'action, la vérité dans les détails. Personnages, descriptions, événements, tout se ressent des dispositions d'une femme plus éprise, elle en convient, du singulier, de l'extraordinaire, que du naturel ; tout conserve l'empreinte d'une époque portée à l'exaltation dans les sentiments , les actions et la politique : on ne le sait que trop ! Quant à la musique, madame de Genlis, surtout comme harpiste, fut, de son temps , sans égale. D'autres penchants parlèrentils encore avec empire à son cœur? Une foule d'anecdotes

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