XVI AVANT-PROI'OS
nous n'avons jamais eu ensemble le moindre rapport. » A cette époque madame de Genlis revient en France; elle y est un peu surprise du ton qu'on y trouve, des propos qu'elle entend et des calomnies dont la mauvaise compagnie et quelquefois la meilleure se sont fait une habitude. Les manières de la société nouvelle rappellent peu l'élégance du monde où vécut sa jeunesse. Elle en donne encore une idée charmante à la fin de ses Mémoires en rappelant de quelle grande existence le prince de Conti entourait ses nobles hôtes à l'Ile- Adam. Le divertissement à la mode était, là comme en tous lieux, la comédie de société.
Un goût qui me paraît moins digne de personnes si haut placées était celui des mystifications. Les hommes les plus distingués de l'époque en devenaient parfois l'objet. — M. le duc D*** et l'abbé Delille se trouvaient aux eaux de Spa en même temps que la duchesse d'Orléans, ses enfants et madame de Genlis. Le duc D*** composa, pour Son Altesse, une chanson selon toutes les règles de la versification, mais la plus insipide qu'il put imaginer, et mit au bas la signature de l'abbé Delille. K la fit imprimer, avec des articles de nouvelles, dans un papier qu'il intitula Gazette de Leyde. On ne tira de cette composition qu'une demi-douzaine d'exemplaires. (Oh! quelle curiosité bibliographique! ) « Nous les reçûmes « à déjeuner au Vauxhall, dit madame de Genlis, où « M. l'abbé Delille déjeunait avec nous. »
La Gazette de Leyde était alors répandue dans toute l'Europe. Que la colère de l'abbé Delille fût inexprimable, on le conçoit de reste : il ne supportait pas l'idée qu'à Paris on pût le croire un moment l'auteur de sem-