‹ Mémoires de madame de GenlisChapitre 5 sur 20 · AVANT-PROPOS. XVII · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. XVII

blables couplets. On eut la cruauté de le laisser cinq jours sous une si pénible impression. Madame de Genlis aurait voulu qu'on le désabusât sur-le-champ, tant elle concevait son supplice, et pourtant elle trouvait le tour charmant. Libre à elle. Il est vrai qu'elle faisait pire. L'abbé Dell lie avait pour se défendre son nom , son esprit , sa réputation ; mais madame de Genlis mystifiait ou de pauvres hères sans intelligence, sans position, sans moyen d'existence, ou même des femmes de chambre qui tenaient tout d'elle. Quel triste et même quel honteux plaisir! car en tous lieux, en tous temps, la générosité réprouve la lutte du puissant contre le faible , de la jeunesse dans sa force contre la caducité de l'âge, et surtout du rang et de la richesse contre la pauvreté.

Oh 1 que la véritable grandeur a bien d'autres amusements et prend bien mieux ses avantages ! — Je me souviens que madame de Genlis, à son retour en France, eut une correspondance avec Napoléon ; je me souviens que l'empereur, avec la plus noble libéralité, lui fit donner un logement à l'Arsenal , puis une pension de six mille francs. Je ne vois pas qu'elle entretint alors de correspondance avec ses anciens élèves, ni même qu'elle eût pris part, en quoi que ce soit, au mariage de l'aîné, M. le duc d'Orléans, avec une princesse de Bourbon, fille et sœur do rois à Naples. Cependant, à la Restauration, quand la famille d'Orléans revint en France , madame de Genlis lui fut présentée, et la duchesse d'Orléans, qui fut depuis la reine Amélie, s'approcha de la comtesse, l'embrassa et lui dit : Je désirais depuis bien longtemps vous connaître, car il y a deux choses que j'aime passionnément : vos élèves et vos ouvrages. » Madame de Genlis, en rap-

XVIII AVANT-PBOPOS.

portant ces paroles, ajoutait : « Il était assurément im- « possible d'exprimer avec plus de charme, d'esprit et de « grâce, dans une seule phrase, des sentiments d'épouse « et de sœur , et de montrer plus de bonté pour moi. »

F. Babhièbe.

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