‹ Mémoires de Madame la duchesse d'Abrantès (volume 2)Chapitre 10 sur 72 · RL MEMOIRES · texte numérisé non relu

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à Brienne, puis, de cette autre, lorsque M. Bonaparte le père écrivit au ministre de la guerre, pour solliciter une réversibilité de cette bourse en faveur de l’un de ses jeunes fils: tous ces souvenirs faisaient autant d’'entraves à ce qu'il s’établit de la familiarité entre M*° de Brienne et Madame. Elle avait la physionomie la plus dure et la plus désagréable que j'aie jamais vue, cette M"° de Brienne. La première fois que la rencontrai, je fus stupéfaite de son air demiroyal, et en tout de sa manière peu polie, pour ne pas dire un autre mot. C'était à Paris, chez Madame. Je demandai à mes propres souvenirs, et puis à mes amis, sur quelle base M°* de Brienne s’appuyait pour avoir une attitude insolente. J'étais trop jeune poui avoir conservé un souvenir positif des maux que le ministère de son beau-frère nous avait amenés, et c'était néanmoins là le point de départ. Cependant il eût mieux valu, pour lui et pour les siens, que jamais ni lui ni son frère n'eussent conduit les affaires de la France. Le comte de Brienne, qui fut ministre de la guerre, était un homme nul; mais le cardinal, tout en n'ayant aussi que de petits moyens, des vues incornplètes, formant des plans décousus, des projets désordonnés, avait une ambition de haute portée. Il vivait encore dans ce temps où les femmes pouvaient tout à la cour, et sa fortune en était une preuve. Du reste, s'il avait une réputation d’habileté, 1l la perdit dès son entrée dans les affaires. Ce fut lui qui, étant premier ministre, fit arrêter dans la grande chambre, pendant la nuit du 7 au 8 mai, les deux conseillers d'Esprémesnil et Goislard de Monsabert par un officier de la maison du roi! Ce fut M. Vincent d’Agoult qui, e la tête de six cents Suisses, fit ce coup d'État aussi

peu politique qu'il était arbitraire. La suite de cette démarche, et de toutes celles que fit faire M. de Loménie au malheureux Louis XVI, fut de donner lieu à la première émeute que Paris ait eue dans la révolution; ce fut le 27 août, le lendemain de a retraite du cardinal de Brienne. Le peuple brûla son effigie, dansa autour de son mannequin habillé en archevêque. Eh bien, l'on tira sur deux ou trois mille jeunes gens rassemblés sur la place de Grève. Le sang français coula par flots dès ces premiers jours de sinistre augure. C'était seulement en 88. Cependant alors, l'horizon n'était pas encore à l'orage comme deux années après. Mais ce fut au nom de M. de Loménie, à la haine que le peuple lui portait’, que la ville de Paris a dû de voir couler le sang pur et si généreux alors de ses braves enfants. En vérité, dans ces souvenirslà il n'y avait pas de quoi porter la tête aussi élevée.

M" de Saint-Pern avait une maladie qui pouvait être facilement guérie, mais qui fut mal soignée. Au lieu de se mettre dans une voiture aussitôt que le frisson se fit sentir, elle céda aux instances de Madame, qui voulut qu'elle restât à Pont. L'intention de Madame était parfaite. Elle -savait que MF° de Saint-Pern n'était pas riche et elle désirait lui épargner et la dépense d'un voyage et les frais d'une maladie. Le fait est que M”* de Saint-Pern mourut après quinze Jours de maladie. Je l'ai bien regrettée. C'était une femme bonne et essentiellement bonne, si malheureuse en-

1 Voyez le détail de cette aventure de la première insurrection de Paris, dans une brochure de moi, intitulee : De La Liberté auant, pendant et après la Restauration. Réponse à M. de Chàteaubriand. Paris, mai 1831.

suite par toutes les affections qui font ordinairement le bonheur des femmes... Pauvre mère! comme elle était en peine de laisser ses enfants dans cette vie qu'elle avait trouvée si amère!

Il arriva à sa mort un petit événement qui doit être raconté pour donner une idée de la vérité de tout ce qui se disait sur Madame. Le détail en est pénible. Mais il faut montrer comment il arrivait que souvent Madame a été accusée de choses qu'elle-même ignorait.

Il y avait auprès de Madame une ancienne femme de chambre appelée Saveria, qui, disait-elle, était autant que Madame, la mère de tousses enfants. Cette femme, fort attachée à Madame et à la famille entière, était non pas l’ordre, mais bien l’avarice personnifiée. On en jugera par ce qu'elle fit lors de la mort de M°° de Saint-Pern. Elle refusa de donner un drap pour lui rendre le dernier devoir. Ma femme de chambre, quiavait partagé avec les sœurs infirmières qui avaient été mises auprès de M°° de Saint-Pern les soins qu’elle lui avait donnés, vint tout en larmes me raconter ce qu'elle appelait une horreur et elle n'avait pas tort. M*° de Brissac et moi tinmes conseil pour savoir si nous ne devions pas descendre auprès de Madame pour lui dénoncer une pareille infamie, M. de La Ville, ami fort intime de M”° de Saint-Pern, était encore plus furieux que nous. Saveria fut appelée et requise de donner ce qui lui était demandé. Elle voulut encore résister en disant que M°*° de Saint- Pern avait son linge. Mais je la menaçai de descendre à l'instant même chez Madame, et tout aussitôt elle fut docile. Eh bien, que cela ait été conté, et voilà une belle et tragique histoire dans laquelle Madame joue un rôle affreux, tandis qu’elle ignorait le

tout sans moi. Je connais une foulée d’anecdotes daris le même genre, et où Madame — je puis l’affirmer sur ma consciencé — est aussi innocemæ que dans celle-ci.

La vie que l’on menait à Pont était uniforme ét triste et pouvait être ennuyeuse pour une personne de mon âge; Cépendant je dois faire observer ici que jamäis, dans tout le cours äé ma vié, je re me suis ennuyée. Cela peut paraitre un peu exagéré, mais cela est. Si je suis seule, je me promène dans un monde qui était encore bien plus peuplé il y a trente ans qu'il ne l’est maintenant. Alors si j'étais avéc des gens qui ne me convehaiént pas, je me renfermais dans moi-même, et l'imagination chevauchait, Voilà ce qui souvent m'a fait passer pour insolente et vaihe envers des gens bien bêtes, bien ennuyeux, desquels je prenais congé dès que je les connaissdis, et jé ne faisais plus acte de présence qu’en souriant par intervalle, en disant quelquefois : « Ah! oui..: Certainement. Vous avez bien raison... » Et si par aventure, l’ennuyeux avait tort, comme jamais personne ne sait et ne convient qu'il & tort, on est sûr de n'être pas troublé en disant : « Vous avez raison, »

Ceci est un avis que je soumets, au reste, à la sagacité des jeunes femmes et même des vieilles, qui sont asséz malheureuses pour être souvent entourées de gens qui ne leur conviennent pas. Rétournons à Pont.

On 8 y levait à l'heure qu'on voulait, On déjeunait à onze heures et demie, c’est-à-dire midi. Ce moment réunissait tout ce que renfermait le château. Cette année-là, il y avait M, et M°*° de Brissac, M. Guieu, secrétaire des commandements, M. le comte de La

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