‹ Mémoires de Madame la duchesse d'Abrantès (volume 2)Chapitre 18 sur 72 · EE · texte numérisé non relu

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affaires de commerce. Il était du second bataillon de la Côte-d'Or et fut faitprisonnier à Longwy, là où je fus si bien étrillé au sommet de la tête. Cet homme est toujours Français dans le cœur, bien qu’il ait épousé une Berlinoise. Cela vient peut-être de ce qu’elle a quinze ans de plus que lui. Il m'a parlé, dès le mois d’août, de tout ce qui se faisait et disait à Berlin; j'en ai prévenu l’empereur. Je me rappelle qu'il souriait. Sans doute il le savait, ou bien il le prévoyait, car une chose qui montre à quel point le génie de cet homme jamais ne s’endort, jamais n’est en faute, c’est qu'après la campagne d’Austerlitz les troupes françaises demeurèrent, non seulement en Allemagne, mais pceupèrent les territoires de nos nouveaux alliés dont peutêtre nous n’aurions pas été sûrs. De cette manière d'opérer sont résultés deux effets également bons, et peut-être décisifs : l'un d’être /à au moment où l’armée saxo-prussienne s'est ébranlée, l’autre de maintenir les nouveaux amis au pas militaire. On ne leur en demandait pas davantage, mais 1l fallait qu'ils y marchassent, et pour cela notre tambour valait mieux que le leur. Quant aux pays qui ont originairement refusé de se mettre sous la protection de la France, comme les villes hanséatiques, les duchés de Meeklembourg, la Hesse, ils Sont au pouvoir de Napoléon, et ils sont à lui comme conquête. Leur a-4-il donc suggéré leur opposition à faire partie de la Gonfédération? La Prusse vient de douuer à l'Europe un exemple remarquable de la présomption et de la vanité fondées sur une seience d'autrui, elle a voulu se croire au temps de Frédéric !... Elle arrivait au preier rang des puissances militaires dans le collège des rois en Europe, toute son importance lui était VI. 11

encore donnée par l'ombre de son héros, car Frédéric est un grand homme. Elle arrivait à ce premier rang en marchant pas à pas, et puis tout à coup elle s'est vue repoussée plus loin que ne l'était l’électeur de Brandebourg avant la conquête de la Silésie; elle est mise à bas du premier choc. En seize jours nos soldats ont traversé les forêts, les montagnes. les défiles de la Franconie. Ils ont passé la Saale, l'Elbe et ils sonr entrés à Berlin. Il sera fabuleux pour l’histoire ce moment de la vie de l’Europe. Comment pourra-t-on croire que l’empereur Napoléon, parti de Paris à la fin de septembre et, traversant comme au vol la Franconie méridionale, Aschaffenbourg, Bam-— berg, Bayreuth, Schleitz, fait livrer en ce lieu le premier combat, et cependant on n'est encore qu'au 9 d'octobre! C’est en cet endroit que la Grande-Armée se forma d'une maière distincte sur trois colonnes. L'empereur était à la tête du centre, avec l'infanterie de la brave garde impériale, cette troupe, la plus brave du monde, et que l’on peut, comme la garde des rois de Perse, appeler les Jmmortels. On avait fait venir la garde impériale en poste de Paris; la cavalerie de la garde était plus éloignée, n'ayant pu suivre. Les deux colonnes se dirigèrent sur Iéna, en décrivant une ligne de convergence sur le point devant arriver à la hauteur de celle du centre. |

« Cette manœuvre, qui est toute l’œuvre de l'empereur, à cependant été revendiquée par un homme qui n’a aucune vergogne pour mentir, lorsqu'il faut mal agir dans une question de droiture; mais il faut aussi que la justice éclaire les esprits obtus -qui se contentent d’une vaine rumeur populaire. Il ne s’agit pas pour avoir gagné une bataille de dire : Je l'ai gagnée.

Enfin nous reverrons parmi nous ce vainqueur des vainqueurs, et nous l'entendrons.

« La garde impériale, qui est appelée en poste pour décider le sort de cette grande question, n’a même pas besoin de donner à cette bataille d’Iéna, dont le succès est aussi fabuleux que les histoires des chevaliers grands pourfendeurs de géants qu'on nous racontait lorsque nous avions six ans. Et je ne suis pas avec lui, et je ne suis pas avec lui! »

Cette note fait partie d’une collection de notes détachées d’un corps principal, mais que je transcrirai toujours néanmoins lorsqu'elles se trouveront avoir quelque rapport avec l’époque où nous nous trouverons.

Cependant l'Italie demeurait soumise dans toute son étendue au milieu des secousses du nord de l'Europe. Les tentatives formées sur l’Adriatique avaient échoué complètement. Quant à la France, rien ne peut peindre l’état heureux dont elle jouissait alors. Le départ de quelques milliers de conscrits, enflammés du désir d'aller aussi pour vaincre et faire placer leur nom dans un bulletin de la Grande-Armée, ne peut être montré comme une souffrance de l'État que par des hommes de peu de bonne foi. Je ne prends pas la défense d’une époque plus avancée; mais alors nous étions heureux, oui, nous l’étions. La France était calme, fière et remplie d'espérance.

Tandis que nos aigles planaient ainsi sur les capitales étrangères, celle de la France commençait à voir se ranimer tous les plaisirs de l'hiver. L'impératrice Joséphine, après avoir accompagné l’empereur jusqu’à Mayence, était revenue à Paris et recevait en souveraine aux Tuileries; la grande-duchesse de Berg à

l'Elysée, l'archichancelier dans son palais et tous les ministres dans leurs hôtels. Junot, comme gouverneur de Paris, devait aussi lui donner des fêtes et recevoir également l’impératrice. Je voulus inaugurer ma belle habitation du Raincy. Je demandai à Junot d'y donner une fête à Madame avant de recevoir aucune autre personne de la famille impériale. Il y consentit. Mais lorsque je fus demander à Madame son jour et de désigner les personnes qu’elle désirait avoir, elle se refusa à tout ce qui aurait l’apparence d'une fête. Elle me témoigna le désir de venir chez moi, mais elle ne voulut accepter qu'un déjeuner. Ellenomma les personnes qui devaient y être et elle eut la bonté de venir d'assez bonne heure pour que nous puissions la faire promener sous ces beaux ombrages du parc intérieur. Puis, après déjeuner, j'avais fait préparer des calèches attelées à la Daumont, et nous parcourûmes le grand parc en ayant soin de diriger la marche de Madame par la haute futaie qui entourait la pompe à feu, la belle prairie au bas de laquelle est le chenil, la partie agreste où se trouve la porte de Chelles et la portion plus rustique et plus gaie où se lèches faisait fuir dans l’intérieur du bois une foule de jeunes daims et de cerfs qui servaient merveilleusement à l'ornement du paysage. Madame ne connaissait pas le Raincy. Elle en fut enchantée et elle eut la bonté de me dire, en m'embrassant, combien elle jouissait de m'en voir l’heureuse maitresse.

Un incident bien simple, mais que les jours qui suivirent rendirent remarquablement touchant, se passa au déjeuner auquel voulut bien assister Madame. Ma belle-mère, M Junot, était alors avec nous au

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