CHAPITRE XIII
Visite de l’archichancelier. — Le nouveau duc. — Les douze pairs de Charlemagne. — La gloire et l'honneur de notre belle France. — Les récompenses nationales. — Faux jugement sur Napoléon. — Kalkreuth et les huit cents pièces de canon. — Mustapha et les janissaires. — Révolution dans le sérail. — La nouvelle duchesse. — L’huissier et la parole coupée. — M° Fabre de l’Aude. — Le vingt-cinquième enfant. — Le diamant volé. — M. de Cramayel. — Le roi directorial. — La femme de bon conseil et la méchante tante. — Le neveu maitre de guitare. — Arrêt de mort de la Péninsule. — La proclamation du prince de la Paix. — Don Eugénio Izquierdo.— La reine d'Étrurie. — Le général O’Farill. — La reine bossue et déhanchée. — Le roi de cinq ans. — La promenade en voiture. — Le marquis de la Romana. — Sa pensée sur l’empereur. — Sa défection. — L’offcier transfuge. — Le suicide.
Un soir l’archichancelier vint me voir; il paraissait SOUCIEUX :
— Je vous apporte une singulière nouvelle, me ditil en s’asseyant auprès de la chaise longue que je ne quittais plus, car j'étais fort souffrante de ma grossesse. L'empereur rétablit non seulement l'ancienne noblesse, mais les titres. Et quel est le premier homme le l’armée qui en soit décoré? C'est. devinez.
— Le maréchal Lannes ?
— Ce serait tout simp'e.
— Le maréchal Masséna ?
L’archichancelier secoua la tête en souriant.
— Ma foi, je ne puis deviner... Au reste, comme Bernadotte, malgré tout son républicanisme, a fort bien endossé le harnais de courtisan et qu’il le porte de fort bonne grâce, je ne puis trouver à placer mon doute ni ma certitude.
— Eh bien, c’est Lefebvre! Je viens de voir sa femme !.…
— Mais écoutez donc, il me semble que ce n'est pas encore si mal. Je sais bien que la maréchale n'est pas une duchesse ou une princesse bien parfaitement en harmonie avec sa dignité, mais elle est bonne femme, et puis vous savez que l’empereur nous compte pour rien dans ces sortes de calculs. Voilà donc une difficulté de moins pour lui dans le choix qu'il a fait. Ensuite Lefebvre est un homme estimable dans notre famille militaire. Je suis sûre que son choix a été bien raisonné par l’empereur.
L'archichancelier, quelque mesuré qu'il fût, me regarda en souriant, et nous nous comprimes sans nous parler. Il était évident que Napoléon, voulant faire revivre la haute noblesse et recréer les douze pairs de Charlemagne, pour ainsi dire, voulait que ses vingtquatre grands-officiers de l'empire reçussent de lui une nouvelle illustration, empruntée cependant à leurs services; mais il fallait essayer, et il fallait aller bien doucement avec des gens auxquels le nom de roi seulement était en horreur et qui n'avaient accepté celui d'empereur que parce qu’il leur offrait une ancienne idée de république. Napoléon, qui marchait toujours avec des précautions infinies au travers de mille écueils, bien qu'il parût n'être arrêté par aucun obstacle, voulait re
pas heurter les hommes dé Ja révolütion. Il fallait les acquérir. Ce n'était plus chose difficile. Lé prestige avait commenté, la nature fit le réste. Uné fois que l'appät fut offert, chaëun, loin de lé repousser, voulut y iordre. Celui que Napoléon présentait dans lé duché de Dantzig était des plus attrayants. Il le savait et ne voulut pas aussi le conférer à uñ homiïné capable d'ên abuser dans le Cas où l’éffet serait éomplet. Le maréchal Lefebvre était à cet égard l’homme qui cofvéñait lé mieux à l’empereur. Il avait l'estimé dé l’armée, celle des honnêtes gens et pouvait mériter toutes les récompensés. Un seul incofvéñient à célui-là était imensé à la vérité, c'était son entourage. Sà fémfñe est déjà éonnue. Ce qui l’est Moins, é’est soû fils. L’empéréur le Connaïssait bien, et malhéureusement l'appréciait à sa justé valeuf, qui était bien minime, le pauvre mäalhéureux ! Je n'ai jamais rencontré dans mes Voyaves d'armée un être plus äbject däns ses goûts, ses manières. Tout cela, au reste, était en accord avéc une figure des plus commiitiés, une tournüre qu'aurait désavouée le faubourien allant danser au Grand Salon. 1 fut envoyé au corps d'état-major de Masséna en 1810. C’est là que j'ai eu l'avantage de lé voir de manière à pouvüir le juger. Pour le peindre d'un mot, je dirai que, donnant un jour un bal où étaient, pour femmes, toutes lés vivandières dé l’arnée, plusieurs d’entre elles n'y voulurent pas aller. Et le mari d’une de ces dames dit pour raison à un officier qui la lui demandait :
— Ah! c’est qu'y fait par trop le farceur, voyez: vous ?
J'ai souvent fait remarquer combien plusieurs auteurs de livres faits pour ou contre l'empereur en
DE LA DUCHESSE D'ABRANTÉS 307 parlaient Sans le ébnnäître, ét d’après lés notions plus ôû moins érronées que leur fournissaient des bruits populairés. Là nomination du duc de Dantzig donna lieu à uñe de ces choses toutes fausses dans leur 4pplicaton. Dans lé inessage que l’empereur ädressà au Séhàt pour cét objét, après avoir digriement loué Iés rares talents fhilitaires que déploya Lefebvre pendant le siègé dé Dantzig, Napoléon met cette phrase remär-
termine sa carrière sans avoir versé SON Sang Pour la gloire et l'honneur de notre belle France ! !... »
Et là-dessus l’auteur dé la Revue chronologique de l'Histoire de France sé récrié, et dit :
« Quel hômme !... Ainsi done l’art dé détruire ses semblablés pour {a gloiré et l'honneur est mis par lui au-dessus dés vértus du éitoyen ! » |
Si l’auteur dé la Revue chronologiqué avait biéh voulu preñdre quelques informatiohs avant d’énoncer uné opition, il äurdit connu la véritable cause dès téfines employés par l’empéreur dans son méssage. Il aurait appris que, désolé de la conduite de son fils, le bfave maréchal Lefébvre en avait parlé à l'émpéreur, qui était, à cet égard, il faut lui fendre cette justice, le Sééond pèré, lé secohd chef d’tine f4iille: En récompensant le père, En lüi rendant un hoble téfhoignagé au riüm de là patfie, car il savait cotimefñt ün Fééompensé celui-là, il Voulut cependant he pas mettre la même faveur sür la tête du fils, tandis que le pèré én était seul digtie. Il mit Cette condition, qüi efhpèchait, Comme cela fut ensüite pour