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soin de plus pour l'empire. C’est une faute, une faute immense, comme d’avoir aussi créé le royaume de Westphalie. Napoléon opérait bien plus à coup sür pour la sécurité de son pouvoir en faisant de la Vistule une frontière, et rétablissant le royaume de Pologne dans son intégralité, 1l aurait ôté des forces à l’Autriche en lui retranchant la Gallicie, ainsi que Posen et toute la Pologne prussienne au roi Guillaume. Mais l’empereur avait une politique tellement gigantesque, tellement hasardeuse, qu'il est difficile ensuite de le juger parce que lui seul regardait dans cette âme si vaste et si remplie d’admirables projets. On a prétendu que ce n’était pas comme lui qu'en avaient agi Henri IV avec les Hollandais, et Richelieu avec la maison de Bragance. Les temps, les positions ne sont plus les mêmes.
La reine de Prusse avait une grande réputation de beauté, et Duroc nous en avait parlé comme de la plus jolie femme qu'il eût vue. L'empereur ne fut pas du même avis, et lorsque je l’entendis s'exprimer sur le compte de la belle reine, ce fut en termes qui n'étaient pas ceux de l'admiration. Il convenait toutefois qu'elle était belle, seulement elle ne lui convenait pas. « Elle était, disait-il, trop haute et trop sévère dans l'expression de sa physionomie. » L'empereur Napoléon ne voulait pas faire la part de la position dans laquelle se trouvait la malheureuse femme vis-àvis de lui; il devait pourtant comprendre que la reine de Prusse dépouillée de ses États, paraissant devant lui comme solliciteuse, devait au moins avoir l'attitude respectable. J'ai connu des Prussiens qui ont été attachés à son service et qui l’adoraient. Ce témoignage a été recueilli universellement par moi, aussi
ai-je toujours souffert en pensant à ces bulletins qui ont frappé sur une femme innocente, belle et vertueuse. J'ai déjà dit que je n'entreprendrais pas d’excuser toutes les fautes de l’empereur, celle-là est bien du nombre.
La pauvre Prusse fut tout à fait malheureuse par ce traité de Tilsitt, quatre millions et demi de sujets, lui furent enlevés. Avant la bataille d’'Iéna, elle en avait dix millions! Onlui ordonna d'ouvrir des routes militaires au cœur des possessions qu'on lui laissait comme une grâce, et encore l’empereur Napoléon a-t-il eu grand soin de répéter que c'était aux prières de l’empereur de Russie qu'il accordait ce qu'il rendait. Ces possessions ne formaient plus qu'un immense parallélogramme jeté sur le littoral de la Baltique, sur une longueur de cent quatre-vingts lieues, tandis qu'à peine s’il y en a quarante dans la plus grande largeur. Les articles stipulés pour les prohibitions anglaises furent de la plus extrême sévérité, et cette sévérité était un arrêt de mort pour la Prusse, car les landes et les sables qui formaient une grande partie de ce territoire baigné par la mer Baltique, n'ayant plus l'espérance d’être fécondés par le commerce et l’industrie maritime, devenaient un désert et un pays perdu. Cependant la Prusse signa le traité de Tilsitt. Elle fit plus, elle partagea la colère de l'empereur contre l'Angleterre et le système continental eut en elle en apparence un défenseur courageux et dévoué.
Je crois que l'histoire moderne n'offre aucun exemple d'une semblable humiliation. Mais la conduite des Prussiens envers nous, en 1792, est tellement indigne que j'avoue qu'il ne me reste aucune pitié
pour des peines que la vanité seule provoque, et que la justice a imposées avec équité. Chassés comme des cerfs timides et fuyant des défilés de la Thuringe aux bords de la Vistule, les Prussiens ont perdu leur réputation de nation guerrière et même brave, pour dire le mot. La gloire du grand Frédéric et de son frère le prince Henri, voilà leurs seuls météores. Des usurpations continuelles avaient rassemblé plusieurs provinces, et c'est ainsi que s'était enfin formée cette puissance sur laquelle 1] ne suffit que de souffler pour la faire disparaitre. Mais Napoléon fit la faute impardonnable de ne pas rendre à leur indépendance nationale les propriétés polonaises, et cette faute devait lui être terrible lorsque plus tard,la nuit, dans son summeil, elle lui apparaissait comme un remords,