‹ Mémoires de Madame la duchesse d'Abrantès (volume 2)Chapitre 35 sur 72 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Retour de l’empéreur. — M. de Fontanés. — M. Séguier. — Napoléon pleurant sous la tente, — L'empereur vraiment le père du peuple. — Charges et impôts diminués. — La duchesse d’Angoulême. — Ma reconnaissance. — Junot et l’'émperéur. — Conversation pénible. — Je l’avais prévue. — Madame Murat est une sotte. — La livrée rouge. — Murat — Le duel au pistolet. — Le frère d'armes dénonciateur. = Le vieil ami de l’armée d'Italie, — Le cardinal Maury. — Le joli troupeau. — L’ambassadeur de Perse. — La soutane sans poche. — L'espérance, la foi et la charité. — M. de Brockhauseni, ambassädeur de Prusse. — Corneille et Racine. -— Jugement de l’empereur. — Discussion avec le cardinal Maury. — Le grand Condé et Sertorius. — Les brouillons et l'ergoteur.

Le retour de l'empereur à Paris fut aussi fêté par le peuple français que le fut celui de Marengo. Les acclamations les plus vives l’accueillaient 1à où :l se trouvait. Il voyait combien il était aimé. Oui, il était adoré en France à cette époque, et 1l le méritait. Les harangueës ne lui furent pas épargnéés, non plus que les adresses. Il en eut de toutes les parties de la France. Mais les plus remarquables furent celles de Paris. Et parmi elles, deux seulement méritent d être rappelées par léur singularité. L'une est de M. Séguier, premier président de la cour d'appel, et l'autre est de M. de Fontanes, président du Corps législatif, Celle de M. Séguier est belle d'éloquence :

« Sire, lui dit-il, il est une chose plus extraordinaire que les prodiges de Votre Majesté, c'est que vous résistiez à la fortune qui affecte pour vous l’em-. pire de la terre, que vous soyez moins ambitieux de vaincre que de vous réconcilier, que vous ne fassiez sentir par vos armes les dangers de votre inimitié que pour faire comprendre par la force de votre génie les avantages de votre vaillance. Napoléon n'a jamais voulu que la paix du monde. Il a toujours présenté la branche d’olivier à ses provocateurs, qui l'ont forcé d'accumuler ses lauriers. Napoléon est au delà de l'histoire humaine. Il appartient aux temps héroïques il est au-dessus de l'admiration. Il n’y a que l'amour qui puisse s'élever jusqu'à lui. »

J'ai rapporté ce discours parce que M. Séguier est un homme dont le caractère n’est ni craintif ni flatteur. Il n'aurait pas parlé ainsi si ce n’eût été son sentiment. à

L'autre harangue fut celle de M. de Fontanes. Il y eut une phrase qui fut commentée, discutée et l'objet de la malveillance de tout ce qui n’aimait pas l'empereur. Le nombre de ces gens-là était circonscrit, mais la méchanceté fait plus de ravage avec une voix que la bonté n'opère de bien avec mille. M. de Fontanes avait ordinairement de l’éloquence. Un peu gourmée par exemple, mais il était créateur, et son style était, en écrivant comme en parlant, pur et harmonieux. Cette fois ce fut le sens du discours qui déplut à l’empereur. Le président du Corps législatif crut faire merveille en parlant de la mort du jeune prince Napoléon de Hollande. Et après avoir remarqué combien la France pouvait regretter un enfant qui donnait d'aussi belles espérances, il s’écria ;

« Mais Je vois la douleur et le deuil pénétrer dans les camps victorieux. Ils entrent sous la tente où le vainqueur veille pour la gloire de la France, et le héros a pleuré! Il a pleuré sur la mort d'un enfant! »

Mais un discours fort remarquable fut celui que l'empereur lui-même prononca à l’ouverture du Corps législatif, qui avait été retardée jusqu’à son retour :

— Je désire la paix maritime avait dit l’empereur : mon ressentiment n'influencera jamais mes déterminations. Je n'en saurais avoir contre une nation jouet el victime des partis qui la déchirent, et trompée sur la situation de ses affaires comme sur celle de ses voisins. Mais quelle que soit l’istue que les décrets de la Providence aient assignée à la guerre maritime, je suis certain de trouver la France toujours digne de moi, et elle me trouvera toujours digne d'elle. »

— Les paroles que vous avez fait entendre, répond Fontanes,ont déjà réjouit les hameaux. Un jour, on dira, en parlant de vous, et ce sera le plus beau trait d'une histoire déjà si merveilleuse, on dira que la destinée du pauvre, du paysan, de l’homme industrieux occupait celui qui prononçait sur la destinée des rois, et qu'à la fin d'une.querre coûteuse vous avez diminue les charges publiques, tandis que vos mains victorieuses distribuaient avec magnificence des couronnes à vos lieutenants. Sire, daignez accueillir ce langage. Il est celui d’un homme de cœur et d'honneur, qui fut toujours autant l'ennemi de la servitude que de l'anarchie.

L'adulation a un cachet presque flétrissant pour l'adulateur comme pour l’adulé. Mais ce n’est pas dans les morceaux qu'on vient de lire. C'était l'expression

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